I. DOMAINE DE L'INVENTION
[0001] La présente invention est relative aux monomères utilisables pour la synthèse de
polymères destinés notamment, sous forme sulfonée, à constituer un électrolyte solide
ou membrane dans une pile à combustible.
[0002] Elle est plus particulièrement relative aux monomères ci-dessus du type aromatiques
et comportant une unité structurelle centrale du type perfluoroalkylène.
II. ETAT DE LA TECHNIQUE
[0003] L'intérêt récent pour les piles à combustible vient de leur capacité à convertir
l'énergie chimique en électricité avec un rendement relativement élevé et une émission
basse de polluants environnementaux. Aujourd'hui, l'utilisation de tels dispositifs
électrochimiques s'étend de l'industrie automobile aux ordinateurs portatifs, aux
téléphones cellulaires, à la génération stationnaire d'énergie électrique, ainsi qu'à
d'autres applications comprenant l'exploration de la mer et de l'espace.
[0004] On rappellera tout d'abord qu'une pile à combustible est un générateur d'énergie
électrochimique dans lequel est entretenue sous contrôle une réaction chimique entre
l'hydrogène et l'oxygène qui va produire de l'eau (réaction inverse de l'électrolyse).
Elle produit de l'énergie électrique et de la chaleur. L'électrolyte y est constitué
typiquement d'une membrane polymère PEM (abréviation pour
"Polymer Electrolyte Membrane") conductrice de protons et apte à séparer les espèces réactives, constituée de deux
nanophases bien distinctes : d'une part une partie hydrophobe assurant l'intégrité
mécanique, étanche à l'eau et aux gaz (H
2 et O
2), d'autre part une partie sulfonée constituée de canaux hydrophiles étroits permettant
le passage des protons et assurant donc la conductivité ionique de la pile. Cette
membrane polymère est disposée entre l'anode et la cathode de la pile, un tel assemblage
étant communément appelé "MEA" (pour
Membrane Electrode Assembly).
[0005] De tels piles à combustible, assemblages MEA ainsi que leurs principes généraux de
fonctionnement sont bien connus, ils ont été décrits dans un très grand nombre de
documents ; à titre d'exemples, on peut citer l'article général intitulé
"Functional fluoropolymers for fuel cell membranes" de Renaud Souzy & Bruno Ameduri,
Prog. Polymer Sci. 30 (2005), 644-687, ainsi que les demandes de brevet
WO 2005/006472,
WO 2006/012953,
WO 2006/012954,
WO 2006/100029,
WO 2008/125174.
[0006] Un matériau polymérique bon candidat pour une pile à combustible PEM doit satisfaire
à de très hautes exigences en ce qui concerne ses propriétés mécaniques, physiques
et chimiques. Idéalement, on attend de l'assemblage MEA qu'il puisse fonctionner pendant
des milliers d'heures à des températures relativement élevées (60 à 100°C dans le
cas de piles PEM, jusqu'à 160°C dans le cas de piles au méthanol dites DMFC) tout
en étant exposé à une humidité particulièrement élevée et des valeurs de pH acide
proches de zéro. La plupart des polymères connus subissent une décomposition sous
de telles conditions, qu'ils soient de type aliphatiques comme aromatiques.
[0007] Des copolymères aliphatiques dérivés d'acide perfluorosulfonique, commercialisés
par exemple sous le nom de Nafion® ou Flemion®, ont été employés intensivement comme
membranes conductrices dans des piles à combustible du type hydrogène/ air, hydrogène/
oxygène ou méthanol/ air.
[0008] Malgré une très bonne conductivité ionique et une haute stabilité chimique, l'emploi
de polymères du type Nafion® n'est tout d'abord pas adapté à une utilisation dans
des piles à combustible du type méthanol, cela en raison d'une performance réduite
pour les températures d'utilisation les plus élevées, due à une augmentation importante
de perméabilité de la membrane vis-à-vis du méthanol.
[0009] Un autre inconvénient connu des polymères du type Nafion®, en fonctionnement dans
la pile, est leur stabilité chimique relativement limitée. En effet, les polymères
perfluorés sont connus pour absorber des quantités importantes d'eau responsables
de gonflements et de changements dimensionnels répétés de la membrane : des cycles
répétés de séchage et d'humidification, lors des arrêts et démarrages successifs de
la pile à combustible, entraînent une perméabilité accrue aux gaz (H
2 et O
2) ; cette perméabilité accrue est responsable de la formation d'eau oxygénée et de
radicaux libres (OH), autant de mécanismes qui peuvent conduire à une dégradation
rapide de la membrane et à une fin de vie prématurée de la pile à combustible. Pour
limiter ces changements dimensionnels et améliorer ainsi l'endurance des membranes,
il a notamment été proposé d'ajouter, à titre de polymère de renforcement, un second
polymère fluoré, notamment un PTFE (polytétrafluoroéthylène) du type microporeux expansé
(ou "ePTFE"), et de constituer ainsi des membranes composites plus endurantes (voir
par exemple
US 6 495 209).
[0010] Enfin, un autre inconvénient majeur des polymères du type Nafion® est leur coût de
synthèse, sans parler d'une chimie de base qui ne répond plus aujourd'hui aux exigences
les plus récentes en termes d'environnement, de règles d'hygiène et sécurité.
[0011] Aussi, de nombreuses recherches ont été conduites dans le passé pour tenter de réduire
le coût des membranes PEM.
[0012] Il a été proposé notamment de remplacer les polymères aliphatiques ci-dessus par
des polymères aromatiques, de coût inférieur et qui ont par ailleurs comme avantage
de présenter une perméabilité aux gaz (H
2 et O
2) qui est réduite.
[0013] Des exemples de tels polymères sont par exemple des poly(arylène-éther-sulfone),
commercialisés notamment sous les dénominations "Udel", "Radel" ou encore des poly
(éther-éther-cétone) commercialisés par exemple sous dénomination "PEEK". Les polymères
aromatiques ci-dessus, une fois sulfonés, ne permettent pas encore aujourd'hui d'atteindre
le compromis de performances et de coût offert avec les polymères aliphatiques fluorés
du type Nafion®. En outre, ces polymères aromatiques se mélangent généralement mal
avec un polymère type ePTFE et les membranes qui en sont issues ne peuvent donc être
renforcées facilement par un polymère ePTFE, un tel renforcement exigeant un traitement
de surface préalable du polymère ePTFE par plasma ou par voie chimique dans des milieux
chimiques très agressifs (voir par exemple article intitulé
"Challenging reinforced composite polymer electrolyte membranes based on disulfonated
poly(arylene-ether-sulfone)-impregnated expanded PTFE for fuel cell applications",
Xiaobing Zhu et al, J. Mat. Chem., 2007, 386-397).
[0014] D'autres exemples de polymères du type aromatiques ont été décrits plus récemment
dans les documents brevet
US2005/0221135 et
US 7037614. Il s'agit de polymères triazine sulfonés dont les monomères sont connectés par des
ponts éther (-O-). Les synthèses décrites dans ces documents sont complexes, coûteuses
et difficiles à reproduire. On a constaté en outre que leur stabilité, chimique et
dimensionnelle, est insuffisante même après un traitement final de réticulation des
membranes, traitement qui nécessite par ailleurs une autre chimie complexe et coûteuse.
III. BREVE DESCRIPTION DE L'INVENTION
[0015] Au cours de leurs recherches, les Demanderesses ont trouvé un monomère aromatique
nouveau, plus précisément un monomère perfluoroalcane aromatique spécifique, qui est
utilisable pour la synthèse d'une membrane polymère permettant de pallier, au moins
en partie, les inconvénients précités.
[0016] Ce monomère perfluoroalcane aromatique de l'invention est tel qu'énoncé en revendication
1.
[0017] A partir de ce monomère conforme à l'invention, il s'est avéré possible de synthétiser
un polymère qui, comparé aux polymères de l'art antérieur précédemment décrits, possède
une stabilité chimique et une résistance à l'oxydation nettement améliorées. Il permet
de fabriquer des membranes PEM qui de manière inattendue, comparées à des membranes
commerciales du type Nafion® développées depuis déjà longtemps, présentent une stabilité
chimique et dimensionnelle au moins équivalentes, une conductivité ionique approchant
celle de ces membranes commerciales. Enfin, ce qui n'est pas son moindre avantage,
le polymère issu du monomère de l'invention peut être rendu compatible avec un polymère
microporeux ePTFE pour un renforcement optimal de la membrane, sans nécessiter les
traitements de surface qui ont été évoqués supra.
[0018] L'invention concerne également un procédé de synthèse d'un polymère par polycondensation
d'au moins un monomère perfluoroalcane aromatique conforme à l'invention.
[0019] L'invention concerne également l'utilisation d'un monomère perfluoroalcane aromatique
conforme à l'invention pour la fabrication d'une membrane de polymère utilisable dans
une pile à combustible du type PEM.
[0020] L'invention ainsi que ses avantages seront aisément compris à la lumière de la description
détaillée et des exemples de réalisation qui suivent, ainsi que des figures relatives
à ces exemples qui représentent ou schématisent :
- des exemples de monomères conformes à l'invention de formule (I), de formules particulières
respectives (I-1), (I-2) et (I-3) (Fig. 1A, 1B et 1C) ;
- des exemples de monomères conformes à l'invention de formule (I), de formules particulières
respectives (II-1), (II-2) et (II-3) (Fig. 2A, 2B et 2C) ;
- un exemple de polymère (Polymère 1) ainsi qu'un schéma de synthèse possible de ce
polymère par polycondensation d'un monomère A1 conforme à l'invention avec un second
monomère B1 non conforme à l'invention (Fig. 3) ;
- un schéma de synthèse possible, en trois étapes successives, du monomère A1 (ou Composé
3) conforme à l'invention (Fig. 4) ;
- le spectre RMN 1H (500 MHz) du monomère A1 (ou Composé 3) dissous dans DMSO-d6 (Fig. 5) ;
- un schéma de synthèse possible, en deux étapes successives, du monomère B1 (ou Composé
4) non conforme à l'invention (Fig. 6) ;
- les courbes de polarisation comparées d'une pile à combustible PEM utilisant la membrane
issue du Polymère 1 (courbe CA) et une membrane commerciale (courbe CB) (Fig. 9).
IV. DESCRIPTION DETAILLEE DE L'INVENTION
[0021] Le monomère perfluoroalcane aromatique de l'invention a donc pour caractéristique
essentielle de répondre à la formule (I) de la revendication 1.
[0022] Autrement dit, le monomère perfluoroalcane de formule (I) ci-dessus est un monomère
perfluoroalcane benzophénone ayant pour formule développée :

dans laquelle R représente l'hydrogène.
[0023] Dans la formule (I) ci-dessus et toutes les variantes préférentielles de l'invention
décrites dans la présente demande, n varie de 2 à 8 ; De préférence, le monomère perfluoroalcane
de l'invention est un monomère perfluorobutane c'est-à-dire que n est égal à 4.
[0024] Les groupes Z
1 et Z
2 correspondent au groupe hydroxyle ou à un halogène, en particulier fluor ou chlore.
[0025] Ainsi, selon un premier mode de réalisation particulièrement préférentiel, les groupes
Z
1 et Z
2 correspondent à l'halogène fluor dans la formule (I). Dans le cas particulier plus
préférentiel où le bloc central perfluoroalkylène est un perfluorobutylène, le monomère
perfluoroalcane aromatique de l'invention est donc le 1,4-bis-(4-fluorobenzophénone)-perfluorobutane,
répondant à la formule (I-2) représentée à la figure 1B annexée, dans laquelle les
groupes phénylène peuvent être substitués ou non substitués.
[0026] Selon un deuxième mode de réalisation particulièrement préférentiel, les groupes
Z
1 et Z
2 correspondent à l'hydroxyle dans la formule (I). Ainsi, dans le cas particulier plus
préférentiel où le bloc central perfluoroalkylène est un perfluorobutylène, le monomère
perfluoroalcane de l'invention aromatique de formule (I) est donc le 1,4-bis-(4-hydroxybenzophénone)-perfluorobutane
répondant à la formule (I-3) représentée à la figure 1C annexée, dans lesquelles les
groupes phénylène peuvent être substitués ou non substitués.
[0027] Le monomère perfluoroalcane aromatique conforme à l'invention précédemment décrit
est avantageusement utilisable pour la synthèse de polymères pouvant constituer, sous
forme sulfonés, un électrolyte (ou membrane, ce qui est équivalent) dans une pile
à combustible. Par polymère doit être entendu tout homopolymère ou copolymère, notamment
copolymère à blocs, comportant au moins des unités structurelles issues du monomère
de l'invention.
[0028] On entend par "monomère sulfoné" ou "polymère sulfoné", par définition et de manière
bien connue, un monomère ou polymère porteur d'un ou plusieurs groupes sulfoniques
(-SO
3H), sulfonates (-SO
3M), ou mélanges de tels groupes, M représentant un cation de métal alcalin choisi
préférentiellement parmi lithium (Li), cesium (Cs) sodium (Na) et potassium (K), plus
préférentiellement parmi sodium (Na) et potassium (K). On rappellera brièvement ici
que ce sont les groupes sulfoniques qui dans une pile PEM assurent la conductivité
protonique du polymère utilisé comme membrane.
[0029] L'invention concerne particulièrement un monomère perfluoroalcane tel que précédemment
décrit dans lequel au moins un groupe sulfonique ou sulfonate est porté par au moins
l'un de ses groupes phénylène ou, le cas échéant, par au moins l'un des substituants
de ses groupes phénylène. Par groupe phénylène porteur, il faut donc entendre dans
la présente demande que le groupe phénylène lui-même ou l'un des éventuels substituants
de ses atomes d'hydrogène est porteur d'un groupe sulfonique ou sulfonate.
[0030] Les figures 2A, 2B et 2C illustrent des exemples de monomères selon l'invention sous
forme sulfonés dans lesquels au moins un groupe phénylène par groupe benzophénone
est porteur d'un groupe sulfonate -SO
3M (M représentant un cation de métal alcalin, choisi préférentiellement parmi Li,
Cs, Na et K, plus préférentiellement parmi Na et K) :
- un monomère perfluoroalcane aromatique sulfoné de formule (II-1) (Fig. 2A) ;
- un sel de métal alcalin de 1,4-bis-(4-fluorobenzophénone) perfluorobutane disulfonate,
dans lequel les groupes Z1 et Z2 correspondent à l'halogène fluor et le bloc central perfluoroalcane est un perfluorobutylène
(Fig. 2B) ;
- un sel de métal alcalin de 1,4-bis-(4-hydroxybenzophénone) perfluorobutane disulfonate,
dans lequel les groupes Z1 et Z2 correspondent à l'hydroxyle et le bloc central perfluoroalkylène est un perfluorobutylène
(Fig. 2C).
[0031] La figure 3 annexée représente un exemple de polymère synthétisable à partir d'un
monomère perfluoroalcane aromatique conforme à l'invention, ainsi qu'un schéma de
synthèse possible de ce polymère à partir d'un tel monomère.
[0032] Le polymère triazine (ci-après dénommé "Polymère 1") tel que représenté à la figure
3 (sous forme sulfoné) est constitué de deux types d'unités structurelles reliées
entre elles par des ponts éther (-O-). Ce Polymère 1 peut être préparé par polycondensation
d'un monomère conforme à l'invention noté A1 (ici, sous forme disulfoné) avec un monomère
triazine non conforme à l'invention noté B1 à la figure 3, en présence d'une base
et d'un solvant organique, selon un mode opératoire qui sera décrit en détail plus
loin. Le monomère A1 conforme à l'invention correspond au monomère perfluorobutane
aromatique de formule (II-2) précédemment décrit (Fig. 2B).
[0033] On note que ce Polymère 1 de la figure 3, sous forme sulfoné, est constitué d'unités
structurelles à base perfluoroalcane aromatique (benzophénone) et d'unités triazine
reliées entre elles par des ponts éther (-O-). Ici, le Polymère 1 comporte des extrémités
de chaînes bloquées par des groupements bloquants benzophénone (notés B à la figure
3), hydrophobes et stériquement encombrants, destinés à réduire la solubilité du polymère
dans l'eau.
V. EXEMPLES DE REALISATION DE L'INVENTION
[0034] Les essais qui suivent décrivent tout d'abord en détail la synthèse des monomères
A1 (conforme à l'invention) et B1 (non conforme à l'invention) puis celle du Polymère
1. Puis, le Polymère 1 est caractérisé et testé comme une membrane conductrice de
protons dans une pile à combustible du type PEM.
[0035] Dans la présente description, sauf indication expresse différente, tous les pourcentages
(%) indiqués sont des % en masse.
V-1. Synthèse du monomère A1
[0036] Le monomère A1 est le 1,4-bis-(4-fluorobenzophénone)-perfluorobutane disulfoné, dont
la formule est la suivante :

[0037] Ce monomère A1 conforme à l'invention (ou Composé 3) a été préparé selon le mode
opératoire schématisé à la figure 4, en trois étapes successives, comme détaillé ci-après.
V-1-A) Etape 1
[0038] Lors d'une première étape, on prépare le Composé 1 ou (4-fluoro-phényl)-(4-iodo-phényl)-méthanone,
conformément à la figure 4A.
[0039] Dans un ballon préalablement séché de 250 ml sont ajoutés le 4-iodobenzoyl chlorure
(30 g soit 112,6 mmol), le chlorure d'aluminium (15,0 g soit 112,7 mmol) et le fluorobenzène
(21,7g soit 225, 8 mmol). Le mélange est agité à température ambiante sous un léger
flux d'azote toute la nuit. Le lendemain, un solide est apparu et l'agitation n'est
plus possible. On additionne alors 20 ml de fluorobenzène supplémentaires et les réactifs
sont mélangés à 40°C (température à l'intérieur du ballon) pendant 3 h. L'appareillage
est placé à 40°C sous vide (trompe à eau) et l'excès de fluorobenzène est distillé
(pendant 30 min).
[0040] Directement dans le ballon de réaction sont ajoutés 200 g de glace, puis immédiatement
60 ml de HCl à 37%. Le produit solide ainsi obtenu est réduit en poudre dans un mortier
en céramique, puis agité dans l'eau jusqu'à l'obtention d'une poudre blanche finalement
séparée de la solution HCl par filtration (papier filtre) et lavée jusqu'à pH neutre.
Le solide est séché à température ambiante (23°C) à l'aide de la trompe à eau, puis
mélangé à 200 ml d'éthanol et finalement chauffé à 60°C (température à l'intérieur
du ballon) jusqu'à ce que le tout soit dissous. Le composé est finalement précipité
en refroidissant l'éthanol à température ambiante.
[0041] Le produit final (environ 30 g) est purifié par chromatographie sur silice (300 g)
en utilisant un mélange hexane/acétate d'éthyle (rapport pondéral 16/4) comme phase
mobile. Le produit est séparé de la phase mobile à l'évaporateur rotatif et séché
à 80°C toute la nuit (sous vide). Le produit final de couleur crème (25 g) se révèle
pur par analyse RMN et chromatographie TLC dans le mélange hexane/acétate d'éthyle
(rapport 16/4), avec un point de fusion (mesuré par DSC) d'environ 137°C.
[0042] On obtient ainsi le Composé 1, de formule :

[0043] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR, 500 MHz (CD2Cl2): 7.17 -
7.20 (m, 2H), 7.48-7.50 (m, 2H), 7.80-7.82 (m, 2H), 7.87-7.89 (m, 2H).
V-1-B) Etape 2
[0044] Puis, au cours d'une seconde étape, on prépare le Composé 2 ou 1,4-bis-(4-fluorobenzophénone)-perfluorobutane,
selon le mode opératoire qui suit et schématisé à la figure 4B.
[0045] Dans un ballon de 500 ml à 4 cols préalablement séché sont introduits 17,0 g de 4-iodo-4'-fluorobenzophénone
(soit 52,13 mmol), 2,0 g de 2,2'-bipyridyl (soit 12,83 mmol) suivis de 11,83 g de
1,4-diiodoperfluorobutane (soit 26,06 mmol) et 150 ml de DMSO anhydre. Par la suite,
6,60 g de poudre de cuivre sont ajoutés et la solution est chauffée à 65°C (le bain
d'huile est réglé à 74°C) pendant 5 h sous agitation constante et courant d'azote.
[0046] Le mélange réactionnel est refroidi à température ambiante puis versé dans 500 ml
d'eau froide ; le produit précipite, puis il est filtré et dissous avec 1 litre de
dichlorométhane. La phase organique est ensuite séchée avec Na
2SO
4 anhydre. Le produit final est purifié par chromatographie sur silice (300 g) dans
un mélange dichlorométhane/cyclohexane (1/1).
[0047] On obtient ainsi le Composé 2 sous forme d'une poudre blanche, de formule :

[0048] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR, 500 MHz (CD2Cl2): 7.19 - 7.23 (m, 2H), 7.73-7.75 (d, 4H), 7.83-7.87 (m, 8H).
19F NMR, 471.3 MHz (CDCl3): 105.04 (m, 2F), 111.44-111.50 (d, 4F), 121.49-121.55 (m, 4F).
[0049] La température de fusion du produit (mesurée par DSC) est égale à environ 222°C.
V-1-C) Etape 3
[0050] Enfin au cours d'une troisième et dernière étape, on prépare le Composé 3 ou 1,4-bis-(4-fluorobenzophénone)-perfluorobutane
disulfoné, selon le mode opératoire qui suit et schématisé à la figure 4C.
[0051] Le Composé 2 (2,5g soit 4,18 mmol) est placé dans un ballon de 50 ml à 4 cols préalablement
séché l'aide d'un pistolet à air chaud et mis sous flux d'azote. 6 g d'acide sulfurique
(distillé deux fois, Sigma-Aldrich) et 10 g d'oléum (65%, Merck) sont additionnés
directement au solide. Le milieu réactionnel devient immédiatement foncé. La sortie
des produits gazeux est purgée dans une trappe en verre vide suivie d'une trappe remplie
de NaOH 30%. Le milieu réactionnel est chauffé à environ 130°C (environ 138°C dans
le bain d'huile) pendant 4 h sous un flux moyen d'azote circulant au-dessus de la
solution.
[0052] Une fois la sulfonation terminée, on laisse le mélange réactionnel se refroidir à
température ambiante puis on le verse dans 63 g de glace et on laisse sous agitation.
Une fois toute la glace fondue, 6,25g de NaCl sont additionnés. La solution est chauffée
à 100°C puis refroidie à température ambiante afin que le monomère sulfoné précipite.
Le précipité est ensuite dissous de nouveau dans 15 ml d'eau et chauffé à nouveau
à 100°C pour le repasser sous forme liquide. Une fois que tout le produit s'est dissous,
le pH est ajusté à 7,0 en additionnant goutte à goutte du NaOH (aq.) 10%. On laisse
la solution se refroidir à température ambiante. Le solide blanc-crème ainsi obtenu
est séparé de la phase aqueuse par filtration. Le produit est séché à 150°C toute
la nuit (sous vide).
[0053] On obtient ainsi le Composé 3 (monomère A1), de formule :

[0054] La figure 5 reproduit le spectre RMN
1H (500 MHz) du monomère A1 ainsi obtenu, dissous dans DMSO-
d6.
[0055] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR, 500 MHz (DMSO-d6): 7.35 - 7.39 (m, 2H), 7.80-7.83 (m, 2H), 7.87-7.937 (m, 8H), 8.09-8.10 (d, 1H),
8.11-8.12 (d, 1H).
[0056] Enfin, la masse moléculaire du produit telle que mesurée par spectrométrie de masse
"ESI"
(Electrospray Ionisation) (mode négatif ; mélange eau/acétone 1/1) est égale à 778,9 (valeur théorique calculée
égale à 779,6).
V-2. Synthèse du monomère B1
[0057] Ce monomère B1 non conforme à l'invention (ou Composé 5 à la Fig. 6) a été préparé
selon le mode opératoire schématisé à la figure 6, en deux étapes successives, comme
détaillé ci-après.
V-2-A) Etape 1
[0058] Lors d'une première étape, on prépare le Composé 4 ou 2,4-bis-(p-fluorophényl)-6-phényl-[1,3,5]-triazine,
selon le mode opératoire qui suit et schématisé à la figure 6A.
[0060] Un ballon rond tricol de 500 ml équipé d'un barreau magnétique, d'un réfrigérant,
d'un thermomètre, est séché à l'aide d'un pistolet à air chaud (l'appareillage est
mis sous vide). 67,8 g de p-fluorobenzonitrile (0,56 mol) (Fluorochem 99%), 36,0 g
de chlorure d'ammonium (0,68 mol), 34,0 g de chlorure d'aluminium (0,26 mol) et 32,0
g de chlorure de benzoyle (0,22 mol) sont placés dans le ballon sous azote. Le ballon
est plongé dans un bain d'huile chauffé à 158°C et laissé toute la nuit à 150°C (température
à l'intérieur du ballon de réaction), un léger flux d'azote placé au dessus du mélange
réactionnel.
[0061] Le produit de réaction est refroidi à température ambiante (environ 23°C) et hydrolysé
en additionnant 300 g de glace et 60 g de HCl 36%. Le solide est filtré, puis dispersé
dans l'eau et lavé jusqu'à l'obtention d'un pH neutre. Le solide blanc est agité dans
500 ml de méthanol chauffé à reflux pendant 30 min, puis on laisse refroidir à température
ambiante. Pour finir le produit est filtré et séché à 60°C sous vide.
[0062] On obtient ainsi 26,6 g (rendement 35%) de Composé 4, présentant un point de fusion
(selon DSC) de 254,5°C.
[0063] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR, 500 MHz (
CD2Cl2): 7.30 - 7.34 (m, 4H), 7.62 - 7.65 (m, 2H), 7.68 - 7.70 (m, 1H), 8.79 - 8.80 (d,
2H), 8.82 - 8.85 (m, 4H).
V-2-B) Etape 2
[0064] Lors d'une seconde étape, on prépare le Composé 5 ou 2,4-[(4-hydroxy-phénylsulfanyl
phényl)]-6-(phényl)-[1,3,5]-triazine, selon le mode opératoire qui suit et schématisé
à la figure 6B.
[0065] Le 4-hydroxythiophénol (ou 4-HTP) (99%, Acros) est conservé sous azote et sous forme
solide. Le Composé 4 et K
2CO
3 sont séchés séparément toute la nuit à 150°C sous vide. Un barreau magnétique est
placé dans un ballon rond de 21 (équipé d'un réfrigérant, d'un thermomètre et d'une
entrée/sortie d'azote). L'appareillage est placé sous vide et séché. Une valve à deux
voies est utilisée pour remplacer le vide par l'azote et purger continuellement avec
le gaz inerte pendant l'addition des réactifs.
[0066] Le Composé 4 (9,13 g soit 26,44 mmol) et K
2CO
3 anhydre en poudre (9,69 g soit 1,2 eq. par rapport au 4-HTP) sont additionnés, pendant
qu'il sont encore chauds (en sortie de séchage), dans l'appareillage purgé à l'azote.
Ceci est suivi par l'addition de 750 ml de DMSO anhydre. La suspension obtenue est
ensuite purgée pendant au moins 15 min avec un courant d'azote à l'intérieur de la
solution.
[0067] La quantité requise de 4-HTP (7,45 g ou 58,42 mmol, soit 2,2 eq.), sous forme liquide,
est transférée à l'aide d'une seringue en plastique de 10 ml, pesée directement à
l'intérieur de la seringue et injectée dans le mélange réactionnel. Une fois que tous
les réactifs sont additionnés, l'azote est purgé en continu au-dessus de la solution.
Le mélange est chauffé à 100°C avec une agitation constante toute la nuit (20 heures),
puis on laisse refroidir à température ambiante.
[0068] La purification du produit ne peut être faite en une seule étape : environ 250 ml
de fraction aliquote de la réaction sont prélevés et versés dans une ampoule à extraction
(3 litres) contenant 2,6 litres d'acétate d'éthyle/eau (rapport pondéral 1/1). Le
reste du produit est gardé sous un flux constant d'azote. Le mélange placé dans l'ampoule
à extraction est secoué (la couleur change du orange au jaune-citron) et le produit
désiré est extrait dans la phase acétate d'éthyle (la phase DMSO/H
2O contient seulement des traces du produit recherché). La phase organique est lavée
avec 100 ml d'une solution de NaHCO
3, étape suivie par un lavage avec 100 ml de H
2O ; la phase organique est ensuite séchée avec du MgSO
4 anhydre. Le procédé est répété deux fois avec les deux autres aliquotes restants
de 250 ml du mélange réactionnel.
[0069] La phase d'acétate d'éthyle est évaporée à l'aide de l'évaporateur rotatif, il reste
un liquide visqueux légèrement orange comme du miel (contenant une petite quantité
de DMSO). Les résidus de DMSO sont retirés à 100°C sous pression réduite. Une petite
quantité d'acétone (10 ml) est ajoutée suivie de 40 ml de diéthyéther. Le solide devient
immédiatement blanc crème, il est filtré sur un filtre en céramique. Le thiol résiduel
est enlevé du produit réactionnel par chromatographie sur colonne en utilisant hexane/CH
2Cl
2/acétate d'éthyle/méthanol (rapports pondéraux 4/2/1/1) comme phase mobile.
[0070] On obtient ainsi 13,1 g (soit un rendement d'environ 89%) du Composé 5.
[0071] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR (500 MHz) DMSO-d6 : 6.93-6.95 (d, 4H), 7.17-719 (d, 4H), 7.42-7.44 (d, 4H), 7.58-7.60 (m, 2H), 7.65-7.68
(m, 1H), 8.49-8.50 (d, 4H), 8.61-8.63 (d, 2H), 10.04 (s, 2H).
[0072] La masse moléculaire du produit telle que mesurée par spectrométrie de masse "MALDI"
(
Matrix-assisted Laser Desorption/
Ionisation) (mode positif ; matrice dithranol) est égale à 558,1 (valeur théorique calculée
égale à 557,7).
V-3. Synthèse du Polymère 1
[0073] Cet exemple décrit de manière détaillée la synthèse du Polymère 1 selon un procédé
déjà commenté à la figure 3, à partir du Monomère A1 (ou Composé 3) conforme à l'invention
et du Monomère B1 (ou Composé 5) non conforme à l'invention tels que précédemment
décrits, ce Polymère 1 étant obtenu ici d'une part sous forme sulfoné et d'autre part
bloqué par des groupements benzophénone.
[0074] Le monomère A1 et Na
2CO
3 sont tout d'abord séchés à 150°C toute la nuit (sous vide), séparément, puis ils
sont mélangés ensemble pendant 1 h à 160°C. Le Monomère B1 est lui aussi séché à 80°C
(sous vide) toute la nuit.
[0075] La polymérisation est conduite dans un ballon tricol de 100 ml. Le ballon est surmonté
d'une entrée d'azote, d'un thermomètre, d'un agitateur et d'un séparateur "Dean Stark"
surmonté d'un réfrigérant. Les parties en verre de l'appareillage (incluant le réfrigérant
et le "Dean Stark") sont séchés sous vide à l'aide d'un pistolet à air chaud. Le ballon
est chargé avec le Monomère B1 (0,848 g soit 1,52 mmol), le Monomère A1 (1,22 g soit
1,52 mmol), du carbonate de sodium anhydre (0,48 g soit 4,57 mmol ; excès de trois
fois), du N,N-diméthylacétamide sec (DMA) (20 ml) et toluène (4 ml ; agent azéotropique).
Le ballon de réaction est chauffé dans un bain d'huile à 100°C. La température du
bain d'huile est ensuite augmentée à environ 148°C et le toluène résiduel est distillé
(140°C à l'intérieur du ballon de réaction).
[0076] La trappe du "Dean Stark" est vidée (toluène extrait) et la température du bain d'huile
est augmentée à environ 159°C (environ 150°C à l'intérieur du ballon), puis maintenue
à cette température durant toute la nuit (20 h au total).
[0077] Puis, la température de la réaction est abaissée à 100°C à l'intérieur (le ballon
est monté au-dessus du bain d'huile) puis 4 mg de 4-fluorobenzophénone dissous dans
5 ml de DMA sont injectés dans la réaction à l'aide d'une seringue. La réaction de
blocage est ensuite poursuivie dans un bain d'huile réglé à environ 145°C (température
interne) pendant 4 h. On laisse le mélange réactionnel refroidir à température ambiante,
puis le polymère est versé dans 300 ml de 2-propanol. Le précipité fibreux est récupéré
par filtration et séché au four à 80°C toute la nuit (sous vide). Le carbonate de
sodium est retiré du polymère par lavage dans 30 ml d'eau et acidifié par addition
goutte à goutte de HCl 10% jusqu'à pH 7. Le polymère final ainsi obtenu est séché
à 100°C sous vide.
[0078] L'analyse RMN donne les résultats suivants :
1H NMR (500 MHz) DMSO-d6 : 7.08-7.09 (d, 2H), 7.17-719 (d, 4H), 7.39-7.40 (d, 4H), 7.62-7.64 (m, 6H), 7.80-7.82
(d, 2H), 7.79-7.85 (m, 8H), 8.27-8.28 (s, 2H), 8.65-8.66 (d, 4H), ), 8.69-8.70 (d,
2H).
V-4. Fabrication de membranes PEM
[0079] Dans cet essai, des membranes de Polymère 1 sont préparées selon la technique dite
de
"solvent casting" comme décrit ci-après.
[0080] Le polymère (625 mg) préalablement dissous dans 8 ml de N,N-diméthylacétamide est
filtré à travers un microfiltre (société "Millipore") en PTFE (polytétrafluoroéthylène)
ayant une taille de pores de 0,45 µm environ. Puis la solution de polymère ainsi filtrée
est coulée dans un moule constitué de deux plaques de verre superposées, la plaque
supérieure comportant un évidement (dimensions 9 cm x 9 cm) de profondeur égale à
1 mm ; elle est ensuite chauffée à 50°C pendant 24 h, puis 2 h à 60°C. Puis les traces
de solvant organique sont évacuées de la membrane ainsi formée en plongeant cette
dernière dans un bain d'eau distillée pendant environ 12 h.
[0081] Après séchage final à 60°C pendant 2 h sous vide, une membrane robuste et transparente,
d'épaisseur égale à environ 50 µm, est ainsi obtenue, prête pour caractérisation.
V-5. Caractérisation des membranes PEM
V-5-A) Conductivité protonique
[0082] Pour l'acidification de la membrane (pour rappel, échange du cation M
+ par H
+), le Polymère 1 est initialement plongé dans 200 ml de H
2SO
4 (aq.) 1,9 M pendant 2 h. On utilise de l'acide H
2SO
4 distillé deux fois (Sigma Aldrich) pour éviter les traces de métaux. De l'eau distillée
est ajoutée ensuite en plusieurs étapes (durée totale environ 12 h) pour atteindre
un pH égal à 7 ; la membrane est ensuite conservée ainsi dans l'eau distillée pendant
toute la nuit (environ 12 heures).
[0083] La conductivité protonique de la membrane exprimée en S/cm (Siemens par centimètre)
est déterminée comme indiqué ci-après.
[0084] Des membranes en forme de disques de 2 cm de diamètre (épaisseur 50 µm) sont découpées
en utilisant un emporte-pièce. La conductivité protonique de la membrane est déterminée
par la mesure de la partie réelle (Ohmique) et de la partie imaginaire (Capacitance)
de l'impédance complexe, ceci dans la plage de fréquences se situant entre 100 kHz
et 10 Hz (avec amplitude de 100 mV AC). Les mesures sont faites avec un potentiostat
à impédance/AC (Zahner, Allemagne). Des graphes de Nyquist sont générés par les mesures
d'un empilement successif de une, deux, trois et jusqu'à six membranes (totalement
humidifiées) prises en sandwich entre deux électrodes en platine de même forme circulaire
que les membranes.
[0085] Pour chaque mesure, on reporte la valeur interceptant l'axe réel de graphe de Nyquist,
c'est-à-dire une valeur de la composante imaginaire de l'impédance à zéro. En général
ces points sont alignés sur une droite affine dont la pente détermine directement
la valeur de la résistance de la membrane. Son ordonnée à l'origine détermine la résistance
de contact entre les membranes et les électrodes en platine. Ces dernières valeurs
et la connaissance de l'épaisseur permettent de calculer de manière connue la résistivité
de la membrane ; l'inverse de cette valeur est la conductivité.
[0086] Ainsi testées, les membranes issues du Polymère 1 ont montré des valeurs de conductivité
protonique remarquables, égales à environ 35 mS/cm à 25°C (humidité 100%), soit environ
50% de la valeur de conductivité (environ 70 mS/cm) mesurée sur la membrane commerciale
("Nafion® 112") optimisée quant à elle de longue date, de même épaisseur et testée
rigoureusement dans les mêmes conditions.
V-5-B) Capacité d'absorption d'eau et stabilité dimensionnelle
[0087] Une fois la membrane acidifiée, elle est séchée sous vide à 100°C pendant 12 h. Son
poids est immédiatement mesuré avant qu'elle ne capte l'humidité de l'air. Puis les
échantillons de membrane sont immergés dans de l'eau distillée à température ambiante
jusqu'à saturation (aucune prise de poids supplémentaire due à l'eau n'est alors observée).
[0088] La capacité d'absorption de l'eau, exprimée en %, est calculée comme la différence
entre les poids de la membrane humide et de la membrane sèche. La stabilité dimensionnelle,
également exprimée en %, est le rapport entre la dimension principale de la membrane
sèche et la dimension principale de la membrane totalement humidifiée.
[0089] On note que les membranes du Polymère 1 ont une capacité d'absorption d'eau égale
à environ 20% de leur poids, comparativement à une valeur d'environ 23% pour la membrane
commerciale ("Nafion® 112"). Sa stabilité dimensionnelle est égale à 1%, comparativement
à une valeur de 7% pour la membrane commerciale témoin.
[0090] En d'autres termes, on constate que les membranes issues des monomères conformes
à l'invention présentent de manière inattendue non seulement une capacité d'absorption
d'eau réduite mais aussi une stabilité dimensionnelle remarquable, autant de facteurs
qui sont déterminants pour l'endurance et la stabilité chimique de la membrane en
fonctionnement dans une pile à combustible PEM.
V-5-C) Performance dans une pile à combustible PEM
[0091] Les performances des membranes peuvent être testées sur un banc de test pour piles
à combustible sur lequel la température, la pression, le débit et l'humidité des gaz
peuvent être réglés. Les gaz utilisés sont de l'hydrogène et de l'oxygène purs, à
une température de 65°C.
[0092] La pile utilisée dans ces essais est constituée d'une seule cellule comportant la
membrane de polymère à tester, disposée entre deux couches "GDE" (
Gas-Diffusion Electrode), deux plaques bipolaires en graphite et deux électrodes standard ("ELE 0107" de
Johnson Matthey) ayant une teneur en platine d'environ 0,4 mg/cm
2.
[0093] La membrane à tester est tout d'abord séchée entre deux non-tissés (qualité chambre
stérile, "Sontara Micropure 100" - fournisseur DuPont). Elle est ensuite pressée entre
deux plaques de verre, à 60°C pendant 3 h. L'assemblage MEA est obtenu par pressage
à chaud d'une couche de catalyse de Pt/C disposée de chaque côté de la membrane (115°C,
125 MPa). A ce stade l'assemblage MEA peut être assemblé entre deux plaques bipolaires
pour former une cellule de pile à combustible prête à fonctionner lorsque elle est
alimentée en hydrogène et oxygène.
[0094] Pour les besoins du test, la pile est soumise à des conditions stationnaires (0,7
V) ou à des situations d'arrêt et démarrage ou "OCV" (
Open Circuit Voltage), afin de manière connue de soumettre la membrane aux conditions de fonctionnement
les plus agressives (e.g. peroxydes, radicaux libres, etc.) et d'en déduire sa résistance
chimique globale.
[0095] La figure 7 reproduit la courbe dite de polarisation, la tension de cellule étant
enregistrée en fonction de la densité de courant délivrée par la pile, d'une part
pour la membrane constituée par le Polymère 1 (courbe C
A), d'autre part pour la membrane commerciale (polymère "Nafion® 112", courbe C
B).
[0096] La lecture de ces deux courbes conduit aux commentaires suivants ;
- tout d'abord, à haute tension et courant nul (circuit électrique ouvert), on note
que la tension de polarisation est équivalente pour les deux membranes, ce qui illustre
pour l'homme du métier une perméabilité aux gaz (O2 et H2) équivalente ;
- ensuite, on observe des pentes des deux courbes relativement proches dans leur partie
linéaire centrale (typiquement entre 200 et 800 mA/cm2), la pente légèrement inférieure de la courbe CA étant liée à une conductivité ionique moindre de la membrane, ce qui témoigne d'une
performance électrique proche des deux membranes, sans même une optimisation particulière
des électrodes (anode et cathode) pour la membrane spécifique de l'invention.
[0097] En conclusion, les monomères de l'invention permettent de fabriquer des polymères
et membranes PEM qui, de manière inattendue, présentent une stabilité chimique et
dimensionnelle au moins équivalentes à celles des membranes commerciales du type Nafion®
développées pourtant depuis très longtemps, ainsi qu'une conductivité ionique approchant
celles de ces membranes commerciales ; ces polymères présentent en outre une stabilité
chimique et une résistance à l'oxydation remarquables.