[0001] La présente invention concerne un nouveau procédé pour la préparation d'alliages
antifriction sans plomb à base de nickel, destinés notamment à des applications tribologiques.
[0002] On connaît déjà des alliages de bronze au plomb (Cu-Sn-Pb) utilisés pour leurs propriétés
antifrictions, par exemple dans le cadre de la réalisation de pièces mécaniques en
acier garnies par coulage en gravité d'un bronze de type "Tokat" (par exemple CuSn10Pb10)
selon le procédé "Kugler-Bimétal" formant une interface de diffusion métallique de
3 à 5 microns, les pièces ainsi obtenues dites "bimétalliques" présentant simultanément
les caractéristiques de tenue mécanique de l'acier et les propriétés d'antifriction
du bronze au plomb.
[0003] Toutefois, et pour différentes raisons, notamment afin de respecter les nouvelles
normes en vigueur dans l'Union Européenne, il convient maintenant de renoncer à la
présence de plomb dans la réalisation de telles pièces métalliques.
[0004] En conséquence, le but de la présente invention consiste à préparer un nouvel alliage
sans plomb et à base de nickel dont les propriétés antifriction sont similaires voire
meilleures à celles du bronze au plomb de type Tokat (10-15 %Pb) et permettant la
réalisation de pièces bimétalliques avec un accrochage approprié sur l'acier.
[0005] Tout comme le plomb, le graphite est connu pour ses propriétés antifrictions et a
été suggéré pour remplacer celui-ci. Par contre, on sait que le graphite n'est que
très peu soluble dans des alliages tels que le bronze, et les présents inventeurs
ont par conséquent trouvé un procédé nouveau qui permet d'enrichir le nickel en graphite,
avant de le combiner par exemple à un alliage cuivre-étain, ce procédé étant basé
sur la dissolution de graphite dans le nickel en fusion.
[0006] Compte tenu de ce qui précède, la présente invention visant à atteindre le but précité
consiste en un procédé pour la préparation d'un alliage antifriction de nickel enrichi
en carbone comprenant la mise en fusion de nickel à une température de 1455 à 1480°
C en présence de C sous forme solide ou gazeuse pendant 5 à 30 minutes, de manière
à dissoudre de 0,5 à 4 % de C dans le Ni liquide, puis le refroidissement du Ni pour
obtenir la précipitation du C sous formes de nodules.
[0007] Les % indiqués dans la présente description et les revendications s'entendent en
% massique.
[0008] L'invention concerne également l'alliage obtenu par le procédé ci-dessus, ainsi que
son utilisation pour la réalisation d'alliages de type bronze CuNiSn enrichis en C
et destinés à des applications tribologiques.
[0009] Plus particulièrement le nickel utilisé dans ce procédé est du Ni pur de qualité
électrolytique et la dissolution du C dans le Ni fondu peut être réalisée en utilisant
soit du graphite solide soit par barbotage d'une phase gazeuse carburante (C0, CO2,
CH4, CH3OH, C2H2, C2H4, etc) dans le Ni liquide.
[0010] En général, le Ni est fondu à une température supérieure à 1450° C, de préférence
entre 1455 et 1480° C, ceci par exemple dans un creuset en graphite de qualité électrolytique,
le C du creuset étant lui-même partiellement dissous dans la phase liquide. Selon
une variante, le creuset utilisé pour contenir le Ni fondu est en un matériau réfractaire
(SiC ou BN) et le graphite est introduit dans la phase liquide sous forme de poudre
ou de tiges solides.
[0011] En pratique, la durée de la dissolution du C dans le Ni liquide peut être de 5 à
30 minutes, de préférence en tout cas dans le cas du traitement en creuset de graphite
d'environ 10-15 minutes.
[0012] Pendant la phase liquide, le Ni liquide s'enrichi en carbone jusqu'à environ 4 %
vol. en fonction du temps et de la température, le temps nécessaire à la mise en solution
du carbone dépendant de plusieurs paramètres, tels que la masse de liquide, la surface
de contact Ni-C, le type de graphite utilisé, l'agitation du liquide, etc.
[0013] Lors du refroidissement de la phase liquide, par exemple après coulage du nickel
dans un moule froid, le carbone insoluble dans le Ni solide précipite sous la forme
de nodules de graphite d'une taille de 5 à 100 microns répartis dans le Ni solidifié.
[0014] Le Ni solide contenant d'environ 0,5 à 4% de graphite (de préférence 1 à 3 % C) présente
des propriétés antifriction tout à fait comparables à celles d'un bronze au plomb.
[0015] Ainsi, le Ni enrichi en C peut être utilisé, sous forme de poudre (obtenue par atomisation
ou par broyage) ou de lingot, par exemple pour la réalisation d'alliages antifriction
destinés eux-mêmes au garnissage de pièces mécaniques en acier, de la même manière
que le bronze au plomb de type Tokat.
[0016] La présente invention sera maintenant illustrée en référence aux exemples suivants
et aux figures 1A, 1B et 2 annexées.
Exemple 1
[0017] 500 g de Nickel pur (de qualité industrielle) sont mis en fusion sous azote dans
un creuset en graphite (de qualité électrolytique) de 200 ml, ceci au moyen d'un four
à induction à une température de 1460° C et pendant 15 min. de manière à dissoudre
environ 2,5 % de C.
[0018] Puis le Ni liquide est coulé dans un moule froid produisant ainsi la précipitation
du C sous forme de nodules de 5 à 100 microns, comme montré sur les photographies
des figures 1A et 1B.
[0019] Après usinage du lingot d'alliage Ni-C on obtient une matrice avec des inclusions
de graphite faisant office de lubrifiant solide.
Exemple 2.
[0020] Le comportement tribologique de l'échantillon obtenu selon l'exemple 1 est mesuré
au moyen d'un tribomètre en comparaison avec des échantillons de référence.
Conditions d'essais:
[0021] Tribomètre type bille en acier 100Cr6 diamètre 6 mm sur disque (moteur à palier air
avec capteur LVDT pour la mesure de force de frottement) :
- charge : 2N
- vitesse de déplacement relatif : 0.5 m/s
- frottement à sec
- 3 échantillons par mesure
- distance d'essai : 500 m
- état de surface des pions avant essai : surface polie SiC 4000
| Matériaux |
Analyse chimique par WD- XRF[% massique] |
coeff. Frottement |
volume d'usure [mm3] |
| CuSn8 |
Sn7.7%, Ni91.87% |
0.699 |
0.169 |
| CuSn10Pb10 |
Pb9.07%, Sn10.43%, |
0.545 |
|
| (N°OF17099) |
Fe<0.5%,Ni=1.4%, Cu78% |
|
0.027 |
| Ni4.1 |
Ni, 2.2% C |
0.143 |
0.009 |
| Ni4.2 |
Ni, 2.4% C |
0.249 |
0.012 |
[0022] Le résultat de la mesure permet de constater que l'usure sur les deux échantillons
Ni-C selon la présente invention est nettement moindre que celle mesurée pour le bronze
au plomb de référence (CuSn10Pb10) notamment.
Exemple 3
[0023] Dans un creuset en graphite de 100 ml, on introduit 5,5 g de copeaux de fraisage
de l'alliage Ni-C obtenu dans l'exemple 1 puis 30 g de poudre (diam. 50-60 microns)
de bronze CuSn10. Le creuset fermé par un couvercle est ensuite placé dans un four
à une température de 965° C pendant environ 6 min., puis refroidi à l'air.
[0024] On obtient ainsi un alliage CuNi15Sn8 enrichi à 1 % de C sous formes de nodules dans
la matrice du bronze, comme montré sur la photographie de la figure 2, qui peut être
utilisé d'une manière générale comme un bronze ou plomb de type Tokat pour des applications
tribologiques.
1. Procédé pour la préparation d'un alliage antifriction de nickel enrichi en carbone
comprenant la mise en fusion de nickel à une température de 1455 à 1480° C en présence
de C sous forme solide ou gazeuse pendant 5 à 30 minutes, de manière à dissoudre de
0,5 à 4 % de C dans le Ni liquide, puis la solidification par refroidissement du Ni
pour obtenir la précipitation du C sous formes de nodules.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé par le fait que la mise en présence du C avec le Ni liquide est effectuée sous la forme d'un creuset
en graphite contenant ledit Ni liquide.
3. Procédé selon la revendication 2, caractérisé par le fait que le Ni est maintenu en fusion à une température de 1460° C pendant 15 min. dans un
creuset en graphite pour obtenir un alliage de Ni contenant environ 2,5 % de C.
4. Procédé selon la revendication 1, caractérisé par le fait que la mise en présence du C avec le Ni liquide est effectuée sous la forme de tiges
de graphite introduites dans ledit Ni liquide contenu dans un creuset en un matériau
réfractaire.
5. Procédé selon la revendication 1, caractérisé par le fait que la mise en présence du C avec le Ni liquide est effectuée par barbotage d'une phase
gazeuse carburante.
6. Alliage antifriction de nickel enrichi en carbone obtenu par le procédé selon l'une
des revendications 1 à 5 contenant de 0,5 à 4% de C sous forme de nodules.
7. Alliage antifriction de nickel selon la revendication 6 contenant environ 2,5% de
C sous forme de nodules de 5 à 100 microns.
8. Utilisation de l'alliage obtenu par le procédé selon l'une des revendications 1 à
5 pour la réalisation d'alliages de type bronze CuNiSn enrichis en carbone et destinés
à des applications tribologiques.
9. Utilisation selon la revendication 6, caractérisé par le fait que des copeaux dudit alliage Ni-C sont chauffés dans un creuset en graphite en présence
de poudre de CuSn10 à environ 965° C pendant environ 6 min. pour obtenir un alliage
antifriction de type CuNi15Sn8 enrichi à 1 % de C.