DOMAINE DE L'INVENTION
[0001] La présente invention concerne le domaine des alliages austénitiques requérant une
bonne résistance mécanique et à l'environnement, à hautes températures, notamment
pour une utilisation dans des fours de vapocraquage dans l'industrie pétrochimique.
Elle concerne en particulier un alliage austénitique à haute teneur en chrome, qui
présente une excellente résistance à la corrosion et au fluage à des températures
supérieures à 900°C.
ARRIERE PLAN TECHNOLOGIQUE DE L'INVENTION
[0002] Les alliages austénitiques à base de nickel, de chrome et de fer dits « réfractaires
» sont connus depuis de nombreuses années pour leurs applications à très haute température
(voir notamment le document
FR2333870). Leur résistance à la corrosion, à la carburation et au cokage est assurée par le
développement d'un oxyde de chrome protecteur à leur surface dans les conditions d'utilisation.
Cependant, leur durée de vie est limitée par leur appauvrissement progressif en chrome.
[0003] Il est donc souhaitable d'augmenter la robustesse de l'oxyde de chrome protecteur
à leur surface afin de retarder et d'atténuer cet appauvrissement en chrome progressif
de l'alliage en service.
[0004] Le document
EP0765948 propose un alliage à haute teneur en chrome, présentant une bonne résistance à la
corrosion à hautes températures. Cet alliage comprend les composés suivants, en pourcentage
massique : 0,1 à 0,5% de Carbone, 0 à 4% de Silicium, 0 à 3% de Manganèse, 40 à 50%
de Chrome, 0 à 10% de Fer, 0,01 à 0,6% de Titane, 0,01 à 0,2% de Zirconium, au moins
un des éléments Tungstène, Niobium et Molybdène respectivement de 0,5 à 5%, de 0,3
à 2% et de 0,5 à 3%, et la balance en Nickel et impuretés.
[0005] Il a été néanmoins observé que l'augmentation de la quantité de chrome, très favorable
à la résistance à la corrosion, s'accompagne souvent d'une diminution de la tenue
au fluage.
[0006] Il reste donc important d'améliorer encore les propriétés de ces alliages à haute
teneur en chrome, pour atteindre des performances élevées, tant en termes de résistance
à l'environnement et à l'oxydation cyclique, qu'en termes de tenue au fluage et ductilité
après vieillissement.
OBJET DE L'INVENTION
[0007] La présente invention propose une solution pour atteindre les objectifs précités.
L'invention concerne un alliage austénitique à haute teneur en chrome, qui présente
une excellente résistance à l'environnement et au fluage et une haute ductilité après
vieillissement, à des températures supérieures ou égales à 900°C. L'invention concerne
également un procédé de conception d'un tel alliage.
BREVE DESCRIPTION DE L'INVENTION
[0008] L'invention concerne un alliage austénitique à base de nickel et à forte teneur en
chrome, destiné à être utilisé à une température de service donnée entre 900°C et
1150°C. L'alliage comprend les composés suivants en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage.
[0009] L'alliage présente en outre une fraction molaire de carbo-nitrures secondaires riches
en niobium et/ou en titane supérieure à 0,1%, après que la température de service
lui ait été appliquée.
[0010] Selon d'autres caractéristiques avantageuses et non limitatives de l'invention, prises
seules ou selon toutes combinaisons techniquement réalisables :
- les carbo-nitrures secondaires sont de type MX, le métal M étant du niobium et/ou
du titane, à plus de 80%, voire à plus de 90%, X étant composé de carbone et d'azote
;
- les pourcentages massiques du chrome, du fer, du carbone, du titane, du niobium, du
silicium et du manganèse respectent la relation (R2) suivante :

[0011] L'invention concerne également un procédé de conception d'un alliage austénitique
à base de nickel et à forte teneur en chrome, destiné à être utilisé à une température
de service donnée entre 900°C et 1150°C, l'alliage comprenant les composés suivants
en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage,
[0012] Le procédé comprend une étape de choix des pourcentages massiques du chrome (x
Cr), du fer (x
Fe), du carbone (x
C), du titane (x
Ti), du niobium (x
Nb), du silicium (x
Si) et du manganèse (x
Mn) de sorte que l'alliage présente une fraction molaire (f
MX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane supérieure à 0,1%,
après que la température de service lui ait été appliquée.
[0013] Selon d'autres caractéristiques avantageuses et non limitatives de l'invention, prises
seules ou selon toutes combinaisons techniquement réalisables :
- la faction molaire (fMX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane est mesurée par
microscopie électronique à balayage ou en transmission, sur un échantillon formé dans
ledit alliage après que la température de service lui ait été appliquée ;
- les pourcentages massiques du chrome (xCr), du fer (xFe), du carbone (xC), du titane (xTi), du niobium (xNb), du silicium (xSi) et du manganèse (xMn) respectent la relation (R2) suivante :

[0014] L'invention concerne enfin un procédé de validation d'un alliage austénitique à base
de nickel et à forte teneur en chrome pour son utilisation à une température de service
donnée entre 900°C et 1150°C, l'alliage comprenant les composés suivants en pourcentage
massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage.
[0015] Le procédé de validation comprend une étape de vérification que la fraction molaire
(f
MX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane dans l'alliage est
supérieure à 0,1%, après que la température de service ait été appliquée audit alliage.
BREVE DESCRIPTION DES FIGURES
[0016] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention ressortiront de la description
détaillée de l'invention qui va suivre en référence aux tableaux et figures annexés,
sur lesquelles :
[Tab. 1] Le tableau 1 présente la composition d'alliages testés, parmi lesquels un
alliage est conforme à la présente invention;
[Tab. 2] Le tableau 2 présente le temps à la rupture tR obtenu lors d'essais de fluage effectués sur les alliages testés et la fraction molaire
de carbo-nitrures secondaires de type MX calculée pour chacun desdits alliages ;
[Tab. 3] Le tableau 3 présente le temps à la rupture tR obtenu pour certains des alliages testés, lors d'essais de fluage sous différentes
contraintes et températures ;
[Tab. 4] Le tableau 4 présente l'allongement avant et après vieillissement de certains
alliages testés, mesuré par essai de traction à différentes températures ;
[Fig. 1] La figure 1 présente la perte de masse observée au cours de l'oxydation cyclique
de certains alliages testés.
DESCRIPTION DETAILLEE DE L'INVENTION
[0017] L'invention concerne un alliage austénitique à base de nickel, de chrome et de fer
destiné à être utilisé à une température de service entre 900°C et 1150°C.
[0018] Notons que l'alliage austénitique selon l'invention pourrait être utilisé à des températures
de service inférieures à 900°C, mais ne présenterait pas, dans ces gammes de températures,
d'avantage significatif par rapport à un alliage standard contenant moins de 40% de
chrome.
[0019] L'alliage comprend les composés suivants, leur quantité dans l'alliage étant exprimée
en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05% et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares et l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage ;
[0020] Dans la suite de la description, les expressions « teneur », « quantité » ou « pourcentage
» s'agissant d'un composé de l'alliage devront être interprétées comme relatives au
« pourcentage massique » dudit composé.
[0021] L'alliage selon l'invention, à base de nickel, comprend une forte teneur en chrome
afin d'assurer une bonne résistance à la corrosion, à la carburation et au cokage,
grâce au développement d'un oxyde de chrome protecteur à la surface dudit alliage,
dans les conditions d'utilisation.
[0022] La teneur en chrome selon l'invention est en outre définie dans une plage relativement
restreinte. Un minimum de 40% de chrome est requis, comme précité, pour une bonne
résistance à l'environnement.
[0023] Ce haut pourcentage de chrome induit un changement de nature de l'alliage comparé
à des alliages refractaires de référence qui en contiennent 25%. Dans les alliages
de référence, des carbures primaires riches en chrome M7C3 sont formés à la solidification
de l'alliage. A haute température, ces carbures sont instables et se transforment
en carbures M23C6, transformation qui s'accompagne d'une précipitation de carbures
secondaires M23C6 qui améliorent considérablement la résistance en fluage de l'alliage.
On pourra se référer à l'article de
M.Roussel et al, « Influence of solidification induced composition gradients on carbide
precipitation in FeNiCr heat resistant steels », Materialia 4 (2018) 331-339. Dans un alliage contenant plus de 40% de chrome, ce phénomène n'existe pas car les
carbures primaires formés à la coulée de l'alliage sont directement de nature M23C6.
Il est donc crucial de remplacer ce phénomène par un autre mécanisme qui assure la
tenue en fluage de l'alliage.
[0024] Le pourcentage massique maximum de chrome est contraint à 45% pour limiter l'intégration
d'élément alphagène tendant à déstabiliser la structure austénitique de l'alliage
et limiter la formation de phase a' riche en Cr dont une conséquence est la perte
de ductilité après vieillissement.
[0025] La teneur en fer est également choisie dans une plage restreinte. Le pourcentage
massique minimum en fer est défini à une valeur strictement supérieure à 10% de manière
à promouvoir la formation de carbo-nitrures secondaires de type MX riches en Nb et/ou
en Ti à la température de service : M est donc majoritairement du niobium et/ou du
titane, et X est composé de carbone et d'azote. Le niobium, le titane et la carbone
sont des composés compris dans l'alliage et décrits plus loin. L'azote est introduit
dans l'alliage lors de l'élaboration, du fait de sa présence dans les matières premières
et/ou dans l'atmosphère ambiante.
[0026] Par carbo-nitrures secondaire, on entend les carbo-nitrures qui précipitent en service,
par opposition aux carbures primaires qui sont présents dans la structure de l'alliage,
brut de coulée.
[0027] La présence de ces carbo-nitrures secondaires assurent à l'alliage une bonne résistance
au fluage.
[0028] Avantageusement, la teneur minimale en fer est même 10,5%, voire 10,8%. Par ailleurs,
la quantité de fer est inférieure ou égale à 14% pour limiter l'intégration d'élément
alphagène tendant à déstabiliser la structure austénitique de l'alliage et la formation
de phase α' riche en Cr. La quantité de fer peut avantageusement être inférieure ou
égale à 12%.
[0029] Le pourcentage massique de carbone est défini à un minimum de 0,4% pour permettre
la formation dans l'alliage d'une fraction molaire de carbo-nitrures secondaires de
type MX importante, lesdits carbo-nitrures renforçant la résistance au fluage de l'alliage.
Le pourcentage maximum est fixé à 0,6% afin de conserver une ductilité suffisante
à l'utilisation du matériau, ledit renforcement par les carbo-nitrures ayant aussi
pour effet une diminution de la ductilité.
[0030] Le titane a un fort impact sur la formation de carbo-nitrures secondaires plus fins
et uniformément distribués dans l'alliage : il est particulièrement efficace à de
faibles teneurs, dites micro additions. Il est inclus dans l'alliage dans un pourcentage
massique allant de 0,05% à 0,2%.
[0031] Du niobium, dans des proportions allant de 0,5% à 1,5%, est ajouté dans l'alliage.
Ce composé est indispensable à la formation de carbo-nitrures secondaires de type
MX. La limite basse de la gamme est particulièrement importante puisqu'elle assure
l'enclenchement d'une précipitation de carbo-nitrures secondaires de type MX en service
: en effet, la demanderesse a observé qu'à une teneur inférieure à 0,5%, la précipitation
n'était pas enclenchée. La limite haute est essentiellement dictée par des raisons
économiques, le niobium étant un composé relativement cher.
[0032] L'ajout d'au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares (comme par exemple
l'yttrium, le cérium, etc) ou l'hafnium, est bénéfique à la croissance et l'adhérence
de la couche d'oxyde de chrome à la surface de l'alliage. La quantité totale d'éléments
réactifs est fixée à un minimum de 0,002%. Une quantité totale supérieure à 0,1% n'apporte
pas d'effet supplémentaire alors qu'elle implique un fort impact sur le coût ; elle
peut même être néfaste aux propriétés mécaniques. Avantageusement, la teneur totale
en élément(s) réactif(s) est limitée à 0.05%.
[0033] L'alliage peut éventuellement contenir du silicium, pour favoriser l'écoulement lors
du coulage de l'alliage et renforcer sa résistance à la corrosion. La quantité de
silicium est néanmoins limitée à 1% pour éviter d'impacter négativement la résistance
au fluage de l'alliage et l'adhérence de la couche d'oxyde de chrome. Cette limite
permet également de préserver une bonne ductilité après vieillissement.
[0034] L'alliage peut également contenir du manganèse, mais dans un pourcentage massique
inférieur à 0,5% pour éviter ou limiter la formation d'oxyde spinelle de manganèse
et de chrome qui présente une cinétique de formation très rapide mais est moins stable
et protecteur que l'oxyde de chrome.
[0035] Enfin, l'alliage comprend du Ni, dans un pourcentage complémentant la composition
de l'alliage, pour que la somme des pourcentages massiques des composés atteigne 100%.
Le rôle du nickel dans l'alliage est de conserver un alliage réfractaire de structure
austénitique. Dans l'alliage selon l'invention, la quantité de nickel ne dépasse pas
50%, en cohérence avec des raisons économiques, le nickel étant un fort contributeur
de coûts.
[0036] Bien-sûr, l'alliage peut également comprendre à très faible teneur d'autres éléments
classiques des aciers que l'on retrouve notamment dans les matières premières ou dans
les étapes de fabrication. A très faible teneur, ces éléments ont peu d'impact ou
de nécessité particulière. On retrouve ainsi à des teneurs strictement inférieures
à 0,5% des éléments tels que le molybdène ou le cuivre. L'alliage peut éventuellement
être pollué par des impuretés à l'état de trace dont la teneur est de l'ordre de la
particule par million (ppm), et strictement inférieure à la centaine de particules
par million, telles que le phosphore, le soufre, le plomb, l'étain, le zirconium,
le tungstène, etc.
[0037] Comme évoqué en introduction, il est habituel qu'un alliage austénitique à forte
teneur en chrome (au-dessus de 40%), corrélativement à une excellente résistance à
la corrosion, montre une dégradation de la résistance au fluage.
[0038] Ainsi, allant au-delà du rôle de chaque composé individuel de l'alliage, la demanderesse
a étudié le lien entre la microstructure de l'alliage et ses propriétés mécaniques
à la température de service ou au-delà. La température de service est la température
à laquelle l'alliage est destiné à être soumis, lors de son utilisation : par exemple,
pour un alliage formant un tube de four de vapocraquage, la température de service
pourra être comprise entre 900°C et 1150°C.
[0039] Ces études, notamment basées sur des caractérisations par microscopie électronique
à balayage ou en transmission et sur des tests de fluage, ont permis de mettre en
évidence le fait que les propriétés de fluage de l'alliage à forte teneur en chrome
(supérieure ou égale à 40%) sont directement impactées par la précipitation de carbo-nitrures
secondaires de type MX à la température de service, M étant majoritairement du niobium
ou du titane, « majoritairement » signifiant ici « à plus de 80%, voire 90% », et
X étant du carbone et de l'azote.
[0040] Ainsi, la demanderesse a pu déterminer que, dans un alliage austénitique à forte
teneur en chrome, la résistance au fluage, à la température de service, croît avec
l'augmentation de la fraction molaire des carbo-nitrures secondaires de type MX riches
en Nb et/ou Ti dans l'alliage porté à ladite température.
[0041] Sur la base de ces observations, une caractéristique de l'alliage austénitique selon
l'invention est qu'il présente au moins 0,1% (en pourcentage molaire) de ces carbo-nitrures
secondaires de type MX, après que la température de service lui ait été appliquée
pendant quelques heures, typiquement pendant 10h ou plus. Le fait que l'alliage austénitique
comprenne une fraction molaire minimum de carbo-nitrures secondaires de type MX riches
en Nb et/ou Ti permet d'assurer à l'alliage austénitique à forte teneur en chrome
une excellente résistance au fluage, en plus d'une excellente résistance à l'environnement
(corrosion) liée au fort pourcentage de chrome.
[0042] La présence d'une fraction molaire minimum de carbo-nitrures secondaires de type
MX dans l'alliage après que la température de service lui ait été appliquée pourra
être vérifiée expérimentalement sur un échantillon (par exemple par analyse en microscopie
électronique à balayage ou en transmission) ou alternativement, comme proposé plus
loin, anticipée lors de la conception de l'alliage ou vérifiée à partir de la composition
dudit alliage mesurée par spectrométrie à étincelle.
[0043] A partir de corrélations entre les caractérisations physiques et des simulations
CALPHAD (calculs de diagrammes de phase, permettant de prédire les phases présentes
dans l'alliage à l'équilibre en température, en fonction de sa composition), une relation
R1 a été établie entre les pourcentages massiques de certains composés de l'alliage
et la fraction molaire f
MX de carbo-nitrures secondaires de type MX, pour une température typique de la température
de service (ici 1100°C) :

[0044] Où f
MX est la fraction molaire de carbo-nitrures secondaires de type MX, et x
Si, x
Cr, x
Fe, x
Ti, x
Nb, xc, x
Mn sont les pourcentages massiques respectivement du Si, du Cr, du Fe, du Ti, du Nb,
du C et du Mn dans l'alliage.
[0045] La fraction molaire f
MX de carbo-nitrures MX ne variant que très peu entre 900°C et 1150°C dans la gamme
d'alliages étudiée, l'évaluation de f
MX pour une seule température (ici 1100°C) suffit à discriminer les compositions offrant
une bonne résistance au fluage de celles offrant une faible résistance au fluage.
[0046] Les pourcentages massiques x
Si, X
Cr, x
Fe, X
Ti, X
Nb, x
C, x
Mn, respectivement du Si, du Cr, du Fe, du Ti, du Nb, du C et du Mn dans l'alliage,
peuvent ainsi être choisis de sorte que l'alliage présente au moins 0,1% (en pourcentage
molaire) de carbo-nitrures secondaires de type MX, après que la température de service
Ts lui ait été appliquée pendant quelques heures.
[0047] En particulier, les pourcentages massiques susmentionnés peuvent être choisis de
manière à respecter la relation R2 ci-dessous :

[0048] Le respect de la relation R2 permet d'assurer que la fraction molaire de carbo-nitrures
secondaires de type MX sera formée à la température de service, garantissant ainsi
une bonne tenue au fluage de l'alliage, en plus de ses qualités en ductilité et résistance
à la corrosion.
[0049] Le tableau 1 ci-dessous présente différents alliages qui ont été étudiés par la demanderesse.
[Tab. 1]
| Alliage n° |
C |
Si |
Mn |
Cr |
Fe |
Nb |
Ti |
Ni |
Element(s) réactif(s) |
| 1 |
0,39 |
1,39 |
1,45 |
41,52 |
9,37 |
0,65 |
0,15 |
Bal. 45,08 |
|
| 2 |
0,47 |
2,15 |
1,33 |
40,28 |
5,66 |
0,73 |
0,04 |
Bal. 49,34 |
|
| 3 |
0,37 |
1,3 |
0,11 |
41,95 |
10,38 |
0,93 |
0,08 |
Bal. 44,88 |
0,005 |
| 4 |
0,37 |
0,28 |
1,42 |
41,71 |
10,5 |
0,94 |
0,04 |
Bal. 44,74 |
|
| 5 |
0,42 |
0,64 |
0,17 |
41,14 |
10,81 |
0,93 |
0,08 |
Bal. 45,81 |
0,005 |
| Ref |
0,45 |
1,3 |
1,3 |
35 |
Bal. 16,17 |
0,7 |
0,08 |
45 |
|
[0050] L'alliage référencé « Ref » est un alliage commercial (Manaurite® XTM) habituellement
utilisé pour des fours de vapocraquage dans l'industrie pétrochimique. Sa teneur en
chrome (35%) limite sa résistance à l'environnement et en particulier ses performances
à l'oxydation cyclique. En revanche, il présente de très bonnes propriétés en fluage
et en ductilité. L'alliage selon la présente invention vise donc à obtenir un niveau
équivalent voire supérieur en termes de résistance au fluage et ductilité, et à améliorer
la résistance à l'oxydation cyclique, par rapport à cet alliage de référence.
[0051] Les alliages 1 à 4 sont des alliages testés ne respectant pas la composition de l'alliage
selon l'invention et/ou ne respectant pas la fraction molaire f
MX de carbo-nitrures secondaires de type MX visée selon l'invention. L'alliage 5 est
un exemple d'alliage conforme à la présente invention.
[0052] Les exemples d'alliages 1 à 5 présentent une forte teneur en chrome (supérieure à
40%). Leur forte résistance à l'environnement (corrosion, carburation, cokage) a été
vérifiée et confère un niveau de performance plus élevé auxdits alliages comparativement
à l'alliage Ref de référence.
[0053] Les tests de performance présentés ci-après portent principalement sur la résistance
des alliages à l'oxydation cyclique, leur résistance au fluage et leur caractère ductile
après vieillissement.
[0054] La figure 1 montre la perte de masse liée à l'écaillage de la couche d'oxyde de chrome
lors de l'oxydation cyclique des alliages 2, 3, 4 et 5 et les compare à la perte de
masse observée lors de l'oxydation cyclique de l'alliage Ref de référence. Le graphe
présente le nombre de cycles en abscisse, un cycle correspondant à 45 min à 1150°C
et 15 min à température ambiante. On peut constater que la forte teneur en chrome
dans un alliage réfractaire n'est pas une condition suffisante quant à sa résistance
à l'oxydation cyclique. En effet, l'alliage 2, malgré sa haute teneur en chrome, présente
un écaillage plus prononcé lors de l'oxydation cyclique que l'alliage Ref de référence.
Cette mauvaise tenue face à l'oxydation cyclique s'explique par sa teneur en silicium
relativement élevée, diminuant l'adhérence de la couche d'oxyde de chrome à la surface
de l'alliage et favorisant son écaillage.
[0055] L'alliage 4 présente une résistance à l'écaillage sensiblement supérieure à l'alliage
Ref de référence. La faible teneur en silicium de l'alliage 4 participe à cette amélioration.
[0056] Enfin, l'alliage 5 ainsi que l'alliage 3 montre une très bonne résistance face à
l'oxydation cyclique. Les pourcentages massiques de silicium et de manganèse dans
des gammes limitées participent à cette bonne performance. La présence d'un ou plusieurs
élément(s) réactif(s) (également dans une gamme de teneur limitée) améliore encore
la performance.
[0057] La résistance au fluage des alliages présentés dans le tableau 1 a été évaluée à
partir de tests de fluage à 1100°C, sous une contrainte de 12,87MPa, les tests étant
réalisés sur des échantillons prélevés sur des pièces élaborées dans les différents
alliages.
[0058] On extrait de ces tests un temps à la rupture t
R, exprimé en heures, pour arriver à la rupture de l'échantillon, comme noté dans le
tableau 2 ci-dessous.
[Tab. 2]
| Contrainte -> |
12,87 MPa |
|
| Température -> |
1100°C |
| Alliage |
tR (h) |
fMX(1100°C) % |
| 1 |
229 |
0,47 |
| 100 |
| 2 |
36 |
0 |
| 3 |
274 |
0,44 |
| 4 |
111 |
0,16 |
| 5 |
281 |
0,32 |
| Ref |
299 |
0,31 |
[0059] Les valeurs de fraction molaire f
MX de carbo-nitrures secondaires de type MX, calculées à partir des pourcentages massiques
des composés de chaque alliage d'après la relation R1 précitée, sont également reportées
dans le tableau 2. Pour l'alliage Ref, un temps à la rupture t
R de 299 heures a été obtenu.
[0060] On peut noter que les alliages 1, 3, 4 et 5, présentant une fraction molaire f
MX supérieure au critère fixé dans la présente invention de 0,1% (relation R2), montrent
un meilleur comportement en fluage que l'alliage 2 (temps à la rupture t
R de 36 heures), pour lequel la fraction molaire f
MX est inférieure à 0,1%. L'alliage 4 présente néanmoins une tenue au fluage moindre
(temps à la rupture t
R de 111 heures), qui s'explique par le fait que la valeur de f
MX est faible même si elle est supérieure à 0,1.
[0061] En outre, l'alliage 5 conforme à l'invention présente une résistance au fluage (temps
à la rupture t
R de 281 heures) supérieure à celle des alliages 1 à 4 et très proche de la résistance
au fluage visée de l'alliage Ref.
[0062] Le tableau 3 (ci-dessous) montre d'autres tests de fluage opérés à 1100°C ou à 950°C,
pour différentes contraintes appliquées, qui confirment que l'alliage 5 présente une
bonne résistance au fluage globalement équivalente à celle visée de l'alliage Ref
de référence, et que l'alliage 2 présente une faible tenue au fluage.
[Tab. 3]
| Contrainte -> |
8,93 MPa |
12,87 MPa |
13,5 MPa |
27,42 MPa |
| Température -> |
1100°C |
1100°C |
1100°C |
950°C |
| Alliage n° |
tR(h) |
| 2 |
166 |
36 |
22 |
205 |
| 5 |
731 |
281 |
266 |
1647 |
| Ref |
1801 |
299 |
232 |
991 |
[0063] Les valeurs de ductilité, dans l'état brut de coulée et après vieillissement à 900°C
et 1100°C pendant différentes durées, des alliages 3, 4, 5 et Ref ont été déterminées
par essai de traction et sont reportées dans le tableau 4 (ci-dessous).
[Tab. 4]
| |
Allongement (%) |
| Vieillissement |
Alliage 3 |
Alliage 4 |
Alliage 5 |
Alliage Ref |
| Brut de coulée |
11,2 |
9,6 |
11,4 |
10,2 |
| 250h à 900°C |
1,6 |
4,8 |
5,2 |
3,8 |
| 500h à 900°C |
0,28 |
1,14 |
1,2 |
1,5 |
| 100h à 1100°C |
5,6 |
11,6 |
11,9 |
9,2 |
| 250h à 1100°C |
6 |
14,8 |
3,5 |
12 |
[0064] La grande perte de ductilité après vieillissement observée dans l'alliage 3 est liée
à sa teneur trop élevée en silicium. Cette teneur en silicium conduit, après recuit,
à l'augmentation de la fraction molaire de phase G riche en silicium et niobium dans
l'alliage. L'alliage 4 présente une bonne performance en termes de ductilité après
vieillissement, mais n'a pas le niveau de performance requis en résistance à l'oxydation
cyclique (pas mieux que l'alliage Ref) et au fluage, comme indiqué précédemment.
[0065] L'alliage 5, conforme à la présente invention, conserve un bon niveau de ductilité
après vieillissement, comparable au niveau visé obtenu sur l'alliage de référence.
[0066] Pour présenter une excellente résistance à l'environnement (corrosion, carburation,
cokage) tout en démontrant de bonnes propriétés en termes d'oxydation cyclique, de
fluage et de ductilité après vieillissement, à une température de service comprise
entre 900°C et 1150°C, l'alliage austénitique à haute teneur en chrome selon l'invention
comprend donc les composés Ni, Cr, Fe, C, Si, Ti, Nb, Mn et élément (s) réactif(s),
selon des pourcentages massiques compris dans les plages énoncées, et comprend en
outre une fraction molaire de carbo-nitrures secondaires de type MX riches en Nb et/ou
Ti supérieure à 0,1%, après que la température de service lui ait été appliquée.
[0067] L'invention concerne également un procédé de conception d'un alliage austénitique
à forte teneur en chrome (donc résistant à l'environnement) destiné à être utilisé
à une température de service entre 900°C et 1150°C, et présentant une excellente résistance
au fluage, à l'oxydation cyclique et un bon niveau de ductilité après vieillissement.
[0068] Le procédé de conception s'applique à un alliage qui comprend les composés suivants,
leur quantité dans l'alliage étant exprimée en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05% et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage ;
[0069] Le procédé de conception comprend le choix des pourcentages massiques x
Si, X
Cr, x
Fe, X
Ti, X
Nb, xc, x
Mn, respectivement du Si, du Cr, du Fe, du Ti, du Nb, du C et du Mn dans l'alliage,
de sorte que l'alliage présente au moins 0,1% (en pourcentage molaire) de carbo-nitrures
secondaires de type MX riches en Nb et/ou Ti, après que la température de service
Ts lui ait été appliquée pendant quelques heures.
[0070] En particulier, les pourcentages massiques susmentionnés sont choisis de manière
à respecter la relation (R2) ci-dessous :

[0071] Le respect de la relation (R2) permet d'assurer que la fraction molaire f
MX de carbo-nitrures secondaires de type MX sera formée à la température de service,
garantissant ainsi une bonne résistance au fluage de l'alliage, en plus de ses qualités
en ductilité et résistance à la corrosion.
[0072] L'invention concerne en outre un procédé de validation de la compatibilité d'un alliage
austénitique à forte teneur en chrome, avec une température de service Ts entre 900°C
et 1150°C. Par alliage compatible, on entend un alliage présentant une excellente
résistance tant à la corrosion, à l'oxydation cyclique qu'au fluage, en conservant
un bon niveau de ductilité.
[0073] Le procédé de validation comprend une étape de vérification que la fraction molaire
f
MX de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane dans l'alliage est
supérieure à 0,1%, après que la température de service ait été appliquée audit alliage.
[0074] Cette fraction molaire peut être mesurée sur des échantillons formés de l'alliage
à vérifier, par exemple par analyse en microscopie électronique à balayage ou en transmission
; ou alternativement, la fraction molaire f
MX peut être vérifiée grâce à la relation R2, à partir de la composition dudit alliage
mesurée par spectrométrie à étincelle. Si l'inégalité est respectée pour la relation
R2, l'alliage est compatible avec le domaine de température de service de 900°C à
1150°C. Si l'inégalité n'est pas respectée, l'alliage est identifié comme non compatible
avec ce domaine de température de service.
[0075] Les alliages austénitiques selon l'invention peuvent trouver des applications dans
le domaine de la pétrochimie (fours de vapocraquage) ou dans tout autre application
à haute température, typiquement supérieure ou égale à 900°C, combinant des problématiques
de résistance à l'environnement et au fluage.
[0076] Bien entendu, l'invention n'est pas limitée aux modes de mise en œuvre et exemples
décrits, et on peut y apporter des variantes de réalisation sans sortir du cadre de
l'invention tel que défini par les revendications.
1. Alliage austénitique à base de nickel et à forte teneur en chrome, destiné à être
utilisé à une température de service donnée entre 900°C et 1150°C,
l'alliage comprenant les composés suivants en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage, et l'alliage présentant
une fraction molaire de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane
supérieure à 0,1%, après que la température de service lui ait été appliquée.
2. Alliage austénitique selon la revendication précédente, dans lequel les carbo-nitrures
secondaires sont de type MX, le métal M étant du niobium et/ou du titane, à plus de
80%, voire à plus de 90%, l'élément X étant composé de carbone et d'azote.
3. Alliage austénitique selon la revendication précédente, dans lequel les pourcentages
massiques du chrome, du fer, du carbone, du titane, du niobium, du silicium et du
manganèse respectent la relation (R2) suivante :
4. Procédé de conception d'un alliage austénitique à base de nickel et à forte teneur
en chrome, destiné à être utilisé à une température de service donnée entre 900°C
et 1150°C, l'alliage comprenant les composés suivants en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage, le procédé comprenant
une étape de choix des pourcentages massiques du chrome (xCr), du fer (xFe), du carbone (xc), du titane (xTi), du niobium (xNb), du silicium (xSi) et du manganèse (xMn) de sorte que l'alliage présente une fraction molaire (fMX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane supérieure à 0,1%,
après que la température de service lui ait été appliquée.
5. Procédé de conception d'un alliage auténitique selon la revendication précédente,
dans lequel la faction molaire (fMX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane est mesurée par
microscopie électronique à balayage ou en transmission, sur un échantillon formé dans
ledit alliage après que la température de service lui ait été appliquée.
6. Procédé de conception d'un alliage austénitique selon l'une des deux revendications
précédentes, dans lequel les pourcentages massiques du chrome (x
Cr), du fer (x
Fe), du carbone (x
C), du titane (x
Ti), du niobium (x
Nb), du silicium (x
Si) et du manganèse (x
Mn) respectent la relation (R2) suivante :
7. Procédé de validation d'un alliage austénitique à base de nickel et à forte teneur
en chrome pour son utilisation à une température de service donnée entre 900°C et
1150°C, l'alliage comprenant les composés suivants en pourcentage massique :
- du chrome entre 40% et 45%,
- du fer entre 10% et 14%,
- du carbone entre 0,4% et 0,6%,
- du titane entre 0,05 et 0,2%,
- du niobium entre 0,5% et 1,5%,
- au moins un élément réactif, choisi parmi les terres rares ou l'hafnium, entre 0,002%
et 0,1%,
- du silicium entre 0 et 1%,
- du manganèse entre 0 et 0,5%,
- du nickel pour faire la balance des composés de l'alliage, le procédé de validation
comprenant une étape de vérification que la fraction molaire (fMX) de carbo-nitrures secondaires riches en niobium et/ou en titane dans l'alliage est
supérieure à 0,1%, après que la température de service ait été appliquée audit alliage.