DOMAINE TECHNIQUE ET ÉTAT DE LA TECHNIQUE ANTÉRIEURE
[0001] La présente invention concerne un procédé de métallisation d'une structure poreuse
en un matériau carboné, telle qu'une structure de nanotubes de carbone.
[0002] Le dépôt de métal sur ou dans les nanotubes de carbone (NTCs ou CNTs) est largement
étudié dans la littérature pour modifier leurs propriétés, leur ajouter de nouvelles
fonctionnalités, ou encore créer des matériaux composites métal/CNT.
[0003] La métallisation, partielle ou complète, interne ou externe, des nanotubes permet
de modifier les propriétés physicochimiques des nanotubes (par exemple via un dopage
par transfert de charge ou un greffage de clusters ou de nanoparticules métalliques)
et présente un intérêt pour un certain nombre d'applications comme la catalyse hétérogène
ou la conversion d'énergie dans des piles à combustibles ou encore la réalisation
de matériaux conducteurs à base de nanotubes.
[0004] La métallisation complète d'un réseau de nanotubes peut aboutir à la formation d'un
matériau composite métal/nanotubes. Ces composites métal/nanotubes sont particulièrement
intéressants pour la réalisation d'interconnexions en microélectronique (matériau
conducteur à forte ampacité), ou de matériaux d'interface thermique pour le packaging
de circuits intégrés et le management thermique en électronique de puissance.
[0005] Les CNTs peuvent être sous forme dispersée, sous la forme d'un câble de CNTs tressés
ou encore fixés à un substrat. Dans ce dernier cas, ils peuvent être attachés au substrat,
en position verticale ou horizontale, par exemple pour réaliser des structures d'interconnexion.
[0006] La métallisation est réalisée en plongeant les CNTs dans une solution contenant un
sel métallique ou un complexe organométallique, qui est ensuite réduit chimiquement
ou électrochimiquement. La méthode électrochimique offre un meilleur contrôle sur
la qualité et la morphologie du dépôt métallique, mais nécessite de pouvoir connecter
électriquement les CNTs à un générateur externe, par exemple via un substrat électriquement
conducteur, ce qui limite son champ d'application.
[0007] Quelle que soit la méthode de dépôt choisie, la principale difficulté est liée au
caractère hydrophobe des CNTs. Il est difficile de les mettre en suspension dans des
milieux aqueux et/ou de mouiller en profondeur le tapis ou la tresse de CNTs.
[0008] Pour y remédier, il est possible d'ajouter des composés chimiques possédant une forte
affinité avec les CNTs. Par exemple, dans l'article de
Hsu et al. (« Aniline as a Dispersant and Stabilizer for the Preparation of Pt Nanoparticles
Deposited on Carbon Nanotubes », J. Phys. Chem. C, 2010, 114, 7933-7939), des nanotubes de carbone sont dispersés dans une solution eau/isopropanol contenant
de l'aniline. Des ions Pt
4+ sont ensuite ajoutés en présence de citrate de sodium, un agent réducteur. Après
filtration, et chauffage à 400°C sous un flux de H
2, des nanotubes de carbone recouvert de particules de platine sont obtenus. L'aniline,
en plus de sa forte affinité avec les CNTs, permet également d'éviter l'agglomération
du platine.
[0009] Cependant, cette solution nécessite d'utiliser des réactifs en plus et/ou de traiter
les déchets issus de ces procédés, ce qui engendre un coût supplémentaire.
[0010] Une autre solution, décrite, par exemple, dans l'article de
Subramaniam et al. (« Nano-scale, planar and multi-tiered current pathways from a
carbon nanotube-copper composite with high conductivity, ampacity and stability »,
Nanoscale, DOI : 10.1039/c5nr03762j) consiste à déposer par voie électrolytique du cuivre sur les nanotubes de carbone.
Pour cela, un électrolyte à base d'acétonitrile et contenant du Cu(CH
3COO)
2 est utilisé, afin de mouiller au mieux les CNTs. Une réduction thermique à 250°C,
sous un flux de H
2, est ensuite réalisée.
[0011] Cependant, il est indiqué que lorsque la structure de nanotubes est dense, il est
difficile de recouvrir les nanotubes jusqu'au coeur de la structure. De plus, il est
nécessaire de traiter les déchets organiques issus de ce procédé, ce qui engendre
un coût supplémentaire.
[0012] Les mêmes problématiques se retrouvent pour d'autres substrats carbonés, par exemple
pour les couches de carbone poreux (noir de carbone par exemple) dans les électrodes
des piles à combustible qu'il faut imprégner des nanoparticules catalytiques.
EXPOSÉ DE L'INVENTION
[0013] C'est, par conséquent, un but de la présente invention de proposer un procédé permettant
de métalliser une structure poreuse en un matériau carboné jusqu'au coeur de la structure.
[0014] Ce but est atteint par un procédé de métallisation d'une structure poreuse en un
matériau carboné, ledit procédé comprenant les étapes suivantes :
- a) fourniture d'une structure poreuse en un matériau carboné,
- b) immersion de la structure poreuse dans une solution comprenant un liquide ionique,
formé par un cation et un anion, et un précurseur métallique,
- c) mise sous vide de la structure poreuse, immergée dans la solution, de manière à
faire pénétrer la solution au sein de la porosité de la structure poreuse,
- d) ajout d'un agent hydrogéné réducteur, de manière à métalliser la structure poreuse
jusqu'au sein de la porosité de la structure poreuse.
[0015] L'invention se distingue fondamentalement de l'art antérieur par l'utilisation d'une
solution comprenant un liquide ionique comme milieu réactionnel et par la mise sous
vide de la structure poreuse immergée dans cette solution. Les liquides ioniques présentent
une faible pression de vapeur saturante, et peuvent donc facilement être mis sous
vide, sans s'évaporer. La mise sous vide permet de faire pénétrer le liquide ionique
jusqu'au coeur de la structure, et donc de métalliser la structure jusque dans les
parties de la porosité les plus éloignées de la surface externe de la structure. A
l'issue du procédé la structure est métallisée, non seulement, en surface mais aussi
dans le volume des pores. Même les pores de faibles dimensions (typiquement ayant
des diamètres inférieurs à 10nm et même inférieurs 5nm voire inférieurs à 2nm) sont
métallisés.
[0016] Avantageusement, le précurseur métallique est un précurseur de cuivre, de platine,
de palladium, de fer, d'iridium, de rhodium, de ruthénium, de nickel, de cobalt, de
tantale et/ou d'argent.
[0017] Avantageusement, le précurseur métallique est un sel métallique ou un complexe organométallique.
L'agent réducteur permet d'hydrogéner les ligands du complexe organométallique, pour
les rendre plus volatils, et les éliminer plus facilement, et/ou de réduire le métal
lorsque celui n'est pas à un degré d'oxydation (0).
[0018] Avantageusement, le précurseur métallique est du cuivre mésitylène.
[0019] Avantageusement, l'agent hydrogéné réducteur est choisi parmi les alcools, le dihydrogène
gazeux, l'hydrazine, le tétrahydruroborate de sodium et le triéthylsilane.
[0020] Avantageusement, la mise sous vide est réalisée à une pression allant de 10
-7bar à 10mbar.
[0021] Avantageusement, la mise sous vide est réalisée pendant une durée allant de 5min
à 4h, de préférence de 10min à 30min.
[0022] Avantageusement, l'étape d) est réalisée à une température allant de 0°C à 300°C,
et de préférence à une température allant de 50°C à 100°C. Le choix de la température
va dépendre du précurseur métallique et/ou du liquide ionique.
[0023] Selon une première variante avantageuse, le matériau carboné est choisi parmi le
noir de carbone, les nanofibres de carbone et un mélange de nanotubes de carbone et
de fullerènes.
[0024] Selon une deuxième variante avantageuse, le matériau carboné comprend et, de préférence,
est constitué de nanotubes de carbone.
[0025] Avantageusement, les nanotubes de carbone sont au moins partiellement ouverts. Il
est possible de métalliser la surface interne des nanotubes de carbone.
[0026] Selon une variante avantageuse, les nanotubes de carbone sont sous la forme d'une
tresse.
[0027] Selon une autre variante avantageuse, les nanotubes de carbone sont sous la forme
d'un tapis, disposé sur un substrat, les nanotubes de carbone étant alignés perpendiculairement
au substrat.
[0028] Selon une autre variante avantageuse, les nanotubes de carbone sont sous la forme
d'un tapis, disposé sur un substrat, les nanotubes de carbone étant alignés parallèlement
au substrat.
BRÈVE DESCRIPTION DES DESSINS
[0029] La présente invention sera mieux comprise sur la base de la description qui va suivre
et des dessins en annexe sur lesquels :
- la figure 1 est un cliché obtenu par microscopie électronique à balayage, d'une structure
poreuse de nanotubes de carbone alignés verticalement sur un substrat, selon un mode
de réalisation particulier de l'invention,
- la figure 2 est un cliché obtenu par microscopie électronique à balayage, d'une structure
poreuse de nanotubes de carbone alignés horizontalement sur un substrat, selon un
mode de réalisation particulier de l'invention,
- la figure 3 est un cliché obtenu par microscopie électronique à balayage, d'une vue
de dessus d'une structure poreuse de nanotubes de carbone alignés horizontalement
sur un substrat, après métallisation, selon un mode de réalisation du procédé de l'invention,
- les figures 4A et 4B sont des clichés obtenus par microscopie électronique à balayage,
d'une vue en coupe, d'une structure poreuse de nanotubes de carbone alignés horizontalement
sur un substrat, après métallisation, selon un mode de réalisation du procédé de l'invention,
respectivement à faible grossissement et à fort grossissement.
EXPOSÉ DÉTAILLÉ DE MODES DE RÉALISATION PARTICULIERS
[0030] Par la suite, la métallisation de nanotubes de carbone (CNTs) est décrite. Cependant,
la métallisation pourrait concerner tout type de matériau carboné, tel que du graphène,
du noir de carbone, des fibres de carbone ou encore des matériaux comprenant un mélange
de nanotubes de carbone et de fullerènes dans lequel les fullerènes sont liés de manière
covalentes aux nanotubes de carbone (matériaux aussi appelés « nanobuds »). Ces matériaux
carbonés trouvent des applications, par exemple, pour des piles à combustible, ou
pour former des couches minces transparentes conductrices.
[0031] La métallisation permet de recouvrir au moins localement, et éventuellement totalement
les CNTs par un métal.
[0032] La métallisation peut permettre de réaliser le dopage par transfert de charge des
CNTs, ou encore la synthèse de nanoparticules métalliques supportées sur des CNTs,
pour des applications piles à combustibles, par exemple en vue de réaction de réduction
de l'oxygène, la catalyse hétérogène, la conversion d'énergie dans des piles à combustibles
ou la réalisation de matériaux conducteurs à base de nanotubes, tels que des câbles
à base de nanotubes.
[0033] La métallisation complète d'un réseau de nanotubes peut aboutir à la formation d'un
matériau composite métal/nanotubes, particulièrement intéressants pour la réalisation
d'interconnexions en microélectronique (matériau conducteur à forte ampacité), ou
de matériau d'interface thermique pour le packaging de circuits intégrés et le management
thermique en électronique de puissance.
Structure poreuse :
[0034] La structure poreuse a, de préférence, une porosité allant de 10% à 80%, par exemple
de une porosité de 50%.
[0035] Les pores de la structure sont de faibles dimensions (typiquement des diamètres de
pores inférieurs à 10nm, de préférence inférieurs à 5nm et encore plus préférentiellement
inférieurs à 2nm). La taille des pores de la structure de nanotubes de carbone va,
par exemple, de 0,5nm à 10nm.
[0036] Les pores de la structure forment un réseau interconnecté. Les pores sont ouverts
sur au moins l'une des surfaces extérieures de la structure.
[0037] La densité massique de la structure va, par exemple, de 0,05 à 2g/cm
3.
[0038] La structure peut être composée de plusieurs éléments unitaires assemblés ensemble.
[0039] La structure poreuse est, de préférence, en nano-objets de carbone.
[0040] Par nano-objet, on entend, par exemple, des nanotubes, des nanofibres ou des nanofils.
De préférence, il s'agit de nanotubes.
[0041] Les nanotubes ont une forme unidimensionnelle : ils présentent, avantageusement,
un facteur de forme supérieur ou égal à 100, par exemple de 100 à 10000. Le facteur
de forme correspond au rapport longueur/diamètre.
[0042] Les nanotubes sont, de manière générale, des structures présentant un diamètre de
quelques nanomètres à quelques dizaines de nanomètres, et une longueur de quelques
centaines de nanomètres à quelques centaines de micromètres.
[0043] Le diamètre des nanotubes va, avantageusement, de 1nm à 15nm, de préférence de 3nm
à 10nm.
[0044] La longueur moyenne des nanotubes va, avantageusement, de 0,1µm à 1000µm, et de préférence
de 5µm à 300µm.
[0045] Les nanotubes peuvent être fermés à leurs extrémités. Ils peuvent également être
ouverts à l'une de leur extrémité ou à leurs deux extrémités, ce qui permet d'insérer
un métal à l'intérieur.
[0046] Les nanotubes peuvent également être défectueux, c'est-à-dire qu'ils présentent au
moins un défaut en surface. Ce défaut pourra servir de site de nucléation pour le
métal. Il pourra éventuellement permettre à la solution ionique d'accéder à l'intérieur
du nanotube et ainsi procéder à la métallisation interne du nanotube.
[0047] Les nanotubes peuvent être supportés sur un substrat (figures 1 et 2).
[0048] Par exemple, les nanotubes sont agencés sous la forme d'un tapis de nanotubes, fixés
à un substrat, en position verticale (figure 1). Les nanotubes présentent une orientation
préférentielle : ils sont alignés perpendiculairement au substrat. L'épaisseur du
tapis de nanotubes correspond à la longueur des nanotubes. La densité de nanotubes
va, par exemple, de 10
9 à 10
13 nanotubes/cm
2, avantageusement, elle est supérieure ou égale à 10
11 nanotubes/cm
2.
[0049] Les nanotubes peuvent également être couchés sur le substrat, c'est-à-dire qu'ils
sont parallèles au substrat, en position horizontale (figure 2). L'obtention de nanotubes
couchés peut être réalisée en couchant les nanotubes d'un tapis de nanotubes, par
exemple avec un rouleau. Ils sont, de préférence, couchés dans une direction donnée
qui sera celle de moindre résistance électrique. L'utilisation de nanotubes couchés
est particulièrement intéressante pour former des structures d'interconnexions microélectroniques.
[0050] Les nanotubes peuvent être formés directement sur le substrat. Selon une variante,
ils peuvent également être transférés sur un substrat, après leur fabrication. Ils
peuvent adhérer faiblement sur le substrat. Les nanotubes peuvent être alignés en
utilisant, par exemple, la méthode décrite dans l'article
Adv. Funct. Mater. 2010, 20, 885-891. Ils peuvent être déposés par spray.
[0051] Le substrat est, avantageusement, inerte vis-à-vis de la solution. Il est, par exemple,
en silicium, ou en un polymère, tel du polycarbonate.
[0052] Les nanotubes peuvent également ne pas être supportés par un substrat. Les nanotubes
peuvent être agencés sous la forme d'un câble, obtenu par exemple en tressant les
nanotubes. Ce mode de réalisation est intéressant pour réaliser des fils électriques
à base de nanotubes de carbone.
Le procédé de métallisation :
[0053]
Le procédé de métallisation de nanotubes de carbone comprend les étapes suivantes
:
- a) fourniture d'une structure poreuse de nanotubes de carbone,
- b) immersion de la structure poreuse dans une solution comprenant un liquide ionique,
formé par un cation et un anion, et un précurseur métallique, tel qu'un sel métallique
ou un complexe métallique,
- c) mise sous vide de la structure poreuse, immergée dans la solution, de manière à
faire pénétrer la solution au coeur de la structure poreuse,
- d) ajout d'un agent réducteur hydrogéné, de manière à réduire le précurseur métallique
et à métalliser les nanotubes de carbone.
[0054] Lors de l'étape b), la structure poreuse est plongée, au moins partiellement, et
préférence totalement, dans la solution.
[0055] La solution présente une faible viscosité. Elle peut présenter une bonne conductivité
ionique.
[0056] La solution comprend au moins un liquide ionique. La solution peut aussi bien comprendre
un seul liquide ionique qu'un mélange de plusieurs (deux, trois,...) liquides ioniques.
[0057] On entend par liquide ionique l'association d'au moins un cation et un anion qui
génère un liquide avec une température de fusion inférieure ou voisine de 100°C. Par
solution, on entend la présence au minimum d'un liquide ionique. Il peut également
s'agir d'un mélange de plusieurs liquides ioniques (deux, trois,...).
[0058] L'utilisation de liquide présente de nombreux avantages en termes de chimie, de coût
ou de procédé. Les liquides ioniques présentent une grande stabilité thermique, une
tension de vapeur quasi nulle (ils ne s'évaporent pas, même sous vide secondaire),
une très faible volatilité, une très faible inflammabilité et des tensions de surface
faibles (ce sont de bons agents mouillants). Ils ont un point de fusion très bas,
souvent inférieur à la température ambiante.
[0059] Les liquides ioniques ne sont pas dégradés pendant le procédé, ce qui limite le coût
du procédé évite le traitement de la solution après la métallisation. Ils peuvent
être recyclés à l'issue de la réaction.
[0060] Le liquide ionique est formé d'un anion et d'un cation.
[0061] Avantageusement, le cation est choisi parmi un ammonium, un imidazolium, un pyrrolidinium,
un phosphonium, un sulfonium et un pipéridinium.
[0062] L'imidazolium est, par exemple, le 1-octyl-3-méthyl-imidazolium aussi noté C1C8Im,
ou le 1-butyl-3-méthyl-imidazolium aussi noté C1C4Im. Les liquides ioniques à cation
imidazolium sont les moins visqueux.
[0063] Avantageusement, l'anion est choisi parmi les anions halogénures, tels que Cl
-, Br
-, I
-, les amines, comme les dicyanamides N(CN)
2- notés DCA
-, le tétrafluoroborate BF
4-, l'hexafluorophosphate PF
6- et les ligands soufrés tels que les thiocyanates SCN
-, le bis(trifluoromethanesulfonyl)imide noté NTf2
-, bis(fluorosulfonyl)imide (FSO
2)
2N
- noté FSI
-, trifluorométhanesulfonate ou triflate CF
3SO
3-, tris(pentafluoroéthyl)trifluorophosphate noté FAP
- et bis(oxalato)borate noté BOB
-.
[0064] La solution comprend en outre un précurseur métallique.
[0065] Le précurseur métallique peut être un précurseur de cuivre, de platine, de palladium,
de ruthénium, de nickel, de cobalt, de fer, de tantale, d'iridium, de rhodium et/ou
d'argent.
[0066] Il peut s'agir d'un ou de plusieurs sels métalliques et/ou d'un ou plusieurs complexes
métalliques.
[0067] Par complexe organométallique, on entend un édifice polyatomique dans lequel un élément
métallique est lié à un ou plusieurs (deux, trois, ou quatre, par exemple) ligands
organiques via des liaisons dites de coordination.
[0068] Il peut y avoir un élément métallique ou plus d'un élément métallique dans le complexe
organométallique, par exemple deux éléments métalliques identiques (dimère). L'élément
métallique est, par exemple, un métal de transition. Il pourrait s'agir, selon une
variante, d'un métal noble ou non noble, d'un lanthanide ou d'un élément des terres
rares.
[0069] Le complexe organométallique peut inclure l'élément métallique sous un degré d'oxydation
égal à 0 ou différent de 0, par exemple (I), (II), (III), (IV) ou (V).
[0070] Le ou les ligands peuvent être, par exemple, choisis parmi le cyclooctadiène, le
cyclooctatriène, et les β-dicétones telles que l'acétylacétone (AA), la trifluoroacétyl-acétone
(TAA), l'hexafluoroacétylacétone (HFA), la thénoyltrifluoroacétone (TTA), la 4,4-
trifluoro-1-(2-thiényl)-1,3-butanedione (HTTA) et la 1,5-cyclooctadiène-hexafluoroacétylacétone
(COD-HFA). Le ou les ligands peuvent également être choisis parmi le dibenzylidèneacétone,
le mésitylène, le néopentyl, et le Carbène de Schrock (par exemple, CHCMe
3).
[0071] Le métal et les ligands sont choisis de telle sorte que les ligands facilitent la
solubilité du métal dans le liquide ionique. Avantageusement, les ligands sont également
sélectionnés de sorte que leurs produits d'hydrogénation ne contaminent pas les substrats
et pour être facilement évaporés du liquide ionique.
[0072] Le précurseur métallique est, par exemple, du cuivre mésitylène (numéro CAS 75732-01-3)
ou du cuivre (II) Bis(trifluorométhanesulfonyl)imide Cu(NTf
2)
2.
[0073] La concentration en précurseur métallique sera choisie par l'homme du métier en fonction
de la surface de matériau carboné à recouvrir et de sa limite de solubilité dans le
liquide ionique. La dissolution du précurseur métallique peut être facilitée par l'ajout
d'un co-solvant (par exemple, le pentane). Le co-solvant peut être ensuite éliminé
par évaporation, par exemple lors de la mise sous vide.
[0074] Avantageusement, à ce mélange il peut être optionnellement ajouté un agent pour fluidifier
le milieu réactionnel, en diminuant la viscosité. Il peut s'agir d'un sel ou de l'association
d'un liquide ionique additionnel.
[0075] Lors de l'étape c), la structure poreuse est mise sous vide. La mise sous vide conduit
le liquide ionique à pénétrer dans l'épaisseur de la structure poreuse. Les liquides
ioniques, contrairement à une solution aqueuse ou à une solution contenant des solvants
organiques classiques, permettent de réaliser une telle étape.
[0076] Le vide va, par exemple, de 10
-10bar à 10mbar et, de préférence, de 10
-7bar à 10mbar, et encore plus préférentiellement de 10
-5bar à 1mbar. Il est, par exemple, de 0,lmbar soit environ 10Pa.
[0077] La durée de l'étape de mise sous vide peut aller de quelques minutes à quelques heures,
par exemple de 2min à 4h, de préférence de 5min à 4h, par exemple de 5min à 15min,
ou encore plus préférentiellement de 10min à 30min.
[0078] D'une manière générale, l'homme du métier pourra adapter le vide et/ou la durée de
la mise sous vide en fonction des différentes concentrations de réactifs, de la viscosité
de la solution, de la tension d'interface entre le liquide ionique et la structure
poreuse, de la température du procédé (la viscosité du liquide ionique diminue lorsque
la température augmente) qui peut être portée jusqu'à 250°C (en fonction de la stabilité
du liquide ionique et du précurseur métallique), et de l'épaisseur de la structure
poreuse à imprégner.
[0079] Lors de l'étape d), la structure poreuse imprégnée de la solution est mise en présence
d'un agent réducteur hydrogéné. Il peut s'agir de dihydrogène gazeux, d'hydrazine,
d'un alcool, de tétrahydruroborate de sodium (aussi appelé borohydrure de sodium)
ou d'un trialkylsilane, par exemple avec une chaine carbonée en C1-C6, tel que le
triéthylsilane. De préférence, il s'agit dihydrogène gazeux. Il peut s'agir de dihydrogène
pur ou d'un mélange dihydrogène/gaz neutre, tel que H
2/Ar.
[0080] Les alcools peuvent être, avantageusement, utilisés pour réduire les métaux les plus
nobles, tels que le platine ou le palladium, ou encore pour réduire le cuivre.
[0081] L'agent réducteur hydrogéné permet d'hydrogéner les ligands du complexe métallique
pour libérer le métal, et éventuellement de réduire ce dernier lorsqu'il est à un
degré d'oxydation supérieur à 0. L'hydrogénation des ligands permet par ailleurs de
les éliminer facilement.
[0082] Le dihydrogène est, par exemple, à une pression allant de 1 à 10bars ou de 1 à 5
bars. On utilisera par exemple une pression de 3bars.
[0083] Avantageusement, cette étape est réalisée à une température allant de 0°C à 300°C,
et de préférence de l'ordre de 20°C à 300°C, par exemple de 20°C à 250°C, été encore
plus préférentiellement de 50°C à 100°C. Lorsque que le précurseur métallique est
à un degré d'oxydation 0, des températures plus faibles peuvent être utilisées, par
exemple il est possible de choisir de travailler à la température ambiante (20-25°C).
On choisira une température inférieure à la température de décomposition des ligands.
[0084] A l'issue du procédé, le liquide ionique peut être régénéré. La solution peut être
réutilisée, ce qui réduit la consommation de réactifs.
[0085] Après la métallisation, la structure poreuse est extraite du bain et il est possible
de procéder à un nouveau cycle de traitement avec une nouvelle structure poreuse à
métalliser.
[0086] Selon une autre alternative, pour limiter la quantité de liquide ionique utilisée,
on pourra déposer un film de liquide sur le substrat, puis le chauffer sous vide.
Le film de liquide peut ensuite être lavé par un solvant à l'issue de la réaction
et le liquide ionique peut être récupéré par une étape de distillation ultérieure.
[0087] Le procédé peut également comprendre une étape ultérieure dans laquelle le métal
déposé est oxydé pour former un ou plusieurs oxydes métalliques, par exemple avec
une étape de recuit oxydant.
Exemple illustratif et non limitatif d'un mode de réalisation :
[0088] Dans cet exemple, un tapis de nanotubes de carbone CNTs est fixé sur un substrat
de silicium. Les CNTs sont, initialement, alignés perpendiculairement au substrat
(figure 1). Les CNTs sont couchés à l'aide d'un rouleau métallique (Figure 2).
[0089] L'échantillon est recouvert d'une solution contenant un précurseur du cuivre, le
cuivre mésitylène (CuMes, 0.05M), et un liquide ionique, le [C1C4Im][NTf2], puis placé
sous vide primaire (0,lmbar) pendant 2h. Durant cette étape, le liquide ionique ne
s'évapore pas. Ensuite, l'échantillon est placée sous H
2 (3 bars) à 100°C pendant 1h pour réduire le cuivre qui est à un degré d'oxydation
(I) en cuivre métallique. A l'issue de la réaction, le liquide ionique est lavé plusieurs
fois au dichlorométhane.
[0090] Un examen au MEB du tapis de CNTs révèle la présence de nombreux agrégats métalliques
sur les CNTs à l'issue du procédé (Figure 3). Cela montre que les CNTs possèdent des
sites de nucléation pour le Cu qui restent actifs en milieu liquide ionique. Ce dépôt
est présent jusqu'à la base des CNTs, ce qui prouve que la solution a pu pénétrer
au sein de l'épaisseur du tapis de CNTs (Figures 4A et 4B).
1. Procédé de métallisation d'une structure poreuse en un matériau carboné, ledit procédé
comprenant les étapes suivantes :
a) fourniture d'une structure poreuse en un matériau carboné,
b) immersion de la structure poreuse dans une solution comprenant un liquide ionique,
formé par un cation et un anion, et un précurseur métallique,
c) mise sous vide de la structure poreuse, immergée dans la solution, de manière à
faire pénétrer la solution au sein de la porosité de la structure poreuse,
d) ajout d'un agent hydrogéné réducteur, de manière à métalliser la structure poreuse
jusqu'au sein de la porosité de la structure poreuse.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que le précurseur métallique est un précurseur de cuivre, de platine, de palladium, de
ruthénium, de nickel, de cobalt, de fer, de tantale, d'iridium, de rhodium et/ou d'argent.
3. Procédé selon l'une des revendications 1 et 2, caractérisé en ce que le précurseur métallique est un sel métallique ou un complexe organométallique.
4. Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que le précurseur métallique est du cuivre mésitylène.
5. Procédé selon l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé en ce que l'agent hydrogéné réducteur est choisi parmi le dihydrogène gazeux, l'hydrazine,
les alcools, le tétrahydruroborate de sodium et le triéthylsilane.
6. Procédé selon l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé en ce que la mise sous vide est réalisée à une pression allant de 10-7bar à 10mbar.
7. Procédé selon l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé en ce que la mise sous vide est réalisée pendant une durée allant de 5min à 4h, de préférence
de 10min à 30min.
8. Procédé selon l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé en ce que l'étape d) est réalisée à une température allant de 0°C à 300°C, et de préférence
à une température allant de 50°C à 100°C.
9. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 8, caractérisé en ce que le matériau carboné est choisi parmi le noir de carbone, les nanofibres de carbone,
et un mélange de nanotubes de carbone et de fullerènes.
10. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 8, caractérisé en ce que le matériau carboné comprend et, de préférence, est constitué de nanotubes de carbone.
11. Procédé selon la revendication précédente, caractérisé en ce que les nanotubes de carbone sont au moins partiellement ouverts.
12. Procédé selon l'une des revendications 10 et 11, caractérisé en ce que les nanotubes de carbone sont sous la forme d'une tresse.
13. Procédé selon l'une des revendications 10 et 11, caractérisé en ce que les nanotubes de carbone sont sous la forme d'un tapis, disposé sur un substrat,
les nanotubes de carbone étant alignés perpendiculairement au substrat.
14. Procédé selon l'une des revendications 10 et 11, caractérisé en ce que les nanotubes de carbone sont sous la forme d'un tapis, disposé sur un substrat,
les nanotubes de carbone étant alignés parallèlement au substrat.