[0001] L'invention concerne un procédé de répartition de couple de freinage entre des roues
freinées portées par au moins un atterrisseur d'un aéronef.
ARRIERE-PLAN TECHNOLOGIQUE DE L'INVENTION
[0002] Sur certains aéronefs, et malgré l'application de consigne de freinage identiques,
une répartition hétérogène de l'énergie de freinage dissipée par les freins peut être
observé, conduisant à des échauffements et à des usures des piles de disques hétérogènes.
[0003] Par ailleurs, certains freins peuvent atteindre ou dépasser un seuil de température
critique contraignant la compagnie aérienne exploitant l'aéronef à attendre que ces
freins soient descendus en température avant de pouvoir entamer une nouvelle rotation.
Ce temps d'attente représente un manque à gagner pour la compagnie.
OBJET DE L'INVENTION
[0004] L'invention vise à proposer un procédé de répartition de l'énergie de freinage entre
les freins, permettant d'éviter au maximum les échauffements importants de certains
freins.
DESCRIPTION DE L'INVENTION
[0005] A cet effet, on propose un procédé de répartition de l'énergie d'un freinage à venir
entre des roues freinées numérotées 1...p et portées par N atterrisseurs d'un aéronef,
chacune des roues freinées comportant un frein muni d'une pile de disques sur laquelle
un effort est sélectivement appliqué pour générer un couple de freinage de la roue,
chaque frein étant équipé de moyens pour mesurer une épaisseur de la pile de disque,
et dans lequel
- on assigne comme consigne individuelle de freinage à générer par le frein j la consigne

[0006] Où, C est la consigne générale de freinage à développer par les roues freinées de
l'un des atterrisseurs, E
j est l'épaisseur de la pile de disques du frein de la roue j, et C
j la consigne individuelle de freinage pour la roue j ;
- on commande chaque frein j selon la consigne individuelle de freinage Cj ainsi déterminée.
[0007] Ainsi, on répartit en fonction des épaisseurs des piles de disques de chacun des
freins la consigne générale de couple à développer par les roues concernées. Cette
consigne générale de freinage est générée par exemple par un calculateur de freinage.
Ainsi, si la pile de disques de l'un des freins est plus usée que les autres, son
épaisseur sera moindre, et donc la consigne de couple sera diminuée en conséquence.
[0008] Or l'on sait que l'énergie à dissiper par chaque frein est proportionnelle au couple
développé par ce frein lors du freinage, tandis que l'échauffement de la pile de disques
correspondante est quant à elle proportionnelle à la masse de la matière constituant
les disques, et donc à son épaisseur. En rendant selon l'invention le couple à développer
proportionnel à cette épaisseur, on s'assure donc que la pile de disques correspondante
s'échauffera de la même façon que les autres piles de disques.
[0009] Ce procédé est facilement mis en oeuvre sur un aéronef équipé de freins électromécaniques,
puisqu'il suffit d'utiliser les actionneurs électromécaniques de freinage pour effectuer
une mesure de l'épaisseur des piles de disques. A cet effet, il suffit, par exemple
en vol avant d'atterrir, de faire venir au contact des disques le poussoir de l'un
des actionneurs électromécaniques. On relève alors la position du poussoir, et on
en déduit l'épaisseur résiduelle de la pile de disques. On effectue cette mesure pour
chacune des piles de disques des freins concerné par la répartition, et on en déduit
pour chacun des freins le coefficient de répartition correspondant, à savoir, pour
le frein j :

EXEMPLES DE MISE EN OEUVRE
[0010] Pour un aéronef comportant deux atterrisseurs principaux dont un atterrisseur gauche
et un atterrisseur droit, comportant chacun deux roues freinées (respectivement 1
et 2 pour l'atterrisseur gauche et 3 et 4 pour l'atterrisseur droit), on aura respectivement:

pour l'atterrisseur gauche, et

pour l'atterrisseur droit, où Cg et C
d sont les consignes générales de freinage assignées respectivement à l'atterrisseur
gauche et l'atterrisseur droit. Bien sûr, on constate que
C1 +
C2 =
Cg et
C3 +
C4 =
Cd. On choisit donc ici d'appliquer le procédé de l'invention atterrisseur par atterrisseur
(N=1).
[0011] Cette répartition est bien adaptée lorsque les consignes générales de freinage Cg
et Cd sont susceptibles d'être différentes, par exemple lors d'un freinage différentiel,
soit demandé par le pilote par un appui différentiel sur les pédales de frein, soit
demandé par le calculateur de freinage pour aider l'aéronef à tourner lors d'un déplacement
de celui-ci sur la piste, ou au contraire pour contrer une tendance de l'aéronef à
virer, si l'on veut que celui-ci se déplacement selon une trajectoire rectiligne.
[0012] Selon maintenant une variante du procédé de répartition de freinage de l'invention,
on tient compte des épaisseurs des piles de disques des freins portés par plusieurs
atterrisseurs.
[0014] Comme auparavant, on a
C1 +
C2 +
C3 +
C4 = 2·
C, où 2C représente la consigne générale de freinage à appliquer par l'ensemble des
roues concernées. La répartition de freinage sur l'ensemble des roues freinées de
l'aéronef permet alors d'homogénéiser encore plus l'échauffement des freins.
[0015] Cette répétition se généralise facilement à N atterrisseurs, les roues de chacun
des atterrisseurs devant collectivement développer un freinage égal à la consigne
générale de freinage C :

[0016] Où p est le nombre total de roues freinées portées par les N atterrisseurs concernés.
[0017] Selon un mode particulier de mise en oeuvre du procédé de l'invention, les consignes
individuelles de freinage ainsi calculées sont corrigées pour tenir compte d'une température
initiale de la pile de disque du frein correspondant. Ainsi, si l'un des freins a
une pile de disques qui est plus chaude que les autres, on fera en sorte de diminuer
la consigne individuelle de freinage correspondante, afin de diminuer l'échauffement
à venir sur ce frein. Bien sûr, la portion du freinage non réalisée par ce frein devra
être développée par les autres freins.
[0018] Un exemple de mise en oeuvre de cette correction est maintenant détaillé. Reprenant
l'exemple précité, on note T
1 et T
2 les températures initiales des piles de disques des freins 1 et 2,

la température moyenne de ces piles de disques servant ici de température de référence
et Δ =
T1 -
T2 l'écart de température, on aura :

où

[0019] Cet exemple se généralise facilement à N atterrisseurs, les roues de chacun des atterrisseurs
devant collectivement développer un freinage égal à la consigne générale de freinage
C :

[0020] Où le coefficient correcteur k
j est égal à

Avec

[0021] Ou, ce qui revient au même, on corrige la consigne individuelle de freinage C
j par une correction de couple Δ
Cj égale à

la correction de couple tenant compte de la température initiale T
j du frein j.
[0022] Ainsi, on compare la température T
j à une température de référence T
réfj égale à la moyenne des températures des autres freins. Si la température T
j est plus élevée que cette température de référence, la correction Δ
Cj est négative, ce qui a pour effet de diminuer la consigne individuelle de freinage
C
j.
[0023] La correction n'est bien sûr pas limitée à l'exemple décrit ci-dessus. D'une façon
générale, la correction sera dépendante de la température initiale de la pile de disques
avant application du freinage, en étant adaptée à diminuer la consigne individuelle
de freinage pour une pile de disques ayant une température initiale plus élevée qu'une
température de référence.
[0024] De préférence, la correction de couple est bornée, pour éviter un différentiel de
consigne individuelle de freinage trop important entre deux roues. La partie d'énergie
non dissipée par un frein en raison de la diminution de sa consigne individuelle de
freinage devra bien sûr être dissipée par les autres freins concernés, ce qui impose
en pratique d'augmenter la consigne individuelle de freinage d'au moins l'un des autres
freins.
[0025] L'invention est bien sûr applicable à un aéronef muni d'un système de freinage hydraulique.
Cependant, il conviendra d'équiper les freins de capteurs de mesure générant un signal
pouvant être utilisé pour estimer l'épaisseur de la pile de disques.
[0026] Par consigne de freinage, on entend toute consigne représentative d'un effort de
freinage à appliquer sur la pile de disques d'un frein donné, ou d'un couple de freinage
à développer par ledit frein. Cependant, le procédé de l'invention est plus efficace
si les consignes sont des consignes de couple. Cela suppose alors que les freins sont
équipés de moyens de mesure du couple, ou à tout le moins de moyens d'estimation de
celui-ci.
1. Procédé de répartition de l'énergie de freinage entre un groupe des roues freinées
numérotées 1...p et portées par N atterrisseurs d'un aéronef, chacune des roues freinées
comportant un frein muni d'une pile de disques sur laquelle un effort est sélectivement
appliqué pour générer un couple de freinage de la roue, chaque frein étant équipé
de moyens pour mesurer une épaisseur de la pile de disques, et dans lequel :
- on assigne comme consigne individuelle de freinage à générer par le frein j la consigne

Où p est le nombre de roues concernées, C est la consigne générale de freinage à développer
par les roues freinées d'un même atterrisseur, Ej est l'épaisseur de la pile de disques du frein de la roue j, et Cj la consigne individuelle de freinage pour la roue j ;
- on commande chaque frein selon la consigne individuelle de freinage ainsi déterminée.
2. Procédé selon la revendication 1, dans lequel les roues sont toutes portées par le
même atterrisseur (N=1).
3. Procédé selon la revendication 1, dans lequel, pour au moins un des freins, on corrige
la consigne individuelle de freinage Cj à l'aide d'une correction de couple (ΔCj) dépendant d'une température initiale (Tj) de la pile de disques avant application du freinage, de sorte que la consigne individuelle
de freinage dudit frein est diminuée si la température initiale de celui-ci (Cj) est plus élevée qu'une température de référence.
4. Procédé selon la revendication 3, dans lequel la température de référence est la moyenne
des températures des autres freins.
5. Procédé selon la revendication 4, dans lequel la correction de couple (Δ
Cj) est égale à
Cj =kj.N.C, où

avec

et

.
6. Procédé selon l'une des revendications précédentes, dans lequel la correction de couple
est bornée.
7. Procédé selon l'une des revendications précédentes, dans lequel la consigne générale
de freinage est une consigne de couple de freinage.