DOMAINE TECHNIQUE
[0001] La présente invention concerne le traitement par cémentation d'une pièce métallique
en tantale ou en un alliage de tantale, afin de la rendre plus résistante mécaniquement
et chimiquement.
[0002] En particulier, le procédé selon l'invention permet de former en surface d'une pièce
en tantale ou en un alliage de tantale une ou plusieurs couches en carbure de tantale,
en maitrisant leurs structures et leurs épaisseurs.
[0003] Les domaines d'application d'un tel procédé sont nombreux et sont tous les domaines
nécessitant la réalisation de pièces résistantes en tantale ou en un alliage de tantale
(réalisation de creusets pour la métallurgie, d'électrodes, de filaments de lampe,
de résistances, d'outillages, etc.).
ÉTAT DE LA TECHNIQUE ANTÉRIEURE
[0004] Le tantale est un matériau extrêmement résistant à la corrosion et possède un point
de fusion très élevé (T fusion ≥ 3000°C). Les pièces en tantale ou en un alliage de
tantale sont donc utilisées dans de nombreux domaines et notamment pour la fabrication
de creusets utilisables en pyrochimie.
[0005] Afin de rendre ces pièces encore plus résistantes à la corrosion et augmenter leur
dureté, il est possible de leur faire subir une cémentation, c'est-à-dire un traitement
thermochimique qui consiste à augmenter la teneur superficielle en carbone de la pièce.
Un traitement ultérieur (chimique, mécanique ou thermique) peut ensuite être mis en
oeuvre afin d'obtenir une microstructure de surface particulière.
[0006] On distingue trois types de cémentation suivant l'état du milieu cémentant, à savoir
la cémentation solide, la cémentation liquide et la cémentation gazeuse. Parmi ces
trois types de cémentation, quatre grandes méthodes de cémentation (principalement
développées pour des aciers) sont couramment décrites dans la littérature, à savoir
la cémentation en bac, la cémentation sous atmosphère contrôlée, la cémentation sous
pression réduite et la cémentation assistée par plasma.
[0007] Dans la cémentation en bac, la pièce à cémenter est mise directement en contact avec
du carbone solide. Une fois sublimé, le carbone solide devenu gazeux va être adsorbé
à la surface de la pièce, puis diffuser dans la pièce pour réagir avec le tantale.
Cette méthode de cémentation en bac nécessite d'avoir une pression de vapeur du carbone
suffisamment élevée pour que le tantale soit cémenté correctement, ce qui nécessite
des températures de cémentation très élevées (> 2000°C) et un temps de chauffe long
(par exemple 10h à 1700°C dans le document [1]). De plus, cette méthode nécessite
de presser de la poudre de carbone sur la surface de la pièce à cémenter et n'est
donc pas applicable à des pièces ayant une géométrie complexe. En outre, en raison
de l'interface solide/solide, l'apport en carbone sur la surface est hétérogène.
[0008] La cémentation sous atmosphère contrôlée consiste à placer la pièce à cémenter dans
un four à atmosphère contrôlée, à chauffer le four jusqu'à atteindre une température
de cémentation (> 1200°C pour le tantale), puis à injecter sous une pression d'environ
1 bar un mélange de gaz inerte (argon) et de gaz carburant (en général, un hydrocarbure
du type méthane, acétylène, propane, etc.). Dans certaines applications, un mélange
air/méthanol ou azote/méthanol peut aussi être employé. Les molécules carburantes
viennent alors se craquer sur la surface de la pièce à cémenter et libèrent leur carbone,
qui diffuse puis réagit avec le tantale de surface. Cette méthode de cémentation présente
cependant l'inconvénient de générer des oxydes lorsqu'un composé oxygéné est injecté.
En outre, lorsqu'un hydrocarbure est utilisé, il est courant que des suies se forment
à l'intérieur de l'enceinte du four, polluant celle-ci et perturbant la cémentation
de la pièce.
[0009] La cémentation sous pression réduite (également connue sous le terme de cémentation
basse pression) consiste à placer la pièce à cémenter dans un four de traitement thermochimique,
puis à faire le vide dans l'enceinte du four. L'enceinte est ensuite chauffée jusqu'à
atteindre la température de cémentation, puis un hydrocarbure gazeux (méthane, acétylène,
propane, etc.) est injecté sous une faible pression (c'est-à-dire une pression inférieure
à 100 mbar allant de quelques millibars à quelques dizaines de millibars). Cette méthode
est reconnue pour cémenter efficacement des pièces à géométrie très complexes et permet
de réduire la pollution des pièces. C'est cette méthode de cémentation que nous allons
utiliser dans le cadre de la présente invention.
[0010] Enfin, la cémentation assistée par plasma est très proche de la cémentation sous
pression réduite. L'intérêt principal de cette technique réside dans la création d'un
plasma autour de la pièce à cémenter. Ce plasma active la surface du matériau et facilite
ainsi la diffusion du carbone dans la pièce. Cette méthode est pratique pour la cémentation
de pièces à géométrie très complexes. Elle reste cependant peu développée par rapport
à la cémentation sous pression réduite, car elle nécessite l'utilisation d'équipements
très spécifiques. L'un de ces principaux inconvénients est qu'elle ne permet pas de
traiter des pièces possédant des singularités telles que des trous de faibles diamètres,
ces singularités pouvant engendrer un phénomène de cathode creuse (fusion locale à
l'intérieur du trou). De plus, la face d'appui des pièces sur le panier du four de
traitement n'est jamais traitée, puisqu'elle n'est jamais en contact direct avec le
plasma.
[0011] Ces quatre méthodes de cémentation permettent d'obtenir une structure hétérogène,
composée en surface d'une couche de TaC, puis, en se rapprochant du coeur de la pièce,
d'une sous-couche de Ta
2C et enfin d'une couche de tantale saturée en carbone, ayant éventuellement des précipité
de Ta
2C aux joints de grains selon le degré de saturation en carbone du tantale (couche
que nous appellerons également « couche Ta saturée C » ou, si elle présente des précipités
de Ta
2C aux joints de grains, « couche Ta saturée C + Ta
2C »). Plus l'enrichissement en carbone est grand, plus l'épaisseur de la couche de
TaC sera importante par rapport aux épaisseurs de la couche de Ta
2C et de la couche de Ta saturée C (ou Ta saturée C + Ta
2C). Si l'enrichissement en carbone est suffisamment important, il est ainsi possible
de convertir entièrement le tantale de la pièce en carbure de tantale TaC.
[0012] Quelle que soit la méthode de cémentation utilisée, on obtient donc toujours une
couche de TaC en surface de la pièce. Cependant, pour certaines applications, il n'est
pas souhaitable d'avoir une telle couche en surface de la pièce et il est alors nécessaire
de l'enlever.
[0013] Pour retirer cette couche superficielle, on peut procéder à un traitement chimique
de surface par attaque acide. A titre d'exemple, un tel traitement chimique de surface
est décrit dans le document [1]. L'inconvénient des traitements chimiques de surface
est qu'ils modifient l'état de surface des pièces et sont difficiles à mettre en oeuvre
en raison des propriétés de grande dureté et de grande inertie chimique des carbures
vis-à-vis des acides. Il est donc nécessaire d'utiliser des mélanges acides très puissants
(le plus courant étant un mélange d'acides nitrique, fluorhydrique et lactique), qui
sont généralement toxiques et très dangereux à utiliser. En outre, l'attaque chimique
va attaquer l'ensemble des couches de carbure (couche de TaC et couche de Ta
2C sous-jacente) et pas seulement la couche superficielle en TaC, pour ne laisser que
la couche ayant une structure tantale saturé carbone avec du Ta
2C aux joints de grains.
EXPOSÉ DE L'INVENTION
[0014] L'invention vise à résoudre au moins partiellement les problèmes rencontrés dans
les solutions de l'art antérieur.
[0015] Pour ce faire, l'invention a pour objet un procédé de traitement d'une pièce en tantale
ou en un alliage de tantale, comprenant les étapes consistant à :
- a) placer la pièce dans un four et chauffer le four sous vide à une température au
moins égale à 1400°C ;
- b) former un multicouche carboné dans la partie périphérique de la pièce, par injection,
dans le four chauffé, d'une source carbonée gazeuse à une pression au plus égale à
10 mbar, le multicouche carboné comprenant au moins une couche C1 en carbure de tantale,
qui est située à la surface de la pièce, et deux couches sous-jacentes C2 et C3 comprenant
chacune une teneur en carbone différente et inférieure à la teneur en carbone de la
couche C1;
- c) stopper la formation du multicouche carboné par refroidissement de la pièce ;
- d) placer autour de la pièce un dispositif capable de piéger le carbone, l'oxygène
et l'azote pour protéger la pièce du carbone ainsi que des éventuelles traces d'oxygène
et d'azote présent(s) dans le four ;
- e) provoquer la diffusion de tout ou partie du carbone présent dans la couche C1 en
direction des couches C2 et C3, par chauffage du four sous vide, la pièce étant maintenue
dans le dispositif de protection ; et
- f) stopper la diffusion du carbone dans la pièce par refroidissement de la pièce sous
vide avant que le carbone présent dans le multicouche carboné n'atteigne la partie
centrale de la pièce ;
moyennant quoi on obtient une pièce dont la surface est exempte de tantale sous la
forme de TaC, dont la partie centrale est exempte de carbone et dont la partie (ci-après
« partie intermédiaire »), située entre la surface et la partie centrale, comprend
du tantale et du carbone.
[0016] Dans le procédé objet de l'invention, la diffusion à l'étape e) entraine la décomposition
de tout ou partie des carbures présents dans la couche C1. Ainsi, selon la température
et la durée du chauffage, le carbure de tantale TaC de la couche C1 va être décomposé
principalement en carbure de tantale Ta
2C, puis en tantale saturé en carbone ayant du Ta
2C aux joints de grain. Ainsi, la surface de la pièce (ce qu'on appellera « couche
superficielle » ci-dessous) est exempte de carbure de tantale de type TaC, mais, comme
la décomposition commence près de la surface, l'épaisseur de cette couche superficielle
pourra correspondre à l'épaisseur de la couche C1 du multicouche carboné ou à une
partie supérieure de la couche C1.
[0017] Le procédé objet de l'invention permet, par une même suite d'étapes, de cémenter
une pièce tout en choisissant la structure et la composition chimique de la couche
superficielle de la pièce cémentée obtenue à l'issue du procédé, sans avoir à utiliser
un traitement chimique avec des acides ou un traitement mécanique de la surface de
la pièce. Par exemple, pour une pièce en tantale, on pourra choisir d'obtenir, à l'issue
des étapes du procédé, une couche superficielle en carbure de tantale de type Ta
2C ou en tantale saturé en carbone ayant du Ta
2C aux joints de grain. On peut ainsi obtenir des structures multicouches du type,
par exemple :
- Ta2C/ Ta sat. C + Ta2C (c'est-à-dire avec, dans la couche superficielle, du Ta2C et, dans la partie intermédiaire de la pièce, une couche de Ta saturé en carbone
avec du Ta2C aux joints de grain) ;
- Ta2C/TaC/Ta2C/Ta sat. C + Ta2C (c'est-à-dire avec, dans la couche superficielle, du Ta2C, et, dans la partie intermédiaire de la pièce, une couche de TaC, une couche de
Ta2C et une couche de Ta saturé en carbone avec du Ta2C aux joints de grain) ; ou bien encore
- Ta saturé en carbone + Ta2C /Ta2C/Ta saturé en carbone + Ta2C (c'est-à-dire avec, dans la couche superficielle, du Ta saturé en carbone avec du
Ta2C aux joints de grain, et, dans la partie intermédiaire de la pièce, une couche de
Ta2C et une couche de Ta saturé en carbone avec du Ta2C aux joints de grain) ;
ces structures multicouches étant sur une partie centrale en tantale ou en un alliage
de tantale.
[0018] On peut également avoir simplement une couche superficielle Ta sat. C + Ta
2C sur une partie centrale en tantale ou en un alliage de tantale.
[0019] Il est à noter que dans les exemples cités ci-dessus, la couche Ta sat. C + Ta
2C peut également être une couche Ta sat. C, si le degré de saturation en carbone de
la couche de tantale est moindre.
[0020] Il est à noter que dans le document [2] est décrit un procédé comprenant la formation
de couches de carbure à la surface d'une pièce en tantale ou en un alliage de tantale,
suivie de l'application d'un traitement thermique qui est mis en oeuvre afin de carburer
la pièce dans sa totalité. Ainsi, contrairement au procédé objet de l'invention où
l'on souhaite conserver au coeur de la pièce du tantale ou un alliage de tantale,
le procédé décrit dans le document [2] a pour but la réalisation d'une pièce saturée
en carbone (pièce « Ta sat. C » ou « Ta sat. C + Ta
2C ») dans toute son épaisseur. En outre, le procédé décrit ne permet pas l'obtention
de structures multicouches complexes du type « couche pauvre en carbone/couche riche
en carbone/couche pauvre en carbone » sur un coeur en tantale ou en alliage de tantale,
comme par exemple celles illustrées dans les figures 5b et 6b ci-après (c'est-à-dire
Ta
2C/TaC/Ta
2C/Ta sat. C+Ta
2C/coeur et Ta sat. C + Ta
2C /Ta
2C/Ta sat. C + Ta
2C/coeur).
[0021] Dans le cadre de la présente invention, on considère qu'un alliage de tantale correspond
à un alliage comprenant au moins 90% en poids de tantale. En outre, il s'agit d'un
alliage métallique, c'est-à-dire un mélange de tantale avec un autre métal. Il peut
par exemple s'agir d'un alliage TaW.
[0022] De préférence, l'étape a) comprend les opérations consistant à :
- i) introduire la pièce dans le four;
- ii) mettre sous vide le four; et
- iii) chauffer progressivement le four jusqu'à atteindre une température de travail
comprise entre 1500 et 1700°C.
[0023] De préférence, l'étape b) comprend l'injection, de préférence de manière continue,
de la source carbonée gazeuse dans le four selon un débit compris entre 1 et 100 L.h
-1 et, de préférence, à une pression d'injection inférieure ou égale à 10 mbar. La durée
de l'injection est fonction de la quantité de carbone que l'on souhaite introduire
dans la partie périphérique de la pièce en tantale ou en un alliage de tantale. Cette
durée dépend des paramètres d'injection de la source carbonée, de la surface de la
pièce, ainsi que de l'épaisseur et du type de multicouche carboné que l'on souhaite
obtenir.
[0024] De préférence, l'injection de la source carbonée gazeuse à l'étape b) est réalisée
à une pression d'injection de 5 mbar pour un débit de 20 L.h
-1 et dans un four chauffé à une température de 1600°C.
[0025] De préférence, la source carbonée gazeuse utilisée à l'étape b) est l'éthylène. Le
choix de l'éthylène présente l'avantage de permettre un faible apport de carbone et
de limiter la formation d'éventuelles suies apparaissant lors de l'utilisation de
gaz plus riches en carbone, comme l'acétylène par exemple.
[0026] L'étape c) a pour but de stopper la formation du multicouche carboné ; en d'autres
termes, on cherche par cette étape à stopper l'apport en carbone dans la pièce. De
préférence, l'étape c) comprend une injection d'azote gazeux dans le four sous une
pression de 1 bar, ce qui permet d'obtenir un refroidissement rapide de la pièce.
[0027] De préférence, l'étape d) comprend les opérations consistant à :
- i) placer la pièce dans une cavité fermée dont les parois sont en un matériau attirant
le carbone, l'oxygène et l'azote (le matériau choisi doit bien évidemment supporter
les températures de traitement régnant dans le four), ledit matériau étant de préférence
en tantale ; et
- ii) purger la cavité à l'aide d'un gaz inerte de manière à évacuer du four tout gaz
susceptible de contenir au moins l'un des éléments atomiques choisis parmi le carbone,
l'oxygène et l'azote.
[0028] L'étape e) comprend le chauffage de la pièce à une température suffisante pour permettre
la diffusion du carbone présent dans la couche C1 du multicouche carboné en direction
des couches C2 et C3. De préférence, l'étape e) comprend le chauffage du four à une
température de 1600°C et à une pression de 10
-2 mbar.
[0029] Dans l'étape f), le refroidissement est réalisé sous vide afin de protéger la pièce
en tantale ou en un alliage de tantale des éventuelles traces de pollutions résiduelles
du four qui pourraient être entrainées vers la pièce si l'on procédait à une remise
en pression à haute température du four.
[0030] Le procédé objet de l'invention comprend de nombreux avantages.
[0031] Tout d'abord, l'apport en carbone dans la partie périphérique de la pièce est contrôlé
et maitrisé, du fait qu'il provient uniquement de la source carbonée gazeuse utilisée
au cours de l'étape b) du procédé objet de l'invention, l'apport de carbone étant
ensuite empêchée par les étapes c) et d) du procédé. Ainsi, même s'il reste du carbone
sur les parois du four (sous forme de suies par exemple, ou bien encore tout simplement
si l'on utilise un four ayant des parois en carbone) et que du carbone se retrouve
dans l'atmosphère du four à l'étape e) du fait du chauffage du four, il sera piégé
par le dispositif de protection et ne sera pas introduit dans la pièce. Il est ainsi
possible d'obtenir une cémentation sur une épaisseur contrôlée de la partie périphérique
de la pièce, tout en conservant dans la partie centrale de la pièce les propriétés
du métal d'origine et en ayant en surface une couche superficielle qui ne contient
pas de carbure de tantale TaC.
[0032] Par ailleurs, l'utilisation d'une méthode de cémentation basse pression (étapes a)
et b) du procédé) permet de travailler à plus basse température qu'avec les autres
méthodes de cémentation connues, et le contrôle de l'apport en carbone permet d'optimiser
les durées de traitement, ce qui, au final, permet d'obtenir des gains de temps, d'énergie
et de consommables.
[0033] On n'utilise pas de produits chimiques difficiles à mettre en oeuvre pour supprimer
le carbure de tantale de type TaC de la couche superficielle de la pièce et il n'y
a pas de pollution par l'oxygène et l'azote dans la pièce traitée.
[0034] Enfin, le procédé objet de l'invention peut être utilisé pour traiter des pièces
ayant des géométries complexes et/ou présentant des singularités (trous de faibles
diamètres, etc.).
[0035] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention ressortiront du complément
de description qui suit et qui se rapporte à des exemples de mise en oeuvre du procédé
de fabrication selon l'invention.
[0036] Il va de soi que ce complément de description n'est donné qu'à titre d'illustration
de l'objet de l'invention et ne doit en aucun cas être interprété comme une limitation
de cet objet.
BRÈVE DESCRIPTION DES DESSINS
[0037]
La figure 1a représente une vue schématique en coupe d'une portion d'une pièce en
tantale obtenue à l'issue de l'étape b) du procédé objet de l'invention selon un mode
de réalisation particulier (1 heure de cémentation à 1600°C) et montrant les couches
de carbures crées en surface de la pièce.
La figure 1b représente un cliché obtenu par microscopie électronique à balayage (MEB)
de la pièce illustrée dans la figure 1a.
Les figures 2a et 2b représentent respectivement la durée de cémentation en fonction
du temps à différentes températures pour la croissance de couches de TaC (figure 2a)
et pour la croissance de couches de Ta2C (figure 2b).
La figure 3a représente une vue schématique en coupe d'une portion d'une pièce en
tantale obtenue selon un mode de réalisation particulier du procédé objet de l'invention
(1 heure de cémentation à 1600°C, un refroidissement et 1 heure de chauffe sous vide
à 1600°C) et montrant les couches de carbures crées en surface de la pièce.
La figure 3b représente un cliché obtenu par MEB de la pièce illustrée dans la figure
3a.
La figure 4a représente une vue schématique en coupe d'une portion d'une pièce en
tantale obtenue selon un mode de réalisation particulier du procédé objet de l'invention
(avec 1 heure de cémentation à 1600°C à l'étape b) et 6 heures de chauffe sous vide
à 1600°C à l'étape e).
La figure 4b et 4c représentent respectivement un cliché obtenu par MEB de la pièce
illustrée dans la figure 4a selon deux grossissements différents. Il est à noter que,
dans la figure 4c, la pièce a subi une attaque chimique afin de révéler la présence
et la localisation des précipités de Ta2C (taches noires).
La figure 5a représente une vue schématique en coupe d'une portion d'une pièce en
tantale obtenue selon un mode de réalisation particulier du procédé objet de l'invention
(avec 2 heures de cémentation à 1600°C à l'étape b) et 30 minutes de chauffe sous
vide à 1600°C à l'étape e)).
La figure 5b représente un cliché obtenu par MEB de la pièce illustrée dans la figure
6a.
La figure 6a représente une vue schématique en coupe d'une portion d'une pièce en
tantale obtenue selon un mode de réalisation particulier du procédé objet de l'invention
(avec 2 heures de cémentation à 1600°C à l'étape b) et 6 heures de chauffe sous vide
à 1600°C à l'étape e)).
La figure 6b représente un cliché obtenu par MEB de la pièce illustrée dans la figure
6a.
[0038] Il est à noter que les figures ci-dessus, la partie centrale de la pièce n'est jamais
représentée.
EXPOSÉ DÉTAILLÉ DE MODES DE RÉALISATION PARTICULIERS
[0039] Le procédé objet de l'invention permet de maitriser la cémentation d'une pièce en
tantale ou en un alliage de tantale, tout en choisissant la nature et la structure
cristallographique de la couche superficielle de la pièce. Il permet en effet d'obtenir
au choix, en surface de la pièce, une couche superficielle en carbure de tantale de
type Ta
2C avec une couche sous-jacente en carbure de tantale du type TaC ou en tantale saturé
en carbone avec du Ta
2C aux joints de grains, une couche superficielle mixte constituée de tantale saturé
en carbone avec du Ta
2C aux joints de grains, ou bien encore une couche superficielle de tantale saturé
en carbone avec une couche sous-jacente en carbure de tantale du type Ta
2C, tout en maîtrisant l'épaisseur de cette couche superficielle.
[0040] Comme nous l'avons dit précédemment, la durée du chauffage à l'étape b) du procédé
objet de l'invention est fonction de la quantité de carbone que l'on souhaite apporter
à la pièce. La durée du chauffage à l'étape e) est, quant à elle, fonction de la nature
de la couche que l'on souhaite obtenir en surface, ainsi que de l'épaisseur que l'on
souhaite qu'elle ait. En jouant sur ces paramètres, on peut obtenir des structures
monocouches (une couche superficielle de Ta
2C, de Ta sat. C + Ta
2C ou de Ta sat. C sur un coeur en tantale ou en un alliage de tantale) ou bien encore
des structures multicouches (couches Ta
2C/TaC/Ta
2C/Ta sat. C + Ta
2C ; couches Ta sat. C + Ta
2C/Ta
2C/Ta sat. C + Ta
2C ; etc., sur un coeur en tantale ou en un alliage de tantale). L'obtention de ces
différentes structures permet de renforcer la dureté et/ou la résistance à la corrosion
de la pièce, afin de la rendre compatible avec son utilisation finale.
[0041] Pour illustrer l'invention, nous allons à présent décrire un mode de réalisation
préféré du procédé objet de l'invention.
[0042] On utilise une pièce en tantale, par exemple un creuset ayant un diamètre de 100
mm, pour une épaisseur de 1,5 mm et une hauteur de 150 mm.
[0043] La pièce à traiter est installée dans l'enceinte d'un four, par exemple un four de
marque BMI portant la référence BMICRO.
[0044] Puis, l'enceinte du four est mise sous vide jusqu'à atteindre une pression de 10
-2 ± 0,01 mbar.
[0045] Après stabilisation de la pression, l'enceinte est chauffée selon une rampe de 30°C/min,
jusqu'à atteindre 1600°C ± 1%.
[0046] On procède ensuite à la cémentation de la pièce en injectant dans l'enceinte un gaz
carburant sous une faible pression (pression inférieure à une dizaine de millibars)
pendant une durée déterminée. Dans cet exemple, on injecte de l'éthylène (C
2H
6) dans l'enceinte sous une pression de 5 ± 1 mbar et sous un débit contrôlé de 20
L/h pendant 1 heure.
[0047] On procède ensuite à un refroidissement de la pièce, par exemple au moyen d'azote
injecté dans l'enceinte du four sous une pression de 1 bar pendant une durée de 90
minutes.
[0048] On obtient ainsi, dans la partie périphérique de la pièce en tantale, un multicouche
carboné 1 comprenant une couche superficielle C1 en carbure de tantale de type TaC,
une couche sous-jacente C2 en carbure de tantale de type Ta
2C et une couche sous-jacente C3 en tantale saturé en carbone avec des précipités de
Ta
2C aux joints de grains (figures 1a et 1b).
[0049] L'épaisseur du multicouche carboné 1 (et donc la quantité totale de carbone apporté
dans la pièce) dépend du temps de maintien de la pièce en tantale sous le flux de
gaz carburant (figures 2a et 2b). En effet, de manière connue, la croissance des couches
de carbures de tantale suit la loi parabolique

où W représente l'épaisseur de la couche de carbure (en µm), t la durée de maintien
(en minutes) et k le coefficient de croissance (µm
2.min
-1). Par analogie, on applique la même formule pour la formation du multicouche carboné
1. La vitesse de formation du multicouche carboné dépend également de la température
de cémentation. Cette vitesse de formation croit exponentiellement avec la température.
[0050] La pièce ainsi traitée est ensuite coupée de toute source de carbone, ainsi que d'éventuels
polluants. Cette étape est nécessaire si l'on veut éviter les phénomènes de pollution
du tantale lors de l'étape de diffusion et contrôler la quantité de carbone présent
dans la pièce. En effet, le tantale est un élément très réactif à chaud vis-à-vis
d'atomes tels que le carbone, l'oxygène et l'azote et ces éléments peuvent par exemple
se trouver dans des molécules adsorbées sur les parois de l'enceinte du four.
[0051] Pour cela, selon un mode de réalisation préféré du procédé selon l'invention, on
place la pièce dans une cavité (par exemple formée en déposant une cloche sur un support,
la cloche et le support étant tous les deux en tantale) qui est placée dans l'enceinte
du four. Cela permet de piéger les éléments polluants (O, N
2, etc.), ainsi que les éventuels atomes de carbone présents sur les parois de l'enceinte
du four, avant que ceux-ci n'arrivent au contact de la pièce. Cela permet également
de freiner les échanges gazeux entre l'enceinte du four et la pièce à traiter, ce
qui s'avère favorable pour le processus de diffusion du carbone.
[0052] On peut éventuellement procéder à un double pompage de l'enceinte du four en réalisant
une purge intermédiaire à l'azote (pression de 10
-1 +/- 0,01 mbar) afin d'évacuer tout polluant.
[0053] Puis, on procède au chauffage de la pièce. Le chauffage sous vide à l'étape e) va
permettre au carbone présent dans la couche C1 du multicouche carboné 1 de diffuser
vers les couches C2 et C3 du multicouche.
[0054] Le temps de maintien en chauffe de l'ensemble formé par la pièce et le dispositif
de protection dépend de trois paramètres :
- le type de structure que l'on souhaite obtenir à l'issue du procédé ;
- l'épaisseur du multicouche formé lors de l'étape de cémentation ;
- l'épaisseur de la pièce.
[0055] L'ensemble formé par la pièce et le dispositif de protection (cavité) est chauffé
à 30°C/minute jusqu'à atteindre la température de traitement voulue. On choisit ici
d'utiliser la même température que celle utilisée pour la cémentation, c'est-à-dire
1600°C +/- 1%.
[0056] A la fin de l'étape b) (après la cémentation), la pièce en tantale comportait en
surface un multicouche carboné 1 ayant une couche superficielle C1 en TaC, une couche
sous-jacente C2 en Ta
2C et une couche sous-jacente C3 en tantale saturé en carbone avec des précipités de
Ta
2C aux joints de grain. Pendant le chauffage à l'étape e), le carbone diffuse de la
couche superficielle C1 en TaC (couche la plus riche en carbone) vers la couche C2
en Ta
2C, et de la couche C2 en Ta
2C vers la couche C3 en Ta sat. C + Ta
2C. Cette diffusion du carbone en cascade provoque la diminution d'épaisseur de la
couche de TaC au profit de la couche de Ta
2C. Il est alors possible de faire disparaitre totalement la couche de TaC au profit
d'une couche unique de Ta
2C en surface de la pièce. Si le chauffage est poursuivi, la couche de Ta
2C se décompose également pour disparaitre totalement. Il ne reste alors en surface
que du tantale saturé en carbone ayant des précipités de Ta
2C aux joints de grains.
[0057] Différentes structures qu'il est possible d'obtenir en faisant varier la durée du
chauffage à l'étape b) et/ou à l'étape e) sont illustrées dans les figures suivantes.
[0058] Comme précisé ci-dessus, après un chauffage de la pièce en tantale pendant 1h à 1600°C
à l'étape b), on obtient un multicouche carboné 1 ayant une couche C1 en TaC, une
couche C2 en Ta
2C et une couche C3 en Ta sat. C + Ta
2C (figures 1a et 1b).
[0059] Si on lui fait ensuite subir les autres étapes du procédé objet de l'invention, dont
1h de chauffage sous vide à 1600°C à l'étape e) après l'avoir isolée de toute source
de carbone, on obtient une couche superficielle 2 en Ta
2C sur une couche sous-jacente 3 en Ta sat. C + Ta
2C (figures 3a et 3b).
[0060] Si, au contraire, on fait subir à la pièce munie du multicouche carboné un chauffage
sous vide de 6h à 1600°C à l'étape e), on obtient une couche superficielle 2 en tantale
saturé en carbone avec des précipités de Ta
2C aux joints de grains (figures 4a, 4b et 4c, les précipités étant visibles en noir
sur la figure 4c). Ici, on peut supposer que la diffusion du carbone est telle que
les couches C1, C2 et C3 du multicouche carboné se sont transformées en la couche
superficielle 2.
[0061] Selon un autre exemple, si l'on fait subir à la pièce une carburation par chauffage
sous vide à 1600°C pendant 2h à l'étape b) et un chauffage sous vide à 1600°C pendant
30 minutes à l'étape e), on obtient une pièce ayant une couche superficielle 2 en
Ta
2C, une première sous-couche 3 en TaC, une seconde sous-couche 4 en Ta
2C et une troisième sous-couche 5 en Ta sat. C + Ta
2C (figures 5a et 5b).
[0062] Si, au contraire, on lui fait subir une carburation par chauffage sous vide à 1600°C
pendant 2h à l'étape b) et un chauffage sous vide à 1600°C pendant 6h à l'étape e),
on obtient une couche superficielle 2 en Ta sat. C, une première sous-couche 3 en
Ta
2C et une deuxième sous-couche 4 en Ta sat. C + Ta
2C (figures 6a et 6b).
REFERENCES CITEES