[0001] L'invention concerne le traitement de la parole en milieu bruité.
[0002] Elle concerne notamment, mais de façon non limitative, le traitement des signaux
de parole captés par des dispositifs de téléphonie pour véhicules automobiles.
[0003] Ces appareils comportent un ou plusieurs microphones ("micros") sensible non seulement
à la voix de l'utilisateur, mais captant aussi le bruit environnant ainsi que l'écho
dû au phénomène de réverbération par l'environnement, typiquement l'habitacle du véhicule.
La composante utile (le signal de parole du locuteur proche) se trouve ainsi noyée
dans une composante parasite de bruit (bruits externes et réverbération) pouvant aller,
souvent, jusqu'à rendre incompréhensible pour le locuteur distant (celui qui est à
l'autre bout de la voie de transmission du signal téléphonique) les paroles du locuteur
proche.
[0004] Il en est de même si l'on veut mettre en oeuvre des techniques de reconnaissance
vocale, car il est très difficile d'opérer une reconnaissance de forme sur des mots
noyés dans un niveau de bruit élevé.
[0005] Cette difficulté liée aux bruits environnants est particulièrement contraignante
dans le cas des dispositifs "mains-libres". En particulier, la distance importante
entre le micro et le locuteur entraîne un niveau relatif de bruit élevé qui rend difficile
l'extraction du signal utile noyé dans le bruit. De plus, le milieu très bruité typique
de l'environnement automobile présente des caractéristiques spectrales non stationnaires,
c'est-à-dire qui évoluent de manière imprévisible en fonction des conditions de conduite
: passage sur des chaussées déformées ou pavées, autoradio en fonctionnement, etc.
[0006] Certains de ces dispositifs prévoient l'utilisation de plusieurs micros et utilisent
la moyenne des signaux captés, ou d'autres opérations plus complexes, pour obtenir
un signal avec un niveau de perturbations moindre. En particulier, des techniques
dites de
beamforming permettent de créer par des moyens logiciels une directivité qui améliore le rapport
signal/bruit. Mais les performances de cette technique sont très limitées lorsque
seulement deux micros sont utilisés (concrètement, on estime qu'une telle méthode
ne fournit de bons résultats qu'à condition de disposer d'un réseau d'au moins huit
micros). Les performances sont en outre très dégradées lorsque l'environnement est
réverbérant.
[0007] Le but de l'invention est de proposer une solution de débruitage des signaux audio
captés par un tel système multicanal, multi-microphones, dans un environnement très
bruyant et très réverbérant, typiquement l'habitacle d'une voiture.
[0008] La principale difficulté liée aux méthodes de traitement de la parole par des systèmes
multicanal est la difficulté d'estimation des paramètres utiles pour les traitements
à appliquer, car les estimateurs sont fortement liés à l'environnement ambiant.
[0009] La plupart des techniques se basent sur l'hypothèse que le signal utile et/ou les
bruits parasites présentent une certaine directivité, et combinent les signaux issus
des différents micros de manière à améliorer le rapport signal/bruit en fonction de
ces conditions de directivité.
[0010] Ainsi, le
EP 2 293 594 A1 (Parrot SA) décrit un procédé à détection spatiale et filtrage des bruits non stationnaires
et directifs tels que coups de klaxon, passage d'un scooter, dépassement par une voiture,
etc. La technique proposée consiste à associer les propriétés de non-stationnarité
temporelle et fréquentielle, d'une part, et de directivité spatiale, d'autre part,
pour détecter un type de bruit qu'il est d'ordinaire difficile de discriminer de la
parole, afin d'assurer un filtrage efficace de ce bruit et de déduire par ailleurs
une probabilité de présence de parole qui permettra d'améliorer encore l'atténuation
du bruit.
[0011] Le
EP 2 309 499 A1 (Parrot SA) décrit un système à deux micros opérant une analyse de cohérence spatiale
du signal capté de manière à déterminer une direction d'incidence. Le système calcule
deux références de bruits selon des méthodes différentes, l'une en fonction de la
cohérence spatiale des signaux captés (qui intègre les bruits non stationnaires peu
directifs) et une autre en fonction de la direction principale d'incidence des signaux
(qui intègre surtout les bruits non stationnaires directifs). Cette technique de débruitage
repose sur l'hypothèse que la parole présente généralement une cohérence spatiale
supérieure au bruit et que, par ailleurs, la direction d'incidence de la parole est
généralement bien définie et peut être supposée connue : dans le cas d'un véhicule
automobile, elle est définie par la position du conducteur, vers lequel sont tournés
les micros.
[0012] Ces techniques prennent cependant mal en compte l'effet de réverbération typique
de l'habitacle d'une voiture, où les réflexions puissantes et nombreuses rendent difficile
le calcul d'une direction d'arrivée, avec pour conséquence une dégradation notable
de l'efficacité du débruitage.
[0013] En outre, avec ces techniques le signal débruité obtenu en sortie restitue de façon
satisfaisante l'amplitude du signal de parole initial, mais non sa phase, ce qui peut
entraîner une déformation de la voix reproduite par le dispositif.
[0014] Le problème de l'invention est la prise en compte d'un environnement réverbérant
ne permettant pas de calculer de façon satisfaisante une direction d'arrivée du signal
utile et, subsidiairement, l'obtention d'un débruitage qui restitue à la fois l'amplitude
et la phase du signal initial, en ne déformant donc pas la voix du locuteur lorsque
celle-ci est reproduite par le dispositif.
[0015] L'invention propose une technique mise en oeuvre dans le domaine fréquentiel, pour
une pluralité de
bins du signal capté (c'est-à-dire pour chaque bande de fréquences de chaque trame temporelle
du signal). Le traitement consiste essentiellement à :
- calculer une probabilité de présence de parole dans le signal bruité recueilli ;
- estimer la fonction de transfert du canal acoustique entre la source de parole (le
locuteur proche) et chacun des capteurs du réseau de micros ;
- calculer une projection optimale pour déterminer un canal unique à partir des fonctions
de transfert des canaux multiples estimés ; et
- réduire sélectivement le bruit sur ce canal unique, pour chaque bin, en fonction de la probabilité de présence de parole.
[0016] Plus précisément, le procédé de l'invention est un procédé de débruitage pour un
dispositif comprenant un réseau formé d'une pluralité de capteurs microphoniques disposés
selon une configuration prédéterminée.
[0017] Ce procédé comporte les étapes de traitement suivantes dans le domaine fréquentiel,
pour une pluralité de bandes de fréquences définies pour des trames temporelles successives
de signal :
- a) estimation d'une probabilité de présence de parole dans le signal bruité recueilli
;
- b) estimation d'une matrice spectrale de covariance des bruits recueillis par les
capteurs, cette estimation étant modulée par la probabilité de présence de parole
;
- c) estimation de la fonction de transfert des canaux acoustiques entre la source de
parole et au moins certains des capteurs, cette estimation étant opérée par rapport
à une référence de signal utile constituée par le signal recueilli par l'un des capteurs,
et étant en outre modulée par la probabilité de présence de parole ;
- d) calcul d'un projecteur linéaire optimal, donnant un signal combiné débruité unique
à partir des signaux recueillis par au moins certains des capteurs, de la matrice
spectrale de covariance estimée à l'étape b), et des fonctions de transfert estimées
à l'étape c) ; et
- e) à partir de la probabilité de présence de parole et du signal combiné donné par
le projecteur calculé à l'étape d), réduction sélective du bruit par application d'un
gain variable propre à chaque bande de fréquences et à chaque trame temporelle.
[0018] De préférence, le calcul du projecteur linéaire optimal de l'étape d) est opéré par
un traitement de type
beamforming de Capon à réponse sans distorsion à variance minimale MVDR.
[0019] De préférence également, la réduction sélective de bruit de l'étape e) est opérée
par un traitement de type gain à amplitude log-spectrale modifié optimisé OM-LSA.
[0020] Dans une première forme de mise en oeuvre, l'estimation de la fonction de transfert
de l'étape c) est opérée par calcul d'un filtre adaptatif visant à annuler la différence
entre le signal recueilli par le capteur dont on cherche à évaluer la fonction de
transfert et le signal recueilli par le capteur de la référence de signal utile, avec
modulation par la probabilité de présence de parole.
[0021] Le filtre adaptatif peut notamment être un filtre à algorithme de prédiction linéaire
de type moindres carrés moyens LMS et la modulation par la probabilité de présence
de parole, une modulation par variation du pas d'itération du filtre adaptatif.
[0022] Dans une deuxième forme de mise en oeuvre, l'estimation de la fonction de transfert
de l'étape c) est opérée par un traitement de diagonalisation comprenant :
c1) la détermination d'une matrice spectrale de corrélation des signaux recueillis
par les capteurs du réseau par rapport au capteur de la référence de signal utile,
c2) le calcul de la différence entre, d'une part, la matrice déterminée à l'étape
c1) et, d'autre part, la matrice spectrale de covariance des bruits modulée par la
probabilité de présence de parole, calculée à l'étape b), et
c3) la diagonalisation de la matrice différence calculée à l'étape c2). Par ailleurs,
le spectre du signal à débruiter est avantageusement divisé en une pluralité de parties
de spectre distinctes, les capteurs étant regroupés en une pluralité de sous-réseaux
associés chacun à l'une des parties du spectre. Le traitement de débruitage est alors
opéré de façon différenciée, pour chacune des parties du spectre, sur les signaux
recueillis par les capteurs du sous-réseau correspondant à la partie du spectre considérée.
[0023] En particulier, dans le cas où le réseau de capteurs est un réseau linéaire de capteurs
alignés, le spectre du signal à débruiter peut être divisé en une partie basse fréquence
et une partie haute fréquence. Pour la partie basse fréquence, les étapes du traitement
de débruitage sont alors opérées seulement sur les signaux recueillis par les capteurs
les plus éloignés du réseau.
[0024] Il est également possible, toujours avec un spectre de signal à débruiter divisé
en une pluralité de parties de spectre distinctes, d'estimer de manière différenciée,
à l'étape c), la fonction de transfert des canaux acoustiques par application de traitements
différents pour chacune des parties du spectre.
[0025] En particulier, dans le cas où le réseau de capteurs est un réseau linéaire de capteurs
alignés et où les capteurs sont regroupés en une pluralité de sous-réseaux associés
chacun à l'une des parties du spectre : pour la partie basse fréquence, le traitement
de débruitage est opéré seulement sur les signaux recueillis par les capteurs les
plus éloignés du réseau et l'estimation de la fonction de transfert est opérée par
calcul d'un filtre adaptatif ; et pour la partie haute fréquence, le traitement de
débruitage est opéré sur les signaux recueillis par tous les capteurs du réseau, et
l'estimation de la fonction de transfert est opérée par un traitement de diagonalisation.
[0026] On va maintenant décrire un exemple de mise en oeuvre du dispositif de l'invention,
en référence aux dessins annexés où les mêmes références numériques désignent d'une
figure à l'autre des éléments identiques ou fonctionnellement semblables.
La Figure 1 est une représentation schématique des différents phénomènes acoustiques
impliqués dans le recueil de signaux bruités.
La Figure 2 est une représentation schématique par blocs fonctionnels d'un filtre
adaptatif pour l'estimation de la fonction de transfert d'un canal acoustique.
La Figure 3 est une caractéristique montrant les variations de la corrélation entre
deux capteurs pour un champ de bruit diffus, en fonction de la fréquence.
La Figure 4 illustre de façon schématique un réseau de quatre micros utilisables de
façon sélective, en fonction de la fréquence, pour la mise en oeuvre de l'invention.
La Figure 5 est un schéma d'ensemble, sous forme de blocs fonctionnels, montrant les
différents traitements selon l'invention pour le débruitage des signaux recueillis
pas le réseau de micros de la Figure 4.
La Figure 6 illustre plus précisément, sous forme de schéma par blocs, les fonctions
mises en oeuvre, dans le domaine fréquentiel, pour le traitement selon l'invention
illustré Figure 5.
[0027] On va maintenant décrire en détail la technique de débruitage proposée par l'invention.
[0028] On considérera, comme illustré Figure 1, un ensemble de n capteurs microphoniques,
chaque capteur pouvant être assimilé à un micro unique M
1 ... M
n captant une version réverbérée d'un signal de parole émis par une source de signal
utile S (la parole d'un locuteur proche 10), signal auquel vient s'ajouter un bruit.
[0029] Chaque micro capte donc :
- une composante du signal utile (le signal de parole),
- une composante de la réverbération de ce signal de parole par l'habitacle du véhicule,
et
- une composante du bruit parasite environnant, sous toutes ses formes (directif ou
diffus, stationnaire ou évoluant de manière imprévisible, etc.).
Modélisation des signaux captés
[0030] Il s'agit de traiter les (multiples) signaux de ces micros en opérant un débruitage
(bloc 12) donnant en sortie un signal (unique) : on reconnaît dans ce schéma un modèle
MISO (
Multiple Input Single Output).
[0031] Le signal de sortie devra être le plus proche possible du signal de parole émis par
le locuteur 10, c'est-à-dire :
- contenir le moins de bruit possible, et
- déformer le moins possible la voix du locuteur restituée en sortie.
[0032] Sur le capteur de rang i, le signal recueilli sera :

x
i étant le signal capté,
hi étant la réponse impulsionnelle entre la source de signal utile S et le capteur M
i,
s étant le signal utile produit par la source S (signal de parole du locuteur proche
10) et
bi étant le bruit additif.
[0033] Pour l'ensemble des capteurs, on peut utiliser la notation vectorielle :

[0034] Dans le domaine fréquentiel, cette expression devient :

[0035] On fera une première hypothèse selon laquelle la voix ainsi que le bruit sont gaussiens
centrés.
[0036] Ceci se traduit dans le domaine fréquentiel par les conditions suivantes, pour toutes
les fréquences ω:
- S est gaussien centré de puissance φs
- B est un vecteur gaussien centré de matrice de covariance Rn
- S et B sont décorrélés et chacun est décorrélé lorsque les fréquences sont différentes
[0037] On fera par ailleurs une deuxième hypothèse selon laquelle les bruits et la voix
sont décorrélés. Cela se traduit par le fait que
S est décorrélé avec toutes les composantes de
B. De plus, pour des fréquences ω
i et ω
j différentes,
S(ω
i) et
S(ω
j) sont décorrélés. Cette hypothèse est également valable pour le vecteur de bruit
B.
Calcul d'un projecteur optimal
[0038] La technique proposée consiste, sur la base des éléments que l'on vient d'exposer,
à rechercher dans le domaine temporel un projecteur linéaire optimal pour chaque fréquence.
[0039] On entendra par "projecteur" un opérateur correspondant à une transformation d'une
pluralité de signaux, recueillis concurremment par un dispositif multicanal, en un
signal unique monocanal.
[0040] Cette projection est une projection linéaire "optimale" en ce sens que la composante
de bruit résiduel sur le signal monocanal délivré en sortie soit minimisée (bruit
et réverbération) et que la composante utile de parole soit le moins déformée possible.
[0041] Cette optimisation implique de rechercher pour chaque fréquence un vecteur
A tel que :
- la projection AT X contienne le moins de bruit possible, c'est-à-dire que la puissance du bruit résiduel,
qui vaut E[ATVVTA] = ATRnA, soit minimisée, et
- ne déforme pas la voix du locuteur, ce qui se traduit par la contrainte AT H= 1.
Rn étant la matrice de corrélation entre les micros, pour chaque fréquence, et
[0042] H étant le canal acoustique considéré.
[0043] Ce problème est un problème d'optimisation sous contrainte, à savoir la recherche
de
min (
ATRnA) sous la contrainte
AT H=1.
[0044] Il peut être résolu en utilisant la méthode des multiplieurs de Lagrange, qui conduit
à la solution :

[0045] Dans le cas où les transferts
H correspondent à un retard pur, on reconnait la formule du
beamforming MVDR (
Minimum Variance Distorsionless Response), aussi appelé
beamforming de Capon.
[0046] On notera que la puissance de bruit résiduel vaut, après projection :

[0047] De plus, en écrivant des estimateurs de type
Minimum Mean-Squared Error sur l'amplitude et la phase du signal à chaque fréquence, on constate que ces estimateurs
s'écrivent comme un
beamforming de Capon suivi d'un traitement monocanal, comme décrit dans :
[1] R. C. Hendriks et al., On optimal multichannel mean-squared error estimators for speech
enhancement, IEEE Signal Processing Letters, vol. 16, no. 10, 2009.
Le traitement de débruitage sélectif du bruit appliqué au signal monocanal résultant
du traitement de beamforming est avantageusement un traitement de type gain à amplitude log-spectrale modifié
optimisé OM-LSA tel que décrit par exemple dans :
[2] 1. Cohen, Optimal Speech Enhancement Under Signal Presence Uncertainty Using Log-Spectral
Amplitude Estimator, IEEE Signal Processing Letters, vol.9, no. 4, pp. 113-116, April
2002.
Estimation des paramètres pour le calcul du projecteur linéaire optimal
[0048] Pour la mise en oeuvre de cette technique, il est nécessaire d'estimer la fonction
de transfert acoustique
H1, H2 ... Hn entre la source de parole S et chacun des micros M
1, M
2 ... M
n.
[0049] Il est également nécessaire d'estimer la matrice spectrale de covariance des bruits,
notée
Rn.
[0050] Pour ces estimations, on utilisera une probabilité de présence de parole, notée
p.
[0052] On pourra également se référer au
WO 2007/099222 A1, qui décrit une technique de débruitage mettant en oeuvre un calcul de probabilité
de présence de parole.
[0053] En ce qui concerne la matrice spectrale de covariance des bruits
Rn, on peut utiliser un estimateur d'espérance à fenêtre exponentielle, ce qui revient
à appliquer un facteur d'oubli :
k+1 étant le numéro de la trame courante, et
α est un facteur d'oubli compris entre 0 et 1.
[0054] Pour ne prendre en compte que les éléments où seul le bruit est présent, on module
le facteur d'oubli α par la probabilité de présence de parole :

avec α
0∈[01].
[0055] Pour estimer la fonction de transfert
H du canal acoustique considéré, plusieurs techniques sont utilisables.
[0056] Une première technique consiste à utiliser un algorithme de type LMS dans le domaine
fréquentiel.
[0057] Les algorithmes de type LMS - ou NLMS (
Normalized LMS) qui est une version normalisée du LMS - sont des algorithmes relativement simples
et peu exigeants en termes de ressources de calcul. Il s'agit d'algorithmes en eux-mêmes
connus, décrits par exemple dans :
[4] B. Widrow, Adaptative Filters, Aspect of Network and System Theory, R. E. Kalman and
N. De Claris Eds., New York: Holt, Rinehart and Winston, pp. 563-587, 1970 ;
[5] J. Prado et E. Moulines, Frequency-domain adaptive filtering with applications to
acoustic echo cancellation, Springer, Ed. Annals of Telecommunications, 1994 ;
[6] B. Widrow et S. Stearns, Adaptative Signal Processing, Prentice-Hall Signal Processing
Series, Alan V. Oppenheim Series Editor, 1985.
[0058] Le principe de cet algorithme est illustré Figure 2.
[0059] De façon caractéristique de l'invention, on prendra l'un des canaux comme référence
de signal utile, par exemple le canal du micro M
1, et l'on calculera les fonctions de transfert
H2 ...
Hn, pour les autres canaux. Ceci revient à contraindre
H1 = 1.
[0060] On notera que bien que l'on prenne comme référence de signal utile la version réverbérée
(donc parasitée) du signal de parole S captée par le micro M
1, la présence de la réverbération dans le signal capté n'est pas gênante car à ce
stade on cherche à opérer un débruitage et non une dé-réverbération.
[0061] Comme illustré Figure 2, l'algorithme LMS vise (de façon connue) à estimer un filtre
H (bloc 14) au moyen d'un algorithme adaptatif, correspondant au signal
xi délivré par le micro M
i, en estimant le transfert de bruit entre le micro M
i et le micro M
i (pris comme référence). La sortie du filtre 14 est soustraite en 16 au signal
x1 capté par le micro M
1 pour donner un signal d'erreur de prédiction permettant l'adaptation itérative du
filtre 14. Il est ainsi possible de prédire à partir du signal
xi la composante de parole (réverbérée) contenue dans le signal
xi.
[0062] Pour éviter les problèmes liés à la causalité (c'est-à-dire pour être sûr que les
signaux
xi n'arrivent pas en avance par rapport à la référence
x1), on retarde légèrement (bloc 18) le signal
x1.
[0063] Par ailleurs, on ajoute un élément 20 permettant de pondérer le signal d'erreur du
filtre adaptatif 14 par la probabilité de présence de parole
p délivrée en sortie du bloc 22 : il s'agit de procéder à l'adaptation du filtre seulement
quand la probabilité de présence de parole est élevée. Cette pondération peut être
notamment opérée par modification du pas d'adaptation en fonction de la probabilité
p.
[0064] L'équation de mise à jour du filtre adaptatif s'écrit, pour chaque trame
k et pour chaque capteur
i, :

[0065] Le pas µ d'adaptation de l'algorithme, modulé par la probabilité de présence de parole,
s'écrit, en normalisant le LMS (le dénominateur correspondant à la puissance spectrale
du signal
x1 à la fréquence considérée) :

[0066] L'hypothèse que les bruits sont décorrélés conduit à une prédiction par l'algorithme
LMS de la voix, et non du bruit, de sorte que la fonction de transfert estimée correspond
effectivement au canal acoustique H entre le locuteur et les micros.
[0067] Une autre technique possible d'estimation du canal acoustique consiste à opérer par
diagonalisation de matrice.
[0068] Ce mode d'estimation est basé sur l'utilisation de la matrice spectrale de corrélation
du signal observé, que l'on notera
Rx=E[
XXT]
.
[0069] On estime cette matrice de la même façon que
Rn :

α étant un facteur d'oubli (fixe, puisque l'on prend en compte tout le signal).
[0070] On peut ensuite estimer
Rx-Rn=φ
sHHT : il s'agit d'une matrice de rang 1, dont la seule valeur propre non nulle est φ
s , qui est associée au vecteur propre
H
[0071] On peut ainsi estimer
H en diagonalisant
Rx-Rn, mais on ne peut calculer que
vect(
H)
, autrement dit on n'estime H qu'à un facteur complexe près.
[0072] Pour lever cette ambiguïté, de la même manière que précédemment pour l'estimation
par algorithme LMS, on choisit l'un des canaux comme canal de référence, ce qui revient
à contraindre
H1 = 1.
Échantillonnage spatial du champ sonore
[0073] Dans le cas d'un système multi-microphone, qui réalise donc un échantillonnage spatial
du champ sonore, le placement relatif des différents micros est un aspect crucial
pour l'efficacité du traitement des signaux captés par ces micros.
[0074] En particulier, comme on l'a indiqué au début, on fait l'hypothèse que les bruits
présents sur les micros sont décorrélés pour utiliser une identification adaptative
de type LMS. Pour être au plus près de cette hypothèse, il conviendrait d'éloigner
les micros les uns des autres, car la fonction de corrélation s'écrit, pour un modèle
de bruit diffus, comme une fonction décroissante de la distance entre les micros,
ce qui rend les estimateurs de canal acoustique plus robustes.
[0075] En effet, la corrélation entre deux capteurs pour un champ de bruit diffus s'écrit
:
f étant la fréquence considérée,
d étant la distance entre les capteurs, et
c étant la vitesse du son.
[0076] La caractéristique correspondante est illustrée Figure 3, pour une distance entre
micros
d = 10 cm.
[0077] L'éloignement des micros, qui permet de décorréler les bruits, présente cependant
l'inconvénient de se traduire, dans le domaine spatial, à un échantillonnage à une
fréquence plus faible, avec pour conséquence un repliement des hautes fréquences,
qui seront moins bien restituées. L'invention propose de résoudre cette difficulté
en sélectionnant des configurations de capteurs différentes selon les fréquences traitées.
[0078] Ainsi, sur la Figure 4, on a illustré un réseau linéaire de quatre micros alignés
M
1 ... M
4 espacés chacun de d = 5 cm.
[0079] Pour la région inférieure du spectre (basses fréquences BF) on choisira par exemple
d'utiliser seulement les deux micros extrêmes M
1 et M
4, éloignés donc de 3
d = 15 cm, tandis que pour la partie haute du spectre (hautes fréquences HF) on utilisera
les quatre micros M
1, M
2, M
3 et M
4 espacés chacun de seulement
d = 5 cm.
[0080] En variante ou en complément, selon un autre aspect de l'invention, on peut aussi
sélectionner, pour l'estimation de la fonction de transfert H du canal acoustique,
des méthodes différentes en fonction des fréquences traitées. Par exemple, pour les
deux méthodes exposées plus haut (traitement fréquentiel par LMS, et traitement par
diagonalisation), on peut choisir l'une ou l'autre méthode en fonction de critères
tels que :
- la corrélation des bruits : pour tenir compte du fait que la méthode par diagonalisation
y est moins sensible, mais est moins précise, ou
- le nombre de micros employés : pour tenir compte du fait que la méthode par diagonalisation
devient très coûteuse en calculs lorsque la dimension des matrices augmente, du fait
de l'augmentation du nombre n de micros.
Description d'un mode de réalisation préférentiel
[0081] Cet exemple est décrit en référence aux Figures 5 et 6, et met en oeuvre les différents
éléments évoqués plus haut du traitement des signaux, avec leurs différentes variantes
possibles.
[0082] La Figure 5 est un schéma par blocs montrant les différentes étapes de traitement
des signaux issus d'un réseau linéaire de quatre micros M
1 ... M
4 tels que celui illustré Figure 4.
[0083] Des traitements différents sont opérés pour le haut du spectre (hautes fréquences
HF, correspondant aux blocs 24 à 32), et pour le bas du spectre (basses fréquences
BF, correspondant aux blocs 34 à 42) :
- pour le haut du spectre, sélectionné par un filtre 24, les signaux des quatre micros
M1 ... M4 sont utilisés conjointement. Ces signaux font d'abord l'objet d'une transformée rapide
de Fourier FFT (bloc 26) pour passer dans le domaine fréquentiel, puis d'un traitement
28 (décrit plus bas en référence à la Figure 6) impliquant une diagonalisation de
matrice. Le signal monocanal résultant SHF est soumis à une transformée de Fourier rapide inverse iFFT (bloc 30) pour repasser
dans le domaine temporel, puis le signal résultant sHF est appliqué à un filtre de synthèse (bloc 32) pour restituer le haut du spectre
du canal de sortie s ;
- pour le bas du spectre, sélectionné par le filtre 34, seuls les signaux des deux micros
extrêmes M1 et M4 sont utilisés. Ces signaux font d'abord l'objet d'une transformée rapide de Fourier
FFT (bloc 36) pour passer dans le domaine fréquentiel, puis d'un traitement 38 (décrit
plus bas en référence à la Figure 6) impliquant un filtrage adaptatif LMS. Le signal
monocanal résultant SBF est soumis à une transformée de Fourier rapide inverse iFFT (bloc 40) pour repasser
dans le domaine temporel, puis le signal résultant sBF est appliqué à un filtre de synthèse (bloc 42) pour restituer le bas du spectre du
canal de sortie s.
[0084] On va maintenant décrire en référence à la Figure 6 les traitements opérés par les
blocs 28 ou 38 de la Figure 5.
[0085] Le traitement que l'on va décrire est appliqué dans le domaine fréquentiel, à chaque
bin de fréquence, c'est-à-dire pour chaque bande de fréquences définie pour les trames
temporelles successives du signal recueilli par les micros (les quatre micros M
1, M
2, M
3 et M
4 pour le haut du spectre HF, et les deux micros M
1 et M
4 pour le bas du spectre BF).
[0086] A ces signaux correspondent, dans le domaine fréquentiel, des vecteurs
X1 ...
Xn (
X1, X2, X3 et
X4 et
X1, X4, respectivement).
[0087] Un bloc 22 produit à partir des signaux recueillis par les micros une probabilité
p de présence de parole. Comme indiqué plus haut, cette estimation est opérée selon
une technique en elle-même connue, par exemple celle décrite dans le
WO 2007/099222 A1, auquel on pourra se référer pour plus de détails.
[0088] Le bloc 44 schématise un sélecteur de la méthode d'estimation du canal acoustique,
soit par diagonalisation sur la base des signaux recueillis par les quatre micros
M
1, M
2, M
3 et M
4 (bloc 28 de la Figure 5, pour le haut du spectre HF), soit par filtre adaptatif LMS
sur la base des signaux recueillis par les deux micros extrêmes M
1 et M
4 (bloc 38 de la Figure 5, pour le bas du spectre BF).
[0089] Le bloc 46 correspond à l'estimation de la matrice spectrale des bruits, désignée
Rn, utilisée pour le calcul du projecteur linéaire optimal, et utilisée également pour
le calcul de diagonalisation du bloc 28 lorsque la fonction de transfert du canal
acoustique est estimée de cette manière. Le bloc 48 correspond au calcul du projecteur
linéaire optimal. Comme on l'a indiqué plus haut, la projection calculée en 48 est
une projection linéaire optimale, en ce sens que la composante de bruit résiduel sur
le signal monocanal délivré en sortie est minimisée (bruit et réverbération). Comme
on l'a également indiqué, le projecteur linéaire optimal présente la particularité
de recaler les phases des différents signaux d'entrée, ce qui permet d'obtenir en
sortie un signal projeté
Spr qui retrouve la phase du signal initial de parole du locuteur (et également l'amplitude
de ce signal, bien entendu).
[0090] L'étape finale (bloc 50) consiste à opérer une réduction sélective du bruit par application
d'un gain variable propre à chaque bande de fréquences et à chaque trame temporelle
au signal projeté
Spr.
[0091] Ce débruitage est également modulé par la probabilité de présence de parole
p.
[0092] Le signal
SHF/BF délivré en sortie par le bloc 50 de débruitage fera ensuite l'objet d'une transformation
de Fourier rapide inverse iFFT (blocs 30, 40 de la Figure 5) pour obtenir dans le
domaine temporel le signal de parole débruitée
SHF ou
SBF recherché donnant, après reconstitution du spectre complet, le signal de parole débruitée
final s.
[0094] Essentiellement, l'application d'un gain nommé "gain LSA" (
Log-Spectral Amplitude) permet de minimiser la distance quadratique moyenne entre le logarithme de l'amplitude
du signal estimé et le logarithme de l'amplitude du signal de parole originel. Ce
second critère se montre supérieur au premier car la distance choisie est en meilleure
adéquation avec le comportement de l'oreille humaine et donne donc qualitativement
de meilleurs résultats. Dans tous les cas, l'idée essentielle est de diminuer l'énergie
des composantes fréquentielles très parasitées en leur appliquant un gain faible,
tout en laissant intactes (par l'application d'un gain égal à 1) celles qui le sont
peu ou pas du tout.
[0095] L'algorithme "OM-LSA" (
Optimally-Modified Log-Spectral Amplitude) améliore le calcul du gain LSA à appliquer en le pondérant par la probabilité conditionnelle
de présence de parole
p.
[0096] Dans cette méthode, la probabilité de présence de parole
p intervient à deux niveaux importants :
- pour l'estimation de l'énergie du bruit, la probabilité vient moduler le facteur d'oubli
dans le sens d'une mise à jour plus rapide de l'estimation du bruit sur le signal
bruité lorsque la probabilité de présence de parole est faible ;
- pour le calcul du gain final, elle joue également un grand rôle, car la réduction
de bruit appliquée est d'autant plus importante (c'est-à-dire que le gain appliqué
est d'autant plus faible) que la probabilité de présence de parole est faible.
1. Un procédé de débruitage d'un signal acoustique bruité pour un dispositif audio multi-microphone
opérant dans un milieu bruité, notamment un dispositif téléphonique "mains libres",
le signal acoustique bruité comprenant une composante utile issue d'une source de
parole (S) et une composante parasite de bruit,
ledit dispositif comprenant un réseau de capteurs formé d'une pluralité de capteurs
microphoniques (M
1...M
n) disposés selon une configuration prédéterminée et aptes à recueillir le signal bruité,
caractérisé en ce qu'il comporte les étapes de traitement suivantes dans le domaine fréquentiel, pour une
pluralité de bandes de fréquences définies pour des trames temporelles successives
de signal :
a) estimation (22) d'une probabilité de présence de parole (p) dans le signal bruité recueilli ;
b) estimation (46) d'une matrice spectrale de covariance (Rn) des bruits recueillis par les capteurs, cette estimation étant modulée par la probabilité
de présence de parole (p) ;
c) estimation de la fonction de transfert (H1..Hn) des canaux acoustiques entre la source de parole (S) et au moins certains des capteurs
(M1...Mn), cette estimation étant opérée par rapport à une référence de signal utile constituée
par le signal recueilli par l'un des capteurs (M1), et étant en outre modulée par la probabilité de présence de parole (p) ;
d) calcul (48) d'un projecteur linéaire optimal donnant un signal combiné débruité
unique à partir des signaux (X1...Xn) recueillis par au moins certains des capteurs, de la matrice spectrale de covariance
(Rn) estimée à l'étape b), et des fonctions de transfert (H1...Hn) estimées à l'étape c) ; et
e) à partir de la probabilité de présence de parole (p) et du signal combiné donné par le projecteur calculé à l'étape d), réduction sélective
du bruit (50) par application d'un gain variable propre à chaque bande de fréquences
et à chaque trame temporelle.
2. Le procédé de la revendication 1, dans lequel le calcul (48) du projecteur linéaire
optimal de l'étape d) est opéré par un traitement de type beamforming de Capon à réponse sans distorsion à variance minimale MVDR.
3. Le procédé de la revendication 1, dans lequel la réduction sélective de bruit (50)
de l'étape e) est opérée par un traitement de type gain à amplitude log-spectrale
modifié optimisé OM-LSA.
4. Le procédé de la revendication 1, dans lequel l'estimation de la fonction de transfert
de l'étape c) est opérée par calcul (38) d'un filtre adaptatif (14) visant à annuler
la différence entre le signal (Xi) recueilli par le capteur dont on cherche à évaluer la fonction de transfert et le
signal (X1) recueilli par le capteur de ladite référence de signal utile, avec modulation par
la probabilité de présence de parole (p).
5. Le procédé de la revendication 4, dans lequel le filtre adaptatif (14) est un filtre
à algorithme de prédiction linéaire de type moindres carrés moyens LMS.
6. Le procédé de la revendication 4, dans lequel ladite modulation par la probabilité
de présence de parole (p) est une modulation par variation du pas d'itération du filtre adaptatif (14).
7. Le procédé de la revendication 1, dans lequel l'estimation de la fonction de transfert
de l'étape c) est opérée par un traitement de diagonalisation (28) comprenant :
c1) la détermination d'une matrice spectrale de corrélation (Rx) des signaux recueillis par les capteurs du réseau par rapport au capteur de ladite
référence de signal utile,
c2) le calcul de la différence entre, d'une part, la matrice (Rx) déterminée à l'étape c1) et, d'autre part, ladite matrice spectrale de covariance
(Rn) des bruits modulée par la probabilité de présence de parole (p), calculée à l'étape b), et
c3) la diagonalisation de la matrice différence calculée à l'étape c2).
8. Le procédé de la revendication 1, dans lequel :
- le spectre du signal à débruiter est divisé en une pluralité de parties de spectre
distinctes (BF, HF),
- les capteurs sont regroupés en une pluralité de sous-réseaux (M1...M4 ; M1,M4) associés chacun à l'une desdites parties du spectre, et
- le traitement de débruitage est opéré de façon différenciée, pour chacune desdites
parties du spectre, sur les signaux recueillis par les capteurs du sous-réseau correspondant
à la partie du spectre considérée.
9. Le procédé de la revendication 8, dans lequel :
- le réseau de capteurs est un réseau linéaire de capteurs alignés (M1...M4),
- le spectre du signal à débruiter est divisé en une partie basse fréquence (BF) et
une partie haute fréquence (HF), et
- pour la partie basse fréquence, les étapes du traitement de débruitage sont opérées
seulement sur les signaux recueillis par les capteurs les plus éloignés du réseau
(M1,M4).
10. Le procédé de la revendication 1, dans lequel :
- le spectre du signal à débruiter est divisé en une pluralité de parties de spectre
distinctes (BF, HF), et
- l'étape c) d'estimation de la fonction de transfert des canaux acoustiques est opérée
de manière différenciée par application de traitements différents (28, 38) pour chacune
desdites parties du spectre.
11. Le procédé de la revendication 10, dans lequel :
- le réseau de capteurs est un réseau linéaire de capteurs alignés (M1...M4),
- les capteurs sont regroupés en une pluralité de sous-réseaux (M1...M4 ; M1,M4) associés chacun à l'une desdites parties du spectre,
- pour la partie basse fréquence (BF), le traitement de débruitage est opéré seulement
sur les signaux recueillis par les capteurs (M1,M4) les plus éloignés du réseau, et l'estimation de la fonction de transfert est opérée
par calcul d'un filtre adaptatif (38), et
- pour la partie haute fréquence, le traitement de débruitage est opéré sur les signaux
recueillis par tous les capteurs du réseau (M1...M4), et l'estimation de la fonction de transfert est opérée par un traitement de diagonalisation
(28).