[0001] La présente invention concerne un procédé de fabrication d'un ressort moteur pour
pièce d'horlogerie.
[0002] Par ressort moteur on entend tout ressort, autre qu'un ressort exerçant une simple
fonction de rappel, capable d'emmagasiner de l'énergie pour alimenter le fonctionnement
d'un mécanisme. Un exemple typique de ressort moteur est le ressort de barillet.
[0003] Dans l'horlogerie mécanique, le ressort de barillet apporte l'énergie permettant
d'entretenir l'oscillateur de la montre. Le ressort de barillet est logé dans un tambour
de barillet et fournit son énergie par l'intermédiaire d'un système de roues et pignons
qui engrène avec le tambour de barillet. La place disponible pour stocker l'énergie,
à savoir le volume du tambour de barillet, est limitée, surtout dans les montres-bracelets,
ceci d'autant plus lorsque la montre est fine. De cette place disponible dépend la
quantité d'énergie emmagasinable. Cette quantité d'énergie est utilisée pour garantir
une certaine durée de marche de la montre. La précision de la marche est, elle, déterminée
par la fréquence et l'inertie de l'oscillateur. Un oscillateur à haute fréquence et
haute inertie aura une très bonne précision de marche mais nécessitera un apport d'énergie
conséquent, ce qui peut pénaliser la durée de marche. Un compromis doit donc être
opéré entre la durée de marche et la précision de l'oscillateur.
[0004] La quantité d'énergie emmagasinable est aussi liée au matériau dans lequel on fabrique
le ressort de barillet. Depuis plusieurs années, des fabricants utilisent le Nivaflex®,
un alliage à base de Co, Ni, Cr et Fe développé par la société Vacuumschmelze GmbH
& Co. KG. Cet alliage a pour avantage notable de présenter une très haute limite élastique,
d'environ 3,7 GPa, donnée par l'écrouissage et les traitements thermiques, tout en
conservant une part de ductilité. Quelques améliorations (Nivaflex Plus, demande de
brevet
DE 102009014442) ou matériaux alternatifs (Bioflex®, brevet
CH 704471) sont maintenant proposés, mais sans permettre un gain significatif des propriétés
mécaniques et de la quantité d'énergie stockée. Il est également proposé de réaliser
des ressorts de barillet en verre métallique (brevets
CH 698962 et
CH 704391) ou en un matériau composite comprenant une portion de support en un matériau métallique
ou en un métalloïde tel que le carbone, le silicium ou le germanium, cette portion
de support étant recouverte par une deuxième portion, en diamant, supportant l'essentiel
des contraintes de déformation (brevet
CH 706020 de la demanderesse).
[0005] Le silicium est un matériau de plus en plus utilisé dans l'horlogerie et qui présente
de nombreux avantages. Cependant, sa limite élastique et le rapport de sa limite élastique
au carré sur son module d'élasticité (σ
2/E) sont trop bas pour pouvoir emmagasiner suffisamment d'énergie pour alimenter le
fonctionnement d'un mouvement horloger. C'est pourquoi, dans le brevet
CH 706020, on l'associe avec du diamant, mais sans que cela donne en pratique entière satisfaction
en termes de résistance mécanique.
[0006] La présente invention vise à remédier à ces inconvénients, au moins en partie, et
propose à cette fin un procédé selon la revendication 1 ou la revendication 2.
[0007] Un mode de réalisation particulier du procédé de fabrication d'un ressort moteur
d'horlogerie, de préférence un ressort de barillet, selon l'invention va maintenant
être décrit.
[0008] Une première étape consiste à graver dans une plaquette de silicium, de préférence
par gravure ionique réactive profonde (DRIE), une pièce ayant la forme souhaitée,
typiquement en spirale, et sensiblement les dimensions souhaitées du ressort moteur.
[0009] Le silicium peut être monocristallin, polycristallin ou amorphe. S'il est monocristallin,
son orientation cristalline est de préférence {111} pour que son module de Young soit
isotrope. Le silicium polycristallin est préféré au silicium monocristallin pour son
isotropie et sa plus grande résistance mécanique. Le silicium utilisé dans l'invention
peut en outre être dopé ou non.
[0010] Une deuxième étape du procédé consiste à oxyder thermiquement la pièce, typiquement
à une température comprise entre 600°C et 1300°C, de préférence entre 800°C et 1200°C,
de manière à la recouvrir d'une couche d'oxyde de silicium (SiO
2). Cette couche d'oxyde de silicium se forme en consommant du silicium, ce qui fait
reculer l'interface entre le silicium et l'oxyde de silicium et atténue les défauts
de surface du silicium.
[0011] A une troisième étape, la couche d'oxyde de silicium est éliminée, par exemple par
gravure humide, gravure en phase vapeur ou gravure sèche.
[0012] A une quatrième étape, on applique à la pièce le traitement de recuit décrit dans
la demande de brevet
CH 702431, qui est incorporée dans la présente demande par renvoi. Ce traitement de recuit
(« thermal annealing » en anglais) est effectué dans une atmosphère réductrice, de
préférence à une pression strictement supérieure à 100 Torr et inférieure ou égale
à la pression atmosphérique (760 Torr), mais qui peut être de l'ordre de la pression
atmosphérique, et de préférence à une température comprise entre 800°C et 1300°C.
La durée du traitement de recuit peut être de quelques minutes à plusieurs heures.
L'atmosphère réductrice peut être constituée principalement ou totalement d'hydrogène.
Elle peut comprendre aussi de l'argon ou tout autre gaz neutre.
[0013] La combinaison des deuxième, troisième et quatrième étapes (oxydation, désoxydation
et recuit) confère à la pièce des propriétés mécaniques remarquables pour un ressort
moteur. Les ébréchures et autres défauts susceptibles de créer des amorces de rupture
sont fortement réduits voire supprimés. La rugosité des surfaces est lissée. Les vaguelettes
que crée la gravure DRIE sur les flancs de la pièce sont atténuées voire supprimées.
Les arêtes sont arrondies, ce qui diminue les concentrations de contraintes. La limite
à la rupture du silicium, correspondant à sa limite élastique, est augmentée.
[0014] A une cinquième étape du procédé, on forme sur la pièce une couche d'oxyde de silicium
(SiO
2) permettant d'augmenter sa résistance mécanique. Cette couche d'oxyde de silicium
peut être formée par oxydation thermique, de la même manière qu'à la deuxième étape,
ou par dépôt, notamment dépôt chimique ou physique en phase vapeur (CVD, PVD). Elle
est de préférence formée sur toute ou presque toute la surface de la pièce. Son épaisseur
est par exemple de quelques micromètres.
[0015] Typiquement, ladite pièce fait partie d'un lot de pièces réalisées dans une même
plaquette de silicium. A une dernière étape du procédé, la pièce et les autres pièces
du lot sont détachées de la plaquette.
[0016] Le procédé selon l'invention, grâce aux traitements de surface décrits ci-dessus,
permet l'obtention de ressorts moteurs atteignant des limites élastiques en flexion
supérieures à 3 GPa et pouvant même aller jusqu'à 6 GPa. La capacité de stockage d'énergie
(σ
2/E) est augmentée.
[0017] Le(s) ressort(s) moteur(s) obtenu(s) selon le procédé selon l'invention peut(peuvent)
comprendre des parties remplissant des fonctions supplémentaires par rapport au stockage
et à la restitution d'énergie, par exemple des parties servant de bonde ou de bride
comme décrit dans le brevet
CH 705368.
[0018] Dans une variante de l'invention, la quatrième étape (recuit) est mise en oeuvre
avant la deuxième étape (oxydation thermique).
1. Procédé de fabrication d'un ressort moteur d'horlogerie comprenant les étapes suivantes
:
a) réaliser en silicium une pièce ayant la forme souhaitée du ressort moteur,
b) oxyder thermiquement la pièce,
c) désoxyder la pièce,
d) effectuer un recuit de la pièce dans une atmosphère réductrice,
e) former une couche d'oxyde de silicium sur la pièce.
2. Procédé de fabrication d'un ressort moteur d'horlogerie comprenant les étapes suivantes
:
a) réaliser en silicium une pièce ayant la forme souhaitée du ressort moteur,
b) effectuer un recuit de la pièce dans une atmosphère réductrice,
c) oxyder thermiquement la pièce,
d) désoxyder la pièce,
e) former une couche d'oxyde de silicium sur la pièce.
3. Procédé selon la revendication 1 ou 2, dans lequel l'étape a) comprend une opération
de gravure, de préférence une opération de gravure ionique réactive profonde.
4. Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, dans lequel l'étape d'oxydation thermique
est effectuée à une température comprise entre 600°C et 1300°C, de préférence entre
800°C et 1200°C.
5. Procédé selon l'une des revendications 1 à 4, dans lequel l'étape de désoxydation
comprend une opération de gravure, de préférence une opération de gravure humide,
de gravure en phase vapeur ou de gravure sèche.
6. Procédé selon l'une des revendications 1 à 5, dans lequel l'étape de recuit est effectuée
à une pression strictement supérieure à 100 Torr.
7. Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, dans lequel l'étape de recuit est effectuée
à une pression inférieure ou égale à la pression atmosphérique.
8. Procédé selon l'une des revendications 1 à 7, dans lequel l'étape de recuit est effectuée
à une température comprise entre 800°C et 1300°C.
9. Procédé selon l'une des revendications 1 à 8, dans lequel ladite atmosphère réductrice
comprend de l'hydrogène.
10. Procédé selon la revendication 9, dans lequel ladite atmosphère réductrice comprend
également un gaz neutre, par exemple de l'argon.
11. Procédé selon l'une des revendications 1 à 10, dans lequel l'étape e) est effectuée
par oxydation thermique.
12. Procédé selon l'une des revendications 1 à 11, dans lequel le silicium est monocristallin
ou polycristallin.
13. Procédé selon l'une des revendications 1 à 12, dans lequel le ressort moteur est un
ressort de barillet.