[0001] La présente invention concerne la fabrication des poinçons de compression de poudre
ainsi que l'application des poinçons dans les presses à comprimer industrielles servant
à la fabrication de comprimés en série, notamment dans le domaine de la fabrication
de médicament.
[0002] D'une manière générale le terme de poinçon désigne des outils qui sont mobiles dans
des alésages et fonctionnent comme des pistons pour assurer le compactage d'une poudre
dans une matrice qui la contient et obtenir ainsi un comprimé de poudre agglomérée.
La technique est utilisée en production industrielle pour toutes sortes de produits
que l'on commercialise ainsi sous la forme d'unités correctement dosées pour l'usage
envisagé.
[0003] Sans être d'aucune manière limitatif, on peut citer le cas des poudres à laver, celui
des comprimés à dissoudre dans l'industrie alimentaire, celui des compositions pharmaceutiques
administrées sous forme de comprimés, ou encore l'industrie du nucléaire (retraitement).
[0004] Suivant l'application, il est plus ou moins important de respecter un degré de cohésion
déterminé de la poudre dans le comprimé. Les exigences à cet égard sont particulièrement
sévères quand on traite des comprimés à usage pharmaceutique, qui ne doivent en général
pas se déliter avant d'être parvenus dans l'estomac du malade.
[0005] Les matériels utilisés dans le cadre de la fabrication industrielle de comprimés
sont également très divers. Les poinçons transmettent les forces de compression de
la presse à comprimer (galet de compression) à la poudre d'une manière cyclique et
répétitive permettant de produire des comprimés identiques par lot, de sorte que lesdits
poinçons sont soumis à des contraintes répétitives.
[0006] Pour mieux appréhender ce que représente le besoin de résistance et longévité en
fonctionnement on pourra se référer à la description d'une presse à comprimer de type
particulier dans la demande de brevet
FR 2 908 683. Il s'agit alors d'une presse à tourelle rotative, mais les qualités à attendre des
poinçons seraient les mêmes pour d'autres types de presses, celles à fonctionnement
alternatif par exemple, ou à introduction de la poudre au milieu de la matrice par
la force centrifuge.
[0007] Un problème important rencontré lors de la fabrication de comprimés par compactage
de matières pulvérulentes concerne l'adhérence de la poudre mise en oeuvre qui tend
à s'accumuler à la surface de la partie active du poinçon, celle qui vient en contact
avec de la poudre. Ce phénomène d'adhérence, dit de collage, a des conséquences négatives
sur l'aspect et la qualité des comprimés obtenus, et sur la faisabilité même du procédé
de compression.
[0008] On peut notamment observer des défauts de masse, de dimensions et d'uniformité de
surface des comprimés obtenus. Dans le domaine pharmaceutique, cela peut affecter
l'esthétique des comprimés tout comme leur quantité en principes actifs.
[0009] Lors de l'apparition du collage, on opère un démontage, un nettoyage et un polissage
des poinçons qui constitue une opération fastidieuse et qui diminue la durée de vie
des poinçons.
[0010] Pour lutter contre ce phénomène de collage, une pratique couramment utilisée est
d'augmenter la force de compression afin de renforcer la cohésion interne du comprimé.
Cela présente cependant plusieurs inconvénients et engendre des désagréments, notamment
le fait d'obtenir des comprimés non-conformes en termes d'épaisseur, de dureté, de
durée de délitement, de sécabilité. Des phénomènes de clivage et de grippage peuvent
également survenir. Enfin, la presse à comprimer et surtout les outillages sont soumis
à des contraintes plus importantes qui entrainent au mieux une usure accélérée au
pire une rupture des parties actives.
[0011] Il existe donc un besoin de proposer des poinçons résolvant les problèmes de collage
avec les poudres à la base de la fabrication des comprimés. Tel est l'objectif de
la présente invention. En traitant ce problème, il n'est pas inutile de prendre en
compte les connaissances acquises concernant les différentes raisons à la base des
phénomènes de collage.
[0012] Un premier type de collage est le collage par ancrage mécanique de la poudre à la
surface du poinçon. Ce collage physique correspond à une affinité géométrique entre
les particules de poudres qui vont être comprimées et la surface des outillages de
compression. Elle peut avoir lieu à plusieurs niveaux : macroscopique au niveau des
gravures ou des barrettes de sécabilité ou microscopique au niveau de l'état de surface
des outillages métalliques. Dans ce dernier cas, le collage dépend de la rugosité
de la surface d'origine ou créée par l'usure. Pour éviter cet ancrage mécanique, un
certain niveau de polissage est requis. La surface des poinçons est donc généralement
polie à un degré plus ou moins poussé selon les caractéristiques des comprimés et
de la nature de la poudre utilisée. La surface est généralement repolie au cours de
son utilisation. Bien entendu, un tel polissage présente un coût d'autant plus élevé
que l'on souhaite un état de surface le plus lisse possible et que le poinçon est
difficile à polir. Les surfaces « simples » sont plus faciles à polir que les surfaces
complexes, par exemple présentant des zones en surépaisseur et/ou en creux.
[0013] Un deuxième type de collage est un collage de type physico-chimique entre la poudre
et le poinçon. Ce collage correspond à une affinité énergétique entre les particules
de poudres à comprimer et la surface des outillages. Pour lutter contre ce type de
collage, en en l'absence de solution côté outillage, les fabricants de comprimés ont
proposé de modifier la formulation de leurs compositions pour les rendre moins collantes.
Une solution classiquement utilisée est notamment d'ajouter un lubrifiant tel que
du stéarate de magnésium. Ainsi, certaines presses sont équipées pour réaliser une
pulvérisation de stéarate de magnésium à la surface des poinçons avant le remplissage
de la chambre de compression. Les cadences sont fortement diminuées et les comprimés
peuvent présenter des défauts de surface. Pour certains produits thermosensibles,
la presse peut également être équipée d'un système de refroidissement, l'accroissement
de la température favorisant le collage « physico chimique ». Cette option est peu
répandue. Pour certains produits présentant une géométrie appropriée (surface plane,
absence de gravure), des inserts en matières plastiques peuvent être collés à la surface
des poinçons dans un logement prévu à cet effet. Ils doivent être cependant très régulièrement
remplacés car peu résistant à l'usure.
[0014] Par conséquent, aucune de ces solutions n'est optimale sur un plan industriel et
ne permet d'atteindre une qualité de comprimé, des cadences de fabrication élevées,
et des couts réduits de fabrication, de maintenance et d'équipement.
[0015] Ainsi, il a été recherché un traitement de la surface du poinçon conférant des propriétés
anti-collage par non affinité vis-à-vis des poudres à comprimer, tout en permettant
un niveau de rugosité de surface évitant le collage par ancrage mécanique. Dans le
cadre de l'invention, il a été mis en évidence que la surface de la partie active
du poinçon doit être fonctionnalisée chimiquement par des molécules apportant cet
effet anti-collage.
[0016] L'invention propose un poinçon de compression d'une matière pulvérulente pour une
presse à comprimer, qui se caractérise en ce qu'au moins la partie active du poinçon
est réalisée en un matériau à la surface duquel sont greffés par liaison covalente
des radicaux comportant un groupe moléculaire à effet anti-collage. On entend par
« un » groupe moléculaire, que le composé comporte un ou plusieurs groupes.
[0017] L'effet anti-collage de ces greffons est remarquable dans la mesure où il a un effet
anti-collage par affinité tout en évitant un collage de la matière pulvérulente par
ancrage mécanique car elle ne dégrade pas la rugosité des surfaces en contact avec
les systèmes pulvérulents.
[0018] Selon des modes de réalisation préférés, l'ensemble conforme à la présente invention
comprend l'une au moins des caractéristiques suivantes :
- ledit groupe moléculaire est un groupe fluoro-carboné ;
- ledit groupe moléculaire est un groupe fluoroalkyle, de préférence un groupe alkyle
dont tous les atomes d'hydrogène ont été substitués par un atome de fluor ;
- ledit groupe moléculaire est lié à la surface dudit matériau par un groupe aryle,
en particulier un groupe phényle, dont au moins un substituant sur le noyau benzénique
est constitué par ledit groupe moléculaire présentant un effet anti-collage ;
- le groupe fluoroalkyle est la chaîne linéaire CnF2n+1, n étant un entier supérieur ou égal à 1 ;
- lorsque n est égal à 1, le noyau benzénique comporte un ou plusieurs groupes CF3 comme substituant, et lorsque n est égal à 8, le noyau benzénique comporte un seul
substituant C8F17 ;
- les radicaux greffés sont choisis parmi le trifluorométhylphényle et le perfluorooctylphényle
;
- les radicaux sont greffés par un procédé électrochimique à deux et/ou trois électrodes
tel que la voltammétrie cyclique, la chronoampérométrie ou la chronopotentiométrie,
- les poinçons sont généralement en acier standard pour outillage, pouvant supporter
des pressions élevées (5 à 50 kN/cm2) et avec une certaine capacité à subir des flexions. L'acier de base peut être un
acier faiblement allié. Un acier dit « standard », ayant les propriétés requises pour
des poinçons selon l'invention, peut être l'acier 55 NCD12. Cet acier comporte environ
0,55 % de carbone, 3% de nickel, ainsi que du chrome et du molybdène en plus faibles
teneurs.
[0019] Le poinçon avec ce traitement de surface selon l'invention, présente l'avantage d'avoir
une rugosité de surface Ra (rugosité moyenne arithmétique), pour la partie active
du poinçon, telle qu'usuellement requise, qui est de préférence de l'ordre de 0,02
à 0,03 µm.
[0020] De plus avec ce traitement de surface selon l'invention, on parvient à obtenir un
poinçon qui a une dureté de surface au moins égale à 600 Hv (dureté Vickers), de préférence
au moins égale à 1500 Hv, de préférence de l'ordre de 2000 à 3000 Hv. Une telle dureté
confère au poinçon une durée de vie suffisante en conditions industrielles.
[0021] L'invention concerne aussi une presse à comprimer comprenant un poinçon avec des
composés greffés sur la surface de sa partie active, tel que décrit précédemment.
[0022] Selon un cas particulier de l'invention, la presse à comprimer comprend un plateau
à matrices de formage des comprimés, et des poinçons supérieurs et des poinçons inférieurs
montés de part et d'autre du plateau à matrices. Les poinçons inférieurs viennent
obturer la base de la matrice pour régler la quantité de matière pulvérulente versée
en excès par l'orifice supérieur de la matrice, et lesdits poinçons supérieurs, par
leur partie active sortant du guide poinçon, viennent comprimer ladite matière pulvérulente
dans la matrice pour former les comprimés. La presse est telle qu'au moins lesdits
poinçons supérieurs ou inférieurs, et en général les deux, sont réalisés avec une
partie active à effet anti collage comme décrit précédemment.
[0023] D'une façon plus générale, l'invention s'applique à toutes presses à comprimer dans
lesquelles, en fonctionnement, les comprimés sont produits à partir d'une poudre mise
en place dans une matrice (ou chambre de compression) et qui est compactée à l'intérieur
de cette matrice par action de compression d'un ou plusieurs poinçons.
[0024] L'invention sera mieux comprise à l'aide des exemples de réalisation non limitatifs
décrits ci-après.
[0025] Selon ces exemples, pour réaliser un poinçon de compression de poudre à comprimer
selon l'invention, on greffe électrochimiquement des greffons comportant des groupes
moléculaires à base de fluorocarbones à effet anti-collage à la surface de la partie
active d'un poinçon.
[0026] Ce greffage se fait en deux étapes.
[0027] La première étape du traitement de surface consiste à générer in situ, en présence
d'électrolyte, un sel de diazonium par réduction d'une amine aromatique dont le noyau
benzénique comporte comme substituant(s) un ou plusieurs groupes fluoroalkyle. Alternativement,
le sel de diazonium peut être utilisé directement s'il est disponible commercialement.
[0028] La seconde étape concerne le greffage électrochimique dudit noyau benzénique ainsi
substitué, par réduction électrochimique du cation aryle diazonium à la surface du
poinçon. La réduction électrochimique du cation diazonium aromatique conduit à la
formation d'un radical aryle. Ce dernier réagit avec la surface électroconductrice
à fonctionnaliser par échange d'électrons pour former une liaison covalente. Cette
seconde étape peut se faire par exemple par voltammétrie cyclique à variation linéaire
de potentiel ou par chronoampérométrie.
[0029] De manière générale, la réduction électrochimique s'effectue avec un système à trois
électrodes :
- une électrode de référence qui est ici le couple Ag/AgCl,
- une contre-électrode, dans le cas présent une grille de platine (Pt) avec une surface
de 1 cm2,
- l'électrode de travail est le poinçon lui-même.
[0030] La voltammétrie cyclique à variation linéaire de potentiel est une méthode électrochimique
classique qui consiste à appliquer à l'électrode de travail (où l'on souhaite faire
une réaction électrochimique) un potentiel tension qui varie linéairement et périodiquement,
entre deux valeurs extrêmes (choisies en fonction de la stabilité de l'électrolyte
support et le matériau d'électrode) et de suivre le courant de réponse.
[0031] Le potentiel variable est imposé entre l'électrode de référence et l'électrode de
travail alors que le courant est mesuré entre l'électrode de travail et la contre-électrode.
On trace l'intensité en fonction du potentiel pour obtenir les voltammogrammes qui
donnent des informations sur les réactions intervenant à la surface de l'électrode
de travail comme la réduction ou l'oxydation d'espèces électroréactives.
[0032] Pour les exemples qui suivent, on se place dans une fenêtre de potentiels qui induisent
des courants négatifs permettant la réduction du cation diazonium concerné. On observe
une vague de réduction qui traduit la réduction du sel de diazonium en radical phényle
pour se greffer à la surface du poinçon et permet de déterminer le potentiel de réduction
du sel de diazonium utilisé dans les conditions d'emploi. On observe aussi une diminution
des courants de réponse au cours du temps qui met en évidence le greffage du radical
phényle concerné à la surface du poinçon, les greffons limitant le passage des électrons
à l'interface électrode/électrolyte.
[0033] La chronoampérométrie est une méthode électrochimique qui consiste à imposer un potentiel
fixe à l'électrode de travail pour permettre la réaction d'oxydoréduction souhaitée,
ce potentiel ayant été déterminé par la méthode de voltammétrie décrite précédemment.
Le courant de réponse en fonction du temps est mesuré entre l'électrode de travail
et la contre-électrode.
[0034] Dans les exemples qui suivent, les courants diminuent au cours du temps, ce qui traduit
qu'il y a greffage à la surface du poinçon (électrode de travail) comme expliqué précédemment.
Quand le courant devient constant, la réaction de greffage à la surface du poinçon
est terminée. La réaction est conduite pendant le temps nécessaire indiqué aux exemples.
[0035] Dans le cas des exemples qui suivent, on applique un potentiel légèrement plus négatif
que le potentiel de réduction déterminé afin de favoriser la réaction de réduction
du cation diazonium.
[0036] EXEMPLE 1 : Traitement de surface fluoré d'un poinçon avec un revêtement en carbone diamant
amorphe dopé au tungstène (CDA-W).
[0037] Exemple 1a : Selon cet exemple 1a, on greffe le radical phényle comportant deux groupes trifluorométhyle
C
6H
3-(CF
3)
2 sur la surface d'un poinçon en acier avec un revêtement en carbone diamant dopé au
tungstène (CDA-W).
- Première étape : Préparation du sel de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2.
* Dans 50 ml d'un électrolyte support (5,2 g de tétraéthylammonium tétrafluoroborate
Et4NBF4 à 0,1 M dans 250 ml d'acétonitrile ACN désaéré à l'azote), on dissout 117 mg de 3,5-bis-trifluorométhylaniline
[NH2-C6H3-(CF3)2]
* On ajoute 176 mg de réducteur tert-butylnitrite, soit 3 équivalents molaires.
* La solution ainsi préparée est dégazée sous bullage d'azote pendant 30 minutes.
- Deuxième étape : Greffage du C6H3-(CF3)2 par voltammétrie cyclique à la surface du poinçon.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon dans la solution de sel de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on effectue une voltammétrie cyclique
à variation linéaire de potentiel à 50 mV.s, durant 10 cycles, entre -0,5V et 0,6
V.
* On détermine ainsi le potentiel de réduction du sel de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2 sur la surface du poinçon revêtu CDA-W qui est de -0,05 V.
- Alternative à la deuxième étape : Greffage du N2+-C6H3-(CF3)2 par chronoampérométrie.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon dans la solution de sel de diazonium N2+-C6H3 (CF3)2 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on applique un potentiel de -0,25
V à l'électrode de travail pendant 10 minutes.
[0038] Exemple 1b: Selon cet exemple 1b, on greffe le radical perfluorooctylphényle C
6H
cC
8F
17 sur la surface d'un poinçon en acier avec un revêtement en carbone diamant dopé au
tungstène (CDA-W).
- Première étape : Préparation du sel de diazonium N2+-C6H4-C8F17 par réduction d'une aniline.
* Dans 50 ml d'un électrolyte support (5,2 g de tétraéthylammonium tétrafluoroborate
Et4NBF4 à 0,1 M dans 250 ml d'acétonitrile ACN désaéré à l'azote), on dissout 255 mg de 4-perfluorooctylaniline
(NH2-C6H4-C8F17).
* On ajoute 176 mg de tert-butylnitrite, soit 3 équivalents molaires.
* La solution ainsi préparée est dégazée sous bullage d'azote pendant 30 minutes.
- Deuxième étape : greffage du C6H4C8F17 par voltammétrie cyclique.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon dans la solution de sel de diazonium N2+-C6H4-C8F17 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on effectue une voltammétrie cyclique
à variation linéaire de potentiel à 50 mV.s, durant 20 cycles, entre -0,5 V et 0,2
V.
* On détermine le potentiel de réduction du sel de diazonium N2+-C6H4-C8F17 sur la surface du poinçon revêtu CDA-W qui est de 0,05 V.
- Alternative à la deuxième étape : Greffage du radical C6H4-C8F17 par chronoampérométrie :
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon en acier dans la solution du sel de diazonium
N2+-C6H4C8F17 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on applique un potentiel de -0,250
V à l'électrode de travail pendant 4 minutes.
[0039] EXEMPLE 2 : Traitement de surface fluoré d'un poinçon avec un revêtement en acier (GRANE).
[0040] Exemple 2a : Selon cet exemple, on greffe le radical comportant deux groupes trifluorométhyle
C
6H
3-(CF
3)
2 sur la surface d'un poinçon en acier (GRANE).
- Première étape : Préparation du sel de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2.
* Dans 50 ml d'un électrolyte support (5,2 g de tétraéthylammonium tétrafluoroborate
Et4NBF4 à 0,1 M dans 250 ml d'acétonitrile ACN désaéré à l'azote), on dissout 117 mg de 3,5-bis-trifluorométhylaniline
[NH2-C6H3-(CF3)2]
* On ajoute 176 mg de réducteur tert-butylnitrite, soit 3 équivalents molaires.
* La solution ainsi préparée est dégazée sous bullage d'azote pendant 30 minutes.
- Deuxième étape : Greffage du C6H3-(CF3)2 par voltammétrie cyclique à la surface du poinçon.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon en acier GRANE dans la solution de sel
de diazonium N2+- C6H3-(CF3)2 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on effectue une voltammétrie cyclique
à variation linéaire de potentiel à 50 mV.s, durant 10 cycles, entre -0,5V et 0,6
V.
* On détermine ainsi le potentiel de réduction du sel de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2 sur la surface du poinçon en acier GRANE qui est de -0,05 V.
- Alternative à la deuxième étape : Greffage du C6H3-(CF3)2 par chronoampérométrie.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon en acier GRANE dans la solution de sel
de diazonium N2+-C6H3-(CF3)2 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on applique un potentiel de -0,25
V à l'électrode de travail pendant 10 minutes.
[0041] Exemple 2b : Selon cet exemple 3b, on greffe le radical perfluorooctylphényle C
6H
4-C
8F
17 sur la surface d'un poinçon en acier GRANE.
- Première étape : Préparation du sel de diazonium N2+-C6H4-C8F17 par réduction d'une aniline.
* Dans 50 ml d'un électrolyte support (5,2 g de tétraéthylammonium tétrafluoroborate
Et4NBF4 à 0,1 M dans 250 ml d'acétonitrile ACN désaéré à l'azote), on dissout 255 mg de 4-perfluorooctylaniline
(NH2-C6H4-C8F17).
* On ajoute 176 mg de tert-butylnitrite, soit 3 équivalents molaires.
* La solution ainsi préparée est dégazée sous bullage d'azote pendant 30 minutes.
- Deuxième étape : greffage du C6H4C8F17 par voltammétrie cyclique.
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon en acier GRANE dans la solution de sel
de diazonium N2+-C6H4-C8F17 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on effectue une voltammétrie cyclique
à variation linéaire de potentiel à 50 mV.s, durant 20 cycles, entre -0,5 V et 0,2
V.
* On détermine le potentiel de réduction du sel de diazonium N2+-C6H4-C8F17 sur la surface du poinçon en acier GRANE qui est de -0,1 V.
- Alternative à la deuxième étape : Greffage du radical N2+-C6H4-C8F17 par chronoampérométrie :
* A potentiel ouvert, on plonge le poinçon en acier dans la solution du sel de diazonium
N2+-C6H4-C8F17 préparée précédemment.
* Après stabilisation du potentiel d'équilibre, on applique un potentiel de -0,4 V
à l'électrode de travail pendant 4 minutes.
TEST ANTI-COLLAGE :
[0042] On teste l'effet anti-collage des poinçons ainsi réalisés.
[0043] En conditions industrielles, la compression de la matière pulvérulente est effectuée
dans un intervalle de forces compris entre une force minimum et une force maximum.
Chacune de ces forces a été déterminée selon la nature du grain de la poudre, les
matières premières constituant la poudre et les conditions environnementales (température,
humidité) de la compression ainsi que de l'épaisseur, la masse, la dureté, la friabilité,
la capacité de désagrégation voulues pour le comprimé. Si la force de compression
est trop élevée, le comprimé aura un temps de désagrégation trop élevé et une épaisseur
trop faible. Si la force de compression n'est pas assez élevée, alors le comprimé
aura un temps de désagrégation trop faible et une épaisseur trop forte. En dehors
de cet intervalle, les comprimés obtenus sont considérés comme non-conformes.
[0044] Chaque poudre possède ses propres propriétés. La caractérisation de l'aptitude des
poinçons à ne pas donner de collage a été réalisée avec deux poudres de formulations
différentes. Un premier test a été fait avec une poudre A du commerce réputée très
collante. Un second test a été réalisé avec une autre poudre, référencée poudre B,
beaucoup moins collante que la poudre A.
[0045] Le collage de la poudre aux poinçons est force-dépendant, à savoir qu'il diminue
quand on augmente la force de compression. C'est un phénomène progressif avec un enrichissement
plus ou moins important de la surface des poinçons par la poudre, et on peut déterminer
une « force seuil » en dessous de laquelle le collage obtenu n'est plus acceptable
industriellement. Cette force seuil dépend de la propension des surfaces à provoquer
du collage. Plus la force seuil sera faible, moins les surfaces provoqueront du collage.
[0046] Le critère d'appréciation du collage est un critère visuel basé sur l'apparition
ou non d'une couche résiduelle de poudre à la surface du poinçon après compression
de la poudre.
[0047] On peut définir 3 niveaux d'appréciation :
- l'absence de collage : pas de poudre résiduelle sur le poinçon ;
- le collage tolérable : présence d'une fine couche de poudre qui reste stable au fil
du temps et qui n'adhère que très faiblement à la surface du poinçon ; cette couche
s'enlève très facilement ;
- le collage rédhibitoire: présence d'une couche épaisse de poudre qui s'enrichit au
fur et à mesure des compressions ; cette couche adhère très fortement à la surface
et est difficile à enlever.
[0048] L'absence de collage et le collage tolérable permettent de produire industriellement
dans de bonnes conditions alors que le collage rédhibitoire n'est plus acceptable
pour produire industriellement.
Test avec la poudre A :
[0049] Pour la poudre A, on détermine une force de compression minimum à 7 kN et une force
de compression maximum à 10 kN, entre lesquelles doit se faire la compression de la
poudre pour réaliser des comprimés ayant les caractéristiques requises.
[0050] Les résultats des tests sont répertoriés dans le tableau ci-après :
| Outillage |
Force seuil |
Résultat |
| Acier standard |
13,7 kN |
Collage systématique en conditions industrielles |
| Acier standard, revêtement standard |
16,5 kN |
Collage systématique en conditions industrielles |
| Acier standard, polissage poussé |
11,2 kN |
Collage systématique en conditions industrielles |
| Acier standard, revêtement standard, polissage poussé |
14,8 kN |
Collage systématique en conditions industrielles |
| Acier standard avec insert en matière plastique collé sur la partie active |
6,7 kN |
Jamais de collage en laboratoire mais durée de vie trop faible pour usage industriel |
| Acier standard, polissage standard, greffage C6H3-(CF3)2 |
8,5 kN |
Collage aléatoire en fonction de la force de compression appliquée |
| Acier standard, polissage standard, greffage C6H4-C8F17 |
6,9 kN |
Jamais de collage en conditions industrielles |
[0051] Ainsi, à titre comparatif, pour deux poinçons sans le traitement de surface par greffage
de composés à effet anti-collage, qui sont respectivement en acier standard et en
acier standard avec un polissage poussé, on observe un collage rédhibitoire de la
poudre en conditions industrielles [7-10 kN]. Pour ces poinçons, la force seuil pour
ne plus avoir de collage de la poudre A est supérieure à 10 kN, donc hors de l'intervalle
des forces de compression requis.
[0052] A titre comparatif également, on teste un poinçon en acier standard (acier 55NCD12)
sur lequel a été collé un insert en matière plastique. Une telle surface ne donne
pas lieu à un collage (absence de collage) de la poudre A en laboratoire, la force
seuil est inférieure à 7kN mais une telle matière a une durée de vie bien trop faible
(la dureté de surface Vickers est de 400 Hv) pour un usage industriel.
[0053] On teste le poinçon en acier standard avec un polissage standard, dont la surface
comporte des greffons conformément à l'exemple 1. Une telle surface ne donne pas lieu
systématiquement à un collage de la poudre A qui soit rédhibitoire en conditions industrielles,
on observe du collage tolérable ou parfois rédhibitoire dans l'intervalle de forces
de compression. Toutefois la force seuil pour n'observer aucun collage rédhibitoire
est abaissée par rapport au poinçon non traité, elle est de 8.5 kN. Cette force seuil
étant comprise dans l'intervalle de forces requis, le poinçon ainsi traité permet
en général de produire industriellement dans des conditions satisfaisantes tant que
la force de compression reste supérieure à 8.5 kN.
[0054] On teste ensuite le poinçon en acier standard avec un polissage standard, dont la
surface comporte des greffons conformément à l'exemple 2. Une telle surface ne donne
aucun collage (absence de collage) avec la poudre A en conditions industrielles. La
force seuil est inférieure à 7kN. La production industrielle de comprimés peut se
faire sans problème de collage avec ce poinçon.
Test avec la poudre B :
[0055] Pour la poudre B, on détermine une force de compression minimum à 14 kN et une force
de compression maximum à 16 kN, entre lesquelles doit se faire la compression de la
poudre B pour réaliser des comprimés ayant les caractéristiques requises.
[0056] Les résultats des tests sont répertoriés dans le tableau ci-après :
| Outillage |
Force seuil |
Résultat |
| Acier standard |
12 kN |
Jamais de collage en conditions industrielles |
| Acier standard, revêtement standard |
10 kN |
Jamais de collage en conditions industrielles |
| Acier standard avec insert en matière plastique collé sur la partie active |
5 kN |
Jamais de collage en laboratoire mais durée de vie trop faible pour usage industriel |
| Acier standard, polissage standard, greffage C6H3-(CF3)2 |
7 kN |
Jamais de collage en conditions industrielles |
| Acier standard, polissage standard, greffage C6H4-C8F17 |
6,1 kN |
Jamais de collage en conditions industrielles |
[0057] A titre comparatif, pour un poinçon respectivement en acier standard ou avec un revêtement
(sans traitement de surface par greffage de composés à effet anti-collage), on n'observe
aucun collage (absence de collage) de la poudre B dans la plage de forces de compression
requise (14-16kN). Pour ce poinçon, la force seuil pour n'avoir aucun collage de la
poudre B est de 14 kN, donc dans l'intervalle de forces de compression requis.
[0058] A titre comparatif également, on teste un poinçon en acier standard sur lequel a
été collé un insert en matière plastique. Une telle surface ne donne pas lieu à un
collage par affinité (absence de collage) de la poudre A en laboratoire, la force
seuil est d'environ 5kN. Toutefois comme indiqué pour la poudre A, une telle matière
a une durée de vie bien trop faible pour un usage industriel.
[0059] On teste aussi le poinçon en acier standard avec un polissage standard, dont la surface
comporte des greffons conformément à l'exemple 1. Une telle surface ne donne aucun
collage avec la poudre B en conditions industrielles et la force seuil est d'environ
7kN.
[0060] Enfin on teste le poinçon en acier standard avec un polissage standard, dont la surface
comporte des greffons conformément à l'exemple 2. Une telle surface ne donne aucun
collage de la poudre B en conditions industrielles et la force seuil est d'environ
6kN.
[0061] Bien que même sans traitement de surface, le poinçon ne donne aucun collage, le poinçon
une fois traité en surface voit sa force seuil abaissée.
[0062] Dans tous les cas, le greffage de la surface du poinçon par un composé comportant
deux groupes -CF
3 ou la chaîne -C
8F
17 vient diminuer la force seuil en dessous de laquelle le collage est rédhibitoire.
[0063] Les poinçons obtenus selon la présente invention présentent donc des caractéristiques
anti-collages combinées à une résistance à l'abrasion jamais obtenue auparavant. Des
tests in situ ont également permis de valider les résultats obtenus et de vérifier
leur durée de vie nettement allongée par rapport à l'art antérieur.
[0064] D'autres techniques de greffage peuvent être envisagées. Par exemple le greffage
peut être réalisé par réaction chimique entre le radical à groupe moléculaire anti-collage
et la surface du poinçon à traiter. Selon un autre exemple, le greffage peut se faire
par voie photochimique telle qu'une irradiation qui produit des électrons à la surface
du poinçon à traiter.
1. Poinçon de compression d'une matière pulvérulente pour une presse à comprimer comprenant
une partie active préformée destinée à être au contact de ladite matière en vue de
la comprimer, caractérisé en ce que ladite partie active est réalisée dans un matériau à la surface duquel sont greffés
par liaison covalente des radicaux comportant des groupes moléculaires à effet anti-collage.
2. Poinçon selon la revendication 1, caractérisé en ce que ledit groupe moléculaire est un groupe fluoro-carboné.
3. Poinçon selon la revendication 1 ou 2, caractérisé en ce que ledit groupe moléculaire est un groupe fluoroalkyle, de préférence un groupe alkyle
dont tous les atomes d'hydrogène ont été substitués par un atome de fluor.
4. Poinçon selon l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé en ce que ledit groupe moléculaire est lié à la surface dudit matériau par un groupe aryle,
en particulier un groupe phényle, dont au moins un substituant sur le noyau benzénique
est constitué par ledit groupe moléculaire présente effet anti-collage.
5. Poinçon selon la revendication 3 ou 4, caractérisé en ce que le groupe fluoroalkyle est la chaîne linéaire CnF2n+1, n étant un entier supérieur ou égal à 1.
6. Poinçon selon la revendication 5, caractérisé en ce que, lorsque n est égal à 1, le noyau benzénique comporte un ou plusieurs groupes CF3 comme substituant, et lorsque n est égal à 8, le noyau benzénique comporte un seul
substituant C8F17.
7. Poinçon selon l'une des revendications 1 à 6 caractérisé en ce que les radicaux greffés sont choisis parmi le trifluorométhylphényle et le perfluorooctylphényle.
8. Poinçon selon l'une des revendications 4 à 7, caractérisé par le fait que les radicaux sont greffés par un procédé électrochimique à deux et/ou trois électrodes
tel que la voltammétrie cyclique, la chronoampérométrie ou la chronopotentiométrie.
9. Poinçon selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que lesdits poinçons sont en acier.
10. Presse à comprimer comprenant des matrices de formage des comprimés et des poinçons
comprimant la matière pulvérulente formant les comprimés, lesdits poinçons étant tels
que décrits dans l'une des revendications 1 à 9.