(57) Un procédé de remplissage en liquide cryogénique d'un réservoir aval, à partir d'un
stockage amont, stockage amont qui contient, sous une pression de stockage supérieure
à la pression atmosphérique, le fluide cryogénique en phase liquide au fond du stockage
et en phase gazeuse au sommet du stockage, ledit stockage amont étant adapté pour
alimenter le réservoir aval en liquide soutiré à partir du fond du stockage, ainsi
que pour être approvisionné depuis l'extérieur en fluide, le procédé mettant en oeuvre
un dispositif de remplissage comportant deux raccords mâle et femelle, un de ces raccords
étant situé coté réservoir aval à remplir tandis que le second raccord est situé coté
stockage amont, le transfert du fluide cryogénique n'intervenant que lorsque les deux
raccords sont en contact et verrouillés, se caractérisant en ce que l'on procède,
avant toute opération de remplissage, à une action de soufflage, exercée sur l'un
ou chacun des deux raccords mâle/femelle, et notamment préférentiellement sur le raccord
femelle, action de soufflage qui permet de chasser l'eau éventuellement présente sur
le ou les raccords visés, et qui est exercée à l'aide d'un gaz sec et déshuilé tel
que de l'air comprimé, de l'azote comprimé ou tout autre gaz comprimé ou non, neutre,
sec et déshuilé, tel de l'argon gazeux ou du CO
2 gazeux.
[0001] La présente invention concerne le domaine du transport frigorifique de denrées alimentaires
et autres produits thermosensibles et plus particulièrement le transport mettant en
oeuvre des solutions de production de froid qui utilisent un fluide cryogénique tel
que l'azote liquide.
[0002] On s'intéresse selon l'invention en particulier à la phase de transfert du fluide
cryogénique (ravitaillement), d'un stockage fixe (ou semi-mobile comme peut l'être
une citerne mobile) vers le réservoir embarqué sur le véhicule roulant.
[0003] Cette fonction de transfert est une étape essentielle pour assurer le bon fonctionnement
de la production de froid afin de garantir le bon déroulement de la tournée de livraison
du véhicule considéré. Le réservoir cryogénique est ainsi traditionnellement rempli
au moins une fois par jour avant la tournée de livraison.
[0004] Le dispositif de remplissage est traditionnellement constitué de deux parties : un
raccord mâle, souvent situé coté réservoir embarqué sous le camion, et un raccord
femelle, souvent situé coté réservoir ravitailleur fixe (mais bien entendu la situation
inverse se rencontre aussi dans ce domaine technique).
[0005] Le transfert du fluide cryogénique n'est possible que lorsque les deux pièces sont
en contact et verrouillées.
[0006] Lors de la connexion des raccords, un système de clapets s'opposent et se repoussent,
cela crée une ouverture permettant la circulation du fluide par différence de pression.
[0007] La partie femelle du raccord est munie de joints à lèvre qui assure l'étanchéité
de la jonction. Une fois connectée, cette jonction constitue alors un assemblage étanche
et le fluide peut être transféré via cette liaison d'un réservoir à l'autre en toute
sécurité et sans épanchement de liquide cryogénique.
[0008] Le transfert des fluides cryogéniques (azote liquide, CO
2 liquide, ou encore LNG...) se fait à des températures très basses, généralement situées
entre -20°C et -269°C. A ces températures, l'humidité contenue dans l'air ambiant
se condense et givre très rapidement. Se forme alors une couche de givre sur toutes
les pièces refroidies et en contact avec l'air libre. Le phénomène de condensation
est comme on le sait présent même à des températures non cryogéniques. En effet dès
que la température de rosée est atteinte, l'humidité sous forme de vapeur en suspension
dans l'air, se condense sur les éléments exposés à l'air libre.
[0009] Ainsi, lorsque de l'eau liquide est présente sur les ou certaines parties du raccord
de remplissage et dès que le fluide circule au travers de la jonction, la température
très basse des fluides cryogéniques provoque un gèle instantané de l'eau liquide.
[0010] Or, l'interstice entre le raccord mâle et le raccord femelle est très faible, le
plus souvent inférieur à 5 mm, voire à 1 mm. En gelant, l'eau liquide augmente de
volume, ceci provoque un coincement et un blocage des pièces entre elles. La force
est telle qu'il devient très difficile, voire impossible, de déconnecter le raccord
femelle à la fin du transfert (ou le raccord mâle dans la situation inverse) quand
le réservoir embarqué est plein.
[0011] Une des solutions bien connue consiste à attendre le réchauffement naturel de la
jonction, c'est-à-dire le dégel de la glace. Mais le temps nécessaire pour que la
glace se transforme en eau est très long, généralement une à deux heures. Quand le
dégel a commencé, il devient alors possible de déconnecter le raccord. Cette situation
est clairement incompatible avec les contraintes attachées à l'exploitation de la
logistique frigorifique, logistique déjà tendue. Le remplissage du réservoir cryogénique
doit être le plus court possible et s'affranchir des conditions climatiques.
[0012] Parmi les autres solutions utilisées par les conducteurs de tels camions, on peut
citer le fait d'exercer une force mécanique pour déverrouiller le crochet de maintien
du raccord. Le plus souvent un levier est utilisé pour escamoter le crochet et faire
coulisser la partie femelle emboitée et prise en glace. Cette méthode « en force »
est très dommageable pour le matériel. L'excès de contraintes endommage les pièces
métalliques de façon irréversible et peut même conduire à la rupture d'une d'entre
elles, rendant le dispositif ultérieurement inopérant.
[0013] Les joints d'étanchéité sont également très endommagés lors de cette manoeuvre par
l'abrasion qu'oppose la glace. La détérioration des joints diminue la durée de vie
du dispositif. Une maintenance plus fréquente doit être faite pour remettre en état
le dispositif et assurer son fonctionnement optimum.
[0014] D'autre part l'usure prématurée d'une des pièces du raccord est source de dysfonctionnement
et notamment source de fuites de liquide cryogénique, qui sont potentiellement dangereuses
pour le personnel qui s'expose à des brûlures cryogéniques. Le matériel peut également
être endommagé en cas de fuite importante.
[0015] Un autre moyen consiste à réchauffer les pièces prises en glace en utilisant une
source de chaleur de type chalumeau ou autre pistolet de soufflage d'air chaud. Cette
méthode est également dommageable pour le personnel et le matériel. L'apport localisé
d'une source de chaleur importante peut provoquer un choc thermique qui peut conduire
à la rupture d'une des pièces du dispositif. Les matières non métalliques comme les
joints d'étanchéité sont sensibles à la chaleur, un chauffage excessif peut les endommager.
En conséquence une fuite de liquide cryogénique peut apparaitre, rendant le dispositif
inefficace et dangereux.
[0016] Un des objectifs de la présente invention est alors de proposer une autre solution
technique permettant de déconnecter aisément les raccords.
[0017] Comme on le verra plus en détail dans ce qui suit, la présente invention propose
d'éliminer l'eau liquide présente sur les éléments sensibles avant chaque connexion
du dispositif de remplissage. En effet quand les parties mises en contact sont sèches
ou substantiellement sèches, lors d'un transfert de fluide cryogénique il n'y a pas
de risque de prise en glace et donc de coincement.
[0018] Les situations qui favorisent la présence d'eau liquide sur les raccords sont essentiellement
les suivantes :
- Les conditions météorologiques propices à la condensation de l'humidité de l'air (point
de rosée).
- Les cas de ruissèlement d'eau, notamment les jours de pluie, même si un capotage protège
les différents éléments.
- Après un remplissage, le givre formé sur les parties froides du dispositif de remplissage
fond et se transforme en eau liquide, cas dont les conséquences vont dépendre de l'intervalle
de temps avant le remplissage suivant.
[0019] Conformément à l'invention, on procède, avant toute opération de remplissage, à une
action de soufflage, exercée sur l'un ou chacun des deux raccords mâle/femelle, et
notamment préférentiellement sur le raccord femelle, soufflage qui consiste à chasser
l'eau éventuellement présente sur la ou les parties visées, avec un dispositif pneumatique,
tel que de l'air comprimé, de l'azote comprimé ou tout autre gaz comprimé ou non,
neutre, sec et déshuilé, tel de l'argon gazeux si l'on en dispose.
[0020] On entend généralement dans l'industrie des gaz par la notion de gaz « sec » le fait
que sa teneur en eau est inférieure à 10 voire 5 ppm.
[0021] Mais le gaz sous pression peut également provenir d'un compresseur mécanique installé
à proximité (qu'une buse de mise en oeuvre de cet air soit disponible sur le compresseur
ou que par exemple le conducteur puisse utiliser un dispositif de type « soufflette
» qui prend de l'air comprimé ainsi généré).
[0022] Le gaz sous pression peut également provenir du réservoir ravitailleur d'azote liquide
fixe (ou semi-mobile) sous pression, lui même, en branchant une tuyauterie directement
sur le ciel gazeux, ou en vaporisant l'azote liquide de ce réservoir fixe dans une
capacité tampon sous pression.
[0023] Le soufflage est en effet plus préférentiellement effectué selon l'invention sur
la partie femelle du raccord car cette pièce creuse et borgne devient un véritable
réservoir lorsque que le givre fond, et c'est ce résidu d'humidité qui prend en glace
et provoque le coincement du raccord lors du transfert de fluide cryogénique. Le soufflage
est donc tout particulièrement souhaitable pour chasser l'eau et sécher l'intérieur
de l'about femelle.
[0024] Une buse de soufflage pneumatique, idéalement dimensionnée, pénètre à l'intérieur
de l'about femelle quand le raccord est posé sur son support de repos (avant un transfert,
entre deux transferts). La forme du jet de la buse pneumatique est par exemple de
type jet plat, particulièrement adaptée pour que l'évacuation de l'eau liquide soit
efficace. D'autres forme de jets, par exemple de type cône plein, peuvent être considérés
comme moins efficaces.
[0025] Pour que le jet en sortie de buse soit complètement formé, le débit de gaz passant
dans l'orifice doit être suffisant, ce qui nécessite une pression d'alimentation préférentiellement
comprise entre 5 et 10bar, et encore plus préférentiellement comprise entre 6 et 8
bar.
[0026] Selon un des modes de mise en oeuvre de l'invention on conjugue le soufflage comme
expliqué dans ce qui précède, et un apport de chauffage :
- soit en chauffant le gaz de soufflage mise en oeuvre ;
- soit en implantant un dispositif de chauffage (par exemple des résistances électriques)
au voisinage du support de repos du (ou des) raccord(s) qui doit être séché (s).
[0027] La combinaison du chauffage et du séchage permet en effet d'augmenter l'efficacité
de la solution.
1. Procédé de remplissage en liquide cryogénique d'un réservoir aval, à partir d'un stockage amont, stockage amont qui contient, sous
une pression de stockage supérieure à la pression atmosphérique, le fluide cryogénique
en phase liquide au fond du stockage et en phase gazeuse au sommet du stockage, ledit
stockage amont étant adapté pour alimenter le réservoir aval en liquide soutiré à
partir du fond du stockage, ainsi que pour être approvisionné depuis l'extérieur en
fluide, le procédé mettant en oeuvre un dispositif de remplissage comportant deux
raccords mâle et femelle, un de ces raccord étant situé coté réservoir aval à remplir
tandis que le second raccord est situé coté stockage amont, le transfert du fluide
cryogénique n'intervenant que lorsque les deux raccords sont en contact et verrouillés,
se caractérisant en ce que l'on procède, avant toute opération de remplissage, à une action de soufflage, exercée
sur l'un ou chacun des deux raccords mâle/femelle, et préférentiellement sur le raccord
femelle, action de soufflage qui permet de chasser l'eau éventuellement présente sur
le ou les raccords visés, et qui est exercée à l'aide d'un gaz sec et déshuilé tel
que de l'air comprimé, de l'azote comprimé ou tout autre gaz comprimé ou non, neutre,
sec et déshuilé, tel de l'argon gazeux ou du CO2 gazeux.
2. Procédé de remplissage selon la revendication 1, se caractérisant en ce que le gaz utilisé pour le soufflage provient d'un compresseur mécanique installé sur
le site du réservoir aval, ou sur le site du stockage amont.
3. Procédé de remplissage selon la revendication 1, se caractérisant en ce que le gaz utilisé pour le soufflage provient du stockage amont lui-même, en branchant
une tuyauterie directement sur ladite phase gazeuse présente en sommet de stockage
ou bien en vaporisant du liquide cryogénique à partir du fond du stockage dans une
capacité tampon sous pression.
4. Procédé de remplissage selon l'une des revendications précédentes, se caractérisant en ce que le raccord mâle est situé coté réservoir aval, tandis que le raccord femelle est
présent coté stockage amont.
5. Procédé de remplissage selon l'une des revendications 1 à 3, se caractérisant en ce que le raccord mâle est situé coté stockage amont, tandis que le raccord femelle est
présent coté réservoir aval.
6. Procédé de remplissage selon l'une des revendications précédentes, se caractérisant en ce que la forme du jet de gaz soufflé est un jet plat.
7. Procédé de remplissage selon l'une des revendications précédentes,
se caractérisant en ce que l'on procède, outre audit soufflage, à un apport de chaleur, selon un des modes de
mise en oeuvre suivants :
- soit en chauffant le gaz de soufflage mise en oeuvre ;
- soit en implantant un dispositif de chauffage, par exemple des résistances électriques,
au voisinage d'un support de repos du raccord qui doit être séché.
8. Procédé de remplissage selon l'une des revendications précédentes, se caractérisant en ce que le réservoir aval à remplir est un réservoir embarqué sur un véhicule de transport
frigorifique de produits alimentaires et autres produits thermosensibles, tandis que
le stockage amont est un stockage fixe, ou semi mobile tel une citerne mobile.