[0001] La présente invention concerne le domaine de l'exploitation d'un fluide contenu dans
une formation souterraine, plus particulièrement la récupération assistée d'un fluide,
tel qu'un fluide hydrocarboné, par injection de mousse.
[0002] L'exploitation d'un réservoir pétrolier par récupération primaire consiste à extraire,
via un puits dit de production, le pétrole présent du réservoir par l'effet de surpression
régnant naturellement au sein du réservoir. Cette récupération primaire ne permet
d'accéder qu'à une faible quantité du pétrole contenu dans le réservoir, de l'ordre
de 10 à 15% tout au plus.
[0003] Pour permettre de poursuivre l'extraction du pétrole, des méthodes secondaires de
production sont employées, quand la pression du réservoir devient insuffisante pour
déplacer le pétrole encore en place. Notamment, on injecte un fluide (ré-injection
de l'eau produite diluée ou non, injection d'eau de mer ou de rivière, ou encore injection
de gaz, par exemple) au sein du réservoir hydrocarboné, en vue d'exercer au sein du
réservoir une surpression propre à entraîner le pétrole vers le ou les puits de production.
Une technique usuelle dans ce cadre est l'injection d'eau (désignée également par
le terme anglais « waterflooding »), dans laquelle de grands volumes d'eau sont injectés
sous pression dans le réservoir via des puits injecteurs. L'eau injectée entraîne
une partie du pétrole qu'elle rencontre et le pousse vers un ou plusieurs puits producteurs.
Les méthodes secondaires de production telles que l'injection d'eau ne permettent
toutefois d'extraire qu'une partie relativement faible des hydrocarbures en place
(typiquement de l'ordre de 30%). Ce balayage partiel est dû notamment au piégeage
de l'huile par les forces capillaires, aux différences de viscosité et de densité
existant entre le fluide injecté et les hydrocarbures en place, ainsi qu'à des hétérogénéités
à des échelles micro- ou macroscopiques (échelle des pores et aussi échelle du réservoir).
[0004] Pour essayer de récupérer le reste du pétrole, qui demeure dans les formations souterraines
à l'issue de la mise en oeuvre des méthodes primaires et secondaires de production,
il existe différentes techniques dites de récupération assistée (connue sous l'acronyme
« EOR », correspondant à « Enhanced Oil Recovery »). Parmi ces techniques, on peut
citer des techniques s'apparentant à l'injection d'eau précitée, mais employant une
eau comprenant des additifs tels que, par exemple, des agents tensio-actifs solubles
dans l'eau (on parle alors de « surfactant flooding »). L'emploi de tels agents tensio-actifs
induit notamment une diminution de la tension interfaciale eau/pétrole, ce qui est
propre à assurer un entraînement plus efficace du pétrole piégé au niveau des constrictions
de pores.
[0005] On connaît également la récupération assistée par injection de gaz, miscibles ou
non (gaz naturel, azote ou CO2). Cette technique permet de maintenir la pression dans
le réservoir pétrolier au cours de son exploitation, mais peut aussi permettre, dans
le cas de gaz miscibles, de mobiliser les hydrocarbures en place et ainsi d'en améliorer
le débit. Un gaz couramment utilisé est le dioxyde de carbone lorsqu'il est disponible
à bas coût.
[0006] On connaît aussi des techniques alternatives reposant sur une injection de mousse
dans le réservoir pétrolier. Cette mousse résulte du mélange intime de gaz et d'une
solution d'un additif tensio-actif, ce dernier étant appelé« agent moussant » dans
la suite. En raison de sa viscosité apparente élevée, la mousse est considérée comme
une alternative au gaz comme fluide d'injection dans les réservoirs d'hydrocarbures.
La mobilité de la mousse (la mobilité d'un fluide est définie comme le rapport de
la perméabilité relative du fluide et de sa viscosité dynamique) est ainsi réduite
par rapport au gaz qui, lui, a tendance à ségréger et à percer rapidement aux puits
producteurs, notamment dans les réservoirs hétérogènes et/ou épais. La récupération
assistée par injection de mousse est particulièrement attractive car elle requiert
l'injection de volumes plus petits que pour d'autres procédés de récupération assistée
à base de fluides non moussants.
Technique antérieure
[0007] Les documents suivants seront cités au cours de la description :
Beunat V., Batôt G., Gland N., Pannacci N., Chevallier E., Cuenca A. (2019). Influence
of Wettability and Oil Saturation on the Rheological Behavior of CO2-Foams. Presented
at the EAGE 20th European Symposium on Improved Oil Recovery.
Gassara O., Douarche F., Braconnier B. , Bourbiaux B. (2017), Equivalence Between
Semi-empirical and Population-Balance Foam Models. Transport in Porous Media. 120:
473. https://doi.org/10.1007/s1 1242-017-0935-8
Gassara O., Douarche F., Braconnier B. , Bourbiaux B. (2019). Calibrating and Scaling
Semi-empirical Foam Flow Models for the Assessment of Foam-Based EOR Processes (in
Heterogeneous Reservoirs). Transport in Porous Media. https://doi.org/10.1007/s11242-018-01223-5
Leeftink, T., Latooij, C., & Rossen, W. (2015). Injectivity errors in simulation of
foam EOR. Journal of Petroleum Science and Engineering, 126, 26-34.
Peaceman, D. (1978). Interpretation of Well-Block Pressures in Numerical Reservoir
Simulation. Society of Petroleum Engineers Journal, 18(03), 183-194.
van Poolen, H., Bixel, H., & Jargon, J. (1970). Individual Well Pressures in Reservoir
Modeling. Oil and Gas Journal, 78-80.
van Poolen, H., Breitenbach, E., & Thurnau, D. (1968). Treatment of Individual Wells
and Grids in Reservoir Modeling. Society of Petroleum Engineers Journal, 341-346.
[0008] L'exploitation pétrolière d'un gisement consiste à déterminer les zones du gisement
présentant le meilleur potentiel pétrolier, à définir des schémas d'exploitation pour
ces zones (afin de définir le type de récupération, le nombre et les positions des
puits d'exploitation permettant une récupération d'hydrocarbures optimale), à forer
des puits d'exploitation et, de façon générale, à mettre en place les infrastructures
de production nécessaires au développement du gisement.
[0009] Dans le cas d'une récupération assistée par injection de mousse, la définition d'un
schéma d'exploitation d'un réservoir pétrolier peut nécessiter de simuler numériquement,
de la façon la plus réaliste possible, les écoulements en présence de mousse dans
le réservoir considéré. Une telle simulation est réalisée à l'aide d'un simulateur
d'écoulement comprenant un modèle de déplacement de la mousse.
[0010] Un tel modèle peut nécessiter d'évaluer les performances de la mousse en termes de
réduction de mobilité. En général, cette estimation passe par la réalisation d'expériences
de laboratoire consistant à mesurer les pertes de charge lors de déplacements de mousse
d'une part, d'eau et de gaz non moussant d'autre part dans un échantillon du réservoir
pétrolier. Puis, ce modèle de déplacement de la mousse, représentatif des écoulements
à l'échelle du laboratoire, est calibré à l'échelle du réservoir avant de réaliser
les simulations numériques des écoulements, afin de prédire le bénéfice procuré par
l'injection de la mousse en termes d'amélioration de l'efficacité de déplacement des
fluides en place.
[0011] On connait notamment le procédé décrit dans la demande
EP 18305032 (
US 15/887498) qui concerne une calibration du modèle de déplacement de la mousse. De cette manière,
on peut prédire de manière fiable, par simulation numérique, les écoulements de la
mousse dans un réservoir.
[0012] Toutefois, les mousses utilisées dans ce contexte sont « rhéofluidifiantes », c'est-à-dire
que leur viscosité diminue aux forts gradients de vitesse d'écoulement. Ces vitesses
d'écoulement ou gradients de vitesse sont généralement très élevés aux abords d'un
puits injecteur ; afin de les simuler de manière réaliste par simulation numérique,
il convient d'utiliser des maillages de haute résolution spatiale. Si tel n'est pas
le cas, autrement dit en cas de maillage insuffisamment résolu pour simuler de manière
fiable les écoulements aux abords de puits, il y a un risque de sous-estimation de
la vitesse des fluides aux abords du puits, ce qui peut conduire à une mauvaise estimation
de la réduction de mobilité des fluides injectés, et donc à une mauvaise estimation
de l'injectivité des formulations. En pratique, les prévisions issues de simulations
biaisées par cet effet sous estiment les performances du procédé considéré (volume
de mousse injecté fortement sous-estimé par exemple). Par injectivité, on entend la
capacité d'un puits à débiter un fluide donné pour des conditions de fonctionnement
en terme de pression et/ou débit imposées.
[0013] Plus précisément, dans le cas d'une mousse aux propriétés rhéofluidifiantes, une
simulation numérique d'écoulement mise en oeuvre au moyen d'un maillage insuffisamment
résolu à l'échelle du puits peut conduire à une surestimation des pressions au niveau
des mailles où sont localisés les puits injecteurs (mailles puits). Ces surpressions
se traduisent par des performances dégradées d'injectivité (diminution du débit d'injection)
prédites par simulation. En effet, la sous-estimation des vitesses proches-puits conduit
à négliger localement le comportement rhéofluidifiant de la mousse injectée, avec
un impact négatif sur l'injectivité.
[0014] On connait notamment le document (Leeftink et al., 2015) qui met en évidence les
effets d'échelle sur l'injectivité en résolvant analytiquement le problème et en considérant
une configuration simplifiée. Toutefois, ce document ne propose pas une solution applicable
à la simulation numérique de réservoir.
[0015] La présente invention permet de pallier ces inconvénients. Plus précisément, l'invention
concerne une correction à appliquer à l'indice de productivité relatif aux mailles
traversées par les puits injecteurs, indice de productivité qui est une donnée d'entrée
d'un simulateur d'écoulement. Une telle correction permet de prédire ensuite, par
simulation numérique, une injectivité fiable dans le cas de mousses rhéofluidifiantes.
Résumé de l'invention
[0016] La présente invention concerne un procédé d'exploitation des hydrocarbures présents
dans un gisement, au moyen d'une injection d'une solution aqueuse comprenant un gaz
sous forme de mousse et d'un simulateur d'écoulement dans au moins un puits injecteur,
ledit simulateur d'écoulement reposant sur un modèle de déplacement dudit gaz sous
forme de mousse, ledit modèle de déplacement s'exprimant en fonction d'une fonctionnelle
de réduction de mobilité dudit gaz, ledit simulateur d'écoulement reposant sur un
modèle de déplacement dudit gaz sous forme de mousse, ledit modèle de déplacement
s'exprimant en fonction d'une fonctionnelle de réduction de mobilité dudit gaz, ladite
fonctionnelle s'exprimant en fonction d'un facteur de réduction de mobilité dudit
gaz et d'au moins une fonction d'interpolation dudit facteur de réduction de mobilité,
ladite fonction d'interpolation étant fonction d'au moins un paramètre relatif à au
moins une caractéristique de la mousse et d'au moins deux constantes, ledit au moins
un paramètre de ladite fonction d'interpolation correspondant au débit d'injection
dudit gaz,.
[0017] Selon l'invention, à partir d'au moins un échantillon de ladite formation, d'une
représentation maillée représentative dudit gisement, le procédé selon l'invention
comprend au moins les étapes suivantes :
A. on détermine ledit modèle de déplacement en déterminant ledit facteur de réduction
de mobilité dudit gaz et lesdites constantes de ladite fonction d'interpolation dudit
modèle de déplacement, à partir au moins de mesures de pertes de charge réalisées
au cours d'injections dans ledit échantillon dudit gaz sous forme non moussante et
dudit gaz sous forme de mousse pour une pluralité de valeurs dudit débit d'injection
dudit gaz ;;
B- pour chacune des mailles de ladite représentation maillée traversées par ledit
puits injecteur, on détermine un indice de productivité IP corrigé des effets rhéofluidifiants
de ladite mousse dans ladite maille selon une formule du type :

où IP0 est un indice de productivité déterminé en supposant que ladite solution aqueuse
comprenant ledit gaz sous forme de mousse est un fluide newtonien, et α est un facteur
correctif qui est fonction d'au moins une caractéristique de ladite solution aqueuse
comprenant ledit gaz sous forme de mousse ;
C. à partir dudit modèle de déplacement, dudit simulateur d'écoulement, de ladite
représentation maillée et desdits indices de productivité déterminés pour lesdites
mailles de ladite représentation maillée traversées par lesdits puits injecteur, on
détermine un schéma d'exploitation dudit gisement et on exploite lesdits hydrocarbures.
[0018] Selon une mise en oeuvre de l'invention, à partir de mesures de perméabilités relatives
conventionnelles audit gaz sous forme non moussante et de mesures de perméabilités
relatives conventionnelles à la phase aqueuse de ladite solution, on peut réaliser
l'étape A) selon au moins les sous-étapes suivantes :
- i. pour chacune desdites fonctions d'interpolation, on réalise une injection dans
ledit échantillon dudit gaz sous forme non moussante et dudit gaz sous forme de mousse
pour une pluralité de valeurs dudit paramètre relatif à ladite fonction, on mesure
respectivement une perte de charge avec mousse et une perte de charge sans mousse
pour chacune desdites valeurs dudit paramètre relatif à ladite fonction, et on détermine
au moins une valeur dudit paramètre relatif à ladite fonction d'interpolation maximisant
un rapport entre lesdites pertes de charge sans mousse et lesdites pertes de charge
avec mousse mesurées pour ladite fonction ;
- ii. à partir au moins desdites mesures de perte de charge avec mousse et sans mousse
réalisées pour lesdites valeurs desdits paramètres relatifs auxdites fonctions maximisant
ledit rapport, desdites mesures de perméabilités relatives conventionnelles audit
gaz sous forme non moussante et desdites mesures de perméabilités relatives conventionnelles
à ladite phase aqueuse, on détermine ledit facteur de réduction de mobilité et on
calibre lesdites constantes de chacune desdites fonctions d'interpolation.
[0019] Selon une mise en oeuvre de l'invention, ledit modèle de déplacement de la mousse
peut s'exprimer sous la forme :

où

est la perméabilité relative audit gaz sous forme de mousse pour une valeur de saturation
en gaz
Sg donnée,
Krg(
Sg) est la perméabilité relative audit gaz non moussant pour ladite valeur de saturation
en gaz
Sg, et
FM est ladite fonctionnelle s'exprimant sous la forme :

où
Mopt est ledit facteur de réduction de mobilité dudit gaz et
Fk est une desdites fonctions d'interpolation, avec k≥1.
[0020] Selon une mise en oeuvre de l'invention, lesdites fonctions d'interpolation peuvent
être au nombre de quatre et lesdits paramètres desdites fonctions sont une concentration
en agent moussant, une saturation en eau, une saturation en huile, et ledit débit
d'injection dudit gaz.
[0021] Selon une mise en oeuvre de l'invention, on peut calibrer lesdites constantes d'au
moins une desdites fonctions d'interpolation par une méthode des moindres carrés,
telle qu'une méthode inverse basée sur une minimisation itérative d'une fonction objectif.
[0022] Selon une mise en oeuvre de l'invention, après que l'étape i) ait été appliquée pour
chacune desdites fonctions d'interpolation et avant l'étape ii), on peut réaliser
une injection dans ledit échantillon dudit gaz sous forme non moussante et dudit gaz
sous forme de mousse selon lesdites valeurs de chacun desdits paramètres maximisant
ledit rapport, on peut mesurer respectivement une perte de charge avec mousse et une
perte de charge sans mousse pour l'ensemble desdites valeurs desdits paramètres maximisant
ledit rapport, et on peut appliquer l'étape ii) à partir en outre desdites mesures
de perte de charge avec mousse et sans mousse réalisées pour ledit ensemble desdites
valeurs desdits paramètres maximisant ledit rapport.
[0023] Selon une mise en oeuvre de l'invention, on peut déterminer ledit indice de productivité
audit puits injecteur
IP0 selon la formule de Peaceman.
[0024] Selon une mise en oeuvre de l'invention, on peut déterminer ledit indice de productivité
IP0 en supposant que ladite solution aqueuse comprenant ledit gaz sous forme de mousse
est un fluide Newtonien selon la formule suivante :

où
rw est le rayon dudit puits injecteur,
h est la hauteur de ladite maille,
k la perméabilité du milieu poreux dudit gisement et où

est un rayon équivalent de ladite maille traversée par ledit puits dans une représentation
maillée à géométrie radiale.
[0025] Selon une mise en oeuvre de l'invention, ledit rayon

équivalent de ladite maille traversée par ledit puits peut être défini tel que :

où P représente l'évolution de la pression en fonction de la distance radiale r,
P0 désigne la pression assignée à ladite maille traversée par ledit puits, Q est le
débit d'injection dudit gaz, et µ est la viscosité dudit gaz.
[0026] Selon une mise en oeuvre de l'invention, ledit facteur correctif peut s'exprimer
selon la formule :

où λ
g est une mobilité associée à la phase gaz, λ
w est une mobilité associée à la phase aqueuse,
rw est le rayon dudit puits,
FM(
rw) est ladite fonctionnelle de réduction de mobilité du gaz jusqu'au rayon dudit puits,
et

est la moyenne du produit de ladite fonctionnelle de réduction de mobilité dudit
gaz par le rapport desdites mobilités associées à ladite phase gaz et à ladite phase
aqueuse, ladite moyenne étant estimée dans ladite maille traversée par ledit puits.
[0027] Selon une mise en oeuvre de l'invention, ledit facteur correctif peut s'exprimer
selon la formule :

où λ
g est une mobilité associée à la phase gaz, λ
w est une mobilité associée à la phase aqueuse,

est la moyenne du produit de ladite fonctionnelle de réduction de mobilité dudit
gaz par le rapport desdites mobilités associées à ladite phase gaz et à ladite phase
aqueuse, ladite moyenne étant estimée dans ladite maille traversée par ledit puits,
et
fg est la qualité de la mousse.
[0028] Selon une mise en oeuvre de l'invention, ledit facteur correctif peut s'exprimer
selon la formule :

où
fg est la qualité de la mousse.
[0029] En outre, l'invention concerne un produit programme d'ordinateur téléchargeable depuis
un réseau de communication et/ou enregistré sur un support lisible par ordinateur
et/ou exécutable par un processeur, comprenant des instructions de code de programme
pour la mise en oeuvre du procédé tel que décrit ci-dessus, lorsque ledit programme
est exécuté sur un ordinateur.
[0030] D'autres caractéristiques et avantages du procédé selon l'invention, apparaîtront
à la lecture de la description ci-après d'exemples non limitatifs de réalisations,
en se référant aux figures annexées et décrites ci-après.
Liste des figures
[0031]
La figure 1 présente des courbes de perméabilités relatives au gaz, à l'eau et à l'huile
et relatives à un exemple d'application du procédé selon l'invention.
La figure 2 présente une évolution dans le temps des vitesses d'écoulement de la phase
gaz en fond de puits estimées sur un premier maillage et sur un deuxième maillage.
La figure 3 présente des courbes d'évolution dans le temps de la pression en fond
du puits injecteur obtenues avec un indice de productivité déterminé selon l'art antérieur
et selon une mise en oeuvre de l'invention, ainsi qu' une courbe de référence d'évolution
dans le temps de la pression en fond du puits injecteur.
Description des modes de réalisation
[0032] De façon générale, l'un des objets de l'invention concerne un procédé d'exploitation
d'un gisement comportant des hydrocarbures, au moyen d'une injection d'une solution
aqueuse comprenant un gaz sous forme de mousse dans au moins un puits injecteur, et
notamment la détermination d'un schéma d'exploitation des hydrocarbures du gisement
étudié au moyen d'un simulateur d'écoulement.
[0033] En particulier, le procédé selon l'invention vise, à partir de mesures réalisées
en laboratoire, à déterminer un modèle de déplacement du gaz sous forme de mousse
ainsi qu'une correction à appliquer à l'indice de productivité du puits injecteur,
le modèle de déplacement de la mousse et l'indice de productivité étant des entrées
du simulateur d'écoulement.
[0034] Les définitions suivantes sont utilisées :
- mousse : il s'agit d'une phase dispersée dans une autre phase par l'adjonction d'un
agent moussant dans l'une des deux phases. L'une des phases peut être une solution
aqueuse et l'autre phase est un gaz, tel que du gaz naturel, de l'azote ou du CO2. L'écoulement de la mousse dans un milieu poreux est assimilable macroscopiquement
(à l'échelle d'un échantillon tel qu'une carotte) à l'écoulement d'une phase homogène
unique obéissant à la loi de Darcy monophasique, mais dont la viscosité, appelée «
viscosité apparente » ci-après, est bien supérieure (de l'ordre de 100 à 1000 fois
plus, voire plus encore) à celle du gaz qui la constitue pour l'essentiel. L'agent
moussant peut être un tensio-actif.
- qualité de la mousse : il s'agit du rapport entre le débit de gaz ug sur le débit total solution + gaz. Dans le cas où la solution est une solution aqueuse,
injectée selon un débit uw, on peut écrire la qualité de la mousse fg sous la forme :

Ainsi définis, les débits respectifs de la solution et du gaz déterminent une valeur
fg de la qualité de la mousse.
- indice de productivité d'un puits : il s'agit du ratio entre le débit total en conditions
de surface et la perte de charge entre le fond de puits et le réservoir. C'est une
grandeur couramment utilisée dans le domaine, et qui reflète le potentiel d'un puits.
Pour un puits injecteur, cet indice décrit la capacité du puits à injecter un ou plusieurs
fluide(s) pour des conditions en pression/débit données, c'est-à-dire son injectivité.
[0035] Le procédé selon l'invention requiert de disposer de :
- un échantillon de la formation souterraine étudiée, prélevé par carottage in situ
par exemple ;
- un simulateur d'écoulement reposant sur un modèle de déplacement du gaz sous forme
de mousse (cf. ci-dessous) ;
- de mesures de perméabilités relatives conventionnelles au gaz sous forme non moussante
et de mesures de perméabilités relatives conventionnelles à la phase aqueuse : il
peut s'agir de mesures réalisées expressément pour le besoin du procédé selon l'invention
(le spécialiste a parfaite connaissance de la manière de conduire de telles expériences
de laboratoire), mais il peut également s'agir de courbes pré-établies, ou encore
de fonctions analytiques calibrées à partir de corrélations bien connues du spécialiste.
[0036] Le procédé selon l'invention requiert de disposer d'un simulateur d'écoulement comportant
un modèle de déplacement de la mousse. Selon l'invention, le modèle de déplacement
de la mousse repose sur l'hypothèse que le gaz présent sous forme de mousse voit sa
mobilité réduite d'un facteur donné dans des conditions fixées de formation et d'écoulement
de la mousse. La formulation d'un tel modèle, utilisée par de nombreux simulateurs
d'écoulement, consiste en une modification des seules perméabilités relatives au gaz
lorsque le gaz est présent sous forme de mousse, ce qui, pour une saturation en gaz
Sg donnée, s'exprime selon une formule du type :

où

est la perméabilité relative au gaz sous forme de mousse, qu'on exprime comme le
produit d'une fonction
FM par la perméabilité relative au gaz non moussant
krg(
Sg) pour la même valeur de saturation en gaz
Sg (notée plus loin

). Une hypothèse sous-jacente aux modèles de mousse actuels est que la perméabilité
relative à l'eau (ou au liquide par extension) est supposée inchangée, que le gaz
soit présent sous forme de phase continue ou sous forme de mousse. Dans cette hypothèse,
la fonctionnelle de réduction de mobilité du gaz, notée
FM par la suite, s'exprime selon une formule du type :

où :

est un facteur (dit "optimal" dans la suite) de réduction de mobilité correspondant
au rapport des perméabilités relatives au gaz (krg) et à la mousse

dans des conditions (dites "optimales" dans la suite) permettant de réduire la mobilité
du gaz, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles les termes Fk(Vk) définis ci-dessous valent 1, soit :

- les termes Fk(Vk) (avec k égal ou supérieur à 1) sont les valeurs des fonctions Fk d'interpolation du facteur de réduction de mobilité entre la valeur

et 1, qui dépendent chacune d'un paramètre Vk relatif à au moins une caractéristique de la mousse, et qui font intervenir un certain
nombre de constantes de calibration à calibrer comme expliqué ci-après. De manière
classique, le paramètre Vk peut être notamment la concentration en agent moussant

la saturation en eau Sw, la saturation en huile S0, ou encore le débit de gaz ug..
[0037] Selon l'invention, le modèle de déplacement de la mousse comprend au moins une fonction
d'interpolation (classiquement notée
F4) dépendant d'un paramètre correspondant au débit d'injection (classiquement noté
V4). Selon une mise en oeuvre de l'invention, la fonction d'interpolation F
4 s'écrit selon une formule du type :

où :
- Nc est un nombre sans dimension exprimant le rapport entre forces visqueuses (liées
à l'écoulement du gaz) et forces capillaires à l'échelle locale, lequel rapport peut,
par exemple, être défini selon une formule du type

les variables intervenant dans le calcul de Nc étant la porosité φ, la qualité de la mousse fg, la vitesse d'écoulement ut (vitesse totale des deux phases constituant la mousse), la tension interfaciale eau-gaz
σgw (qui est fonction de la concentration en agent moussant

de la phase aqueuse), ainsi que la viscosité du gaz µg. L'exposant ec est une constante à calibrer.

est la valeur de référence du nombre capillaire Nc calculée pour le gradient de pression de référence (égal au gradient minimal appliqué
∇Pmin permettant de générer de la mousse en milieu poreux), c'est-à-dire encore pour la
qualité minimale permettant de générer la mousse soit :

[0038] Ainsi, selon l'invention, les constantes du modèle de déplacement de la mousse à
déterminer sont au moins le facteur de réduction de mobilité optimal

tel que défini selon les équation (2) et (3), la constante

et la constante
ec. Il est important de calibrer le modèle de déplacement de la mousse en fonction du
débit d'injection car, sans cela, la viscosité apparente de la mousse ne diminue pas
au voisinage des puits injecteurs, lieu de forts gradients de vitesse (caractère rhéofluidifiant
de la mousse), ce qui pourra avoir comme effet de sous-estimer les performances du
procédé considéré (volume de mousse injecté fortement sous-estimé par exemple).
[0040] De façon générale, on peut montrer qu'une fonction quelconque d'interpolation
Fk du paramètre
Vk peut s'écrire sous la forme :

où
Mmod(
Vk) est la réduction de mobilité pour une valeur
Vk du paramètre k impactant la mousse (et pour des valeurs optimales des autres paramètres
Vj, j étant différent de k) et où

est la réduction de mobilité obtenue pour la valeur optimale

du paramètre
Vk. Le procédé selon l'invention consiste ainsi, pour chaque paramètre
Vk impactant la mousse, à déterminer les facteurs
Mmod(
Vk) pour diverses valeurs de ce paramètre, ainsi que

puis à déterminer, à partir de ces facteurs, les constantes de la fonction d'interpolation
Fk considérée.
[0041] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention dans lequel la fonctionnelle
FM définie dans l'équation (2) fait intervenir les fonctions d'interpolation
F1, F2, F3 et
F4 définies aux équations (4') à (4), la détermination du modèle de déplacement de la
mousse peut avoir besoin de calibrer les 8 constantes suivantes :
es,
fw,
eo,
ec.
[0042] Selon l'invention, la détermination des constantes des fonctions d'interpolation
Fk intervenant dans l'équation (2) est réalisée via une calibration fonction d'interpolation
par fonction d'interpolation (et non pas globalement, pour l'ensemble des fonctions),
à partir de mesures expérimentales relatives à chacune des fonctions d'interpolation,
réalisées dans les conditions optimales établies pour les autres fonctions d'interpolation.
[0043] De manière classique, le simulateur d'écoulement selon l'invention requiert en entrée
une représentation maillée représentative du gisement, aussi appelée maillage du gisement,
ou encore modèle de réservoir. Il s'agit d'une sorte de maquette du sous-sol construite
dans le but de décrire aussi précisément que possible la structure, les propriétés
pétrophysiques et les propriétés des fluides du gisement étudié. Cette maquette est
généralement représentée sur un ordinateur, et consiste en un maillage ou grille,
chacune des mailles de cette grille comportant une ou plusieurs valeurs de propriétés
relatives au réservoir étudié (telles que porosité, perméabilité, saturation, faciès
géologique, pression etc). Un modèle de réservoir se doit de vérifier autant que possible
les propriétés collectées sur le terrain : les données de diagraphie mesurées le long
des puits, les mesures réalisées sur des échantillons de roche prélevés par exemple
par carottage, les données déduites de campagnes d'acquisition sismique, les données
de production comme les débits d'huile, d'eau, les variations de pression etc. Le
spécialiste en simulation de réservoir a pleine connaissance de méthodes pour construire
une telle représentation maillée d'un réservoir géologique. A noter que le modèle
de réservoir peut se confondre avec le modèle géologique lorsque la puissance informatique
est suffisante pour permettre des calculs numériques de simulation d'écoulement sur
une grille à mailles fines. Dans les autres cas, le spécialiste pourra avoir recours
à une technique d'« upscaling » (mise à l'échelle) afin de passer d'un modèle aux
mailles fines (le modèle géologique) à un modèle aux mailles plus grossières (le modèle
de réservoir). Cette étape d'upscaling peut être réalisée par exemple à l'aide du
logiciel CobraFlow™ (IFP Energies nouvelles, France).
[0044] Le procédé selon l'invention comporte au moins les étapes suivantes :
- 1. Mesures en laboratoire relatives à une fonction d'interpolation
1.1. Définition de valeurs du paramètre relatif à la fonction d'interpolation
1.2. Injections avec/sans mousse et mesures de pertes de charge
1.3. Détermination d'une valeur optimale de paramètre
- 2. Détermination d'un facteur de réduction de mobilité optimal relatif aux mesures
de laboratoires dans des conditions optimales
- 3. Détermination du modèle de déplacement de mousse
3.1. Détermination du facteur de réduction de mobilité optimal
3.2. Calibration des constantes des fonctions d'interpolation
- 4. Détermination d'un indice de productivité corrigé des effets rhéofluidifiants de
la mousse
4.1 Détermination d'un indice de productivité sous l'hypothèse d'un fluide newtonien
4.2 Correction des effets rhéofluidifiants de la mousse
- 5. Exploitation des hydrocarbures du gisement
[0045] L'étape 1 est appliquée au moins pour la fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection et peut être répétée pour chacune des fonctions d'interpolation
du modèle de déplacement de la mousse. L'étape 4 est appliquée pour au moins un des
puits injecteurs traversant le gisement.
[0046] Les différentes étapes du procédé selon l'invention sont détaillées ci-après.
1) Mesures en laboratoire relatives à une fonction d'interpolation
[0047] La première étape du procédé selon l'invention est décrite ci-après dans son cas
le plus général, c'est-à-dire pour toute fonction d'interpolation
Fk. Toutefois, selon l'invention, cette étape est au moins appliquée pour la fonction
d'interpolation
F4, qui dépend du paramètre
V4 correspondant au débit d'injection du gaz.
[0048] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, cette étape peut être répétée pour
chacune des fonctions d'interpolation intervenant dans le modèle de déplacement de
la mousse défini selon les équations (1) et (2).
[0049] De manière générale, cette étape est appliquée à chaque fonction d'interpolation
indépendamment l'une de l'autre. Dans un premier temps, on définit une pluralité de
valeurs du paramètre relatif à la fonction d'interpolation considérée, puis on réalise
une injection, dans ledit échantillon, du gaz sous forme non moussante et du gaz sous
forme de mousse selon les valeurs du paramètre relatif à la fonction d'interpolation
considérée, et on mesure respectivement une perte de charge avec mousse et une perte
de charge sans mousse pour chacune des valeurs du paramètre relatif à cette fonction.
Cette étape est détaillée ci-après pour une fonction d'interpolation
Fk donnée, et elle est au moins appliquée pour la fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection.
1.1. Définition de valeurs du paramètre relatif à une fonction d'interpolation
[0050] Au cours de cette sous-étape, il s'agit de définir une pluralité de valeurs
Vk,i (avec i compris entre 1 et I, et I > 1) du paramètre caractéristique
Vk de la fonction d'interpolation
Fk considérée.
[0051] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, il peut s'agir de définir une gamme
de valeurs de ce paramètre et un pas d'échantillonnage de cette gamme.
[0052] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, la pluralité de valeurs du paramètre
Vk relatif à la fonction d'interpolation
Fk considérée peuvent être définies parmi les valeurs possibles ou réalistes du paramètre
considéré (par exemple, une concentration massique d'agent moussant inférieure à 1%
dans tous les cas) et de façon à échantillonner de façon ad hoc la courbe représentative
de la fonction d'interpolation considérée (une fonction d'interpolation ayant un comportement
linéaire n'a pas besoin d'un nombre élevé de mesures, contrairement à d'autres types
de fonction). Le spécialiste en récupération assistée par injection de mousse a parfaite
connaissance de la façon de définir une pluralité de valeurs ad hoc des paramètres
de chacune des fonctions d'interpolation
Fk.
[0053] Selon l'invention, pour les mesures relatives à la fonction d'interpolation
F4 (cf. équation (4)), on choisit par exemple un débit d'injection sur carotte compris
entre 10 et 40 cm
3/h, avec un pas de 10 cm
3/h.
1.2. Injections avec/sans mousse et mesures de pertes de charge
[0054] Au cours de cette sous-étape, on réalise au moins deux séries d'expériences sur au
moins un échantillon de la formation souterraine pour la fonction d'interpolation
Fk considérée :
- injection de gaz sous forme non moussante (plus précisément une co-injection d'eau
et de gaz sous forme non moussante) dans l'échantillon considéré pour chacune des
valeurs Vk,i du paramètre Vk relatif à la fonction Fk considérée. Les débits de gaz et d'eau adoptés pour chacune de ces co-injections
sont les mêmes que les débits de gaz et d'eau injectés sous forme de mousse dans les
essais qui suivent ces co-injections. Selon l'invention, dans le cas de la fonction
d'interpolation F4 de l'équation (4), on fait uniquement varier le débit dans l'échantillon considéré,
les paramètres des autres fonctions d'interpolation F1, F2, F3 (par exemple, la concentration en agent moussant, la qualité de la mousse et la saturation
en huile) étant fixés. Au cours de chacune des expériences de cette première série,
on mesure une perte de charge (c'est-à-dire une différence de pression), que l'on
note

pour chaque valeur Vk,i ;
- injection de mousse : on répète la même expérience, pour les mêmes valeurs du paramètre
considéré (et au moins, selon l'invention, pour les mêmes valeurs du débit d'injection),
mais en injectant cette fois l'eau et le gaz sous forme de mousse. Au cours de chacune
des expériences de cette deuxième série, on mesure une perte de charge (c'est-à-dire
une différence de pression), que l'on note

pour chaque valeur Vk,i ;
[0055] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, les injections de gaz sous forme
non moussante et sous forme de mousse sont effectuées sur des échantillons de la formation
initialement saturés d'une phase liquide (telle que de l'eau et/ou de l'huile), celle-ci
pouvant être mobile ou résiduelle selon l'historique de la carotte et les objectifs
de mesure (contrôle de mobilité du gaz en injection secondaire ou tertiaire, après
injection d'eau). Les déplacements étudiés sont alors des processus de drainage dans
lesquels la saturation de la phase gaz croît dans tous les cas.
[0056] Selon une variante de mise en oeuvre de l'invention, on peut mesurer, en sus des
pertes de charge, les productions de phase liquide (eau et/ou huile) et de gaz, et
éventuellement, les profils de saturation en gaz durant la période transitoire du
déplacement et dans l'état stationnaire. Ces mesures facultatives permettent de valider
le modèle une fois les fonctions d'interpolation
Fk calibrées.
[0057] Selon une mise en oeuvre de l'invention, l'agent moussant choisi pour la mise en
oeuvre de l'invention est dissout dans une solution aqueuse à une concentration fixée,
de l'ordre du g/l par exemple. La solution ainsi préparée et le gaz (par exemple du
CO
2) sont injectés dans l'échantillon de roche. Selon l'invention Les injections sont
réalisées au moins pour différentes valeurs du débit d'injection.
[0058] Selon une mise en oeuvre de l'invention, on peut utiliser le montage expérimental
décrit dans le document (Beunat et al, 2019). Ce montage expérimental a été conçu
pour réaliser des mesures sur carottes. Il comprend trois pompes Vindum à double-pistons
utilisées pour l'injection des fluides dans le massif poreux à des débits constants.
La première pompe injecte des liquides (saumure ou solution tensio-active), la seconde
permet de remplir le milieu poreux d'huile et la troisième permet d'injecter le gaz
en utilisant une cellule de transfert. Le débit de gaz en sortie est mesuré à l'aide
d'un débitmètre gaz. Selon cette mise en oeuvre de l'invention, l'échantillon est
placé dans une cellule verticale. Les fluides sont ensuite introduits dans l'échantillon
par le sommet. Le débit des fluides dans l'échantillon est maintenu par pression de
confinement. La pression de pore quant à elle est contrôlée à l'aide d'un régulateur
de contre-pression connecté à la sortie de la cellule. Des transducteurs de différentiels
de pression permettent de mesurer des niveaux allant jusqu'à 20 bar. Selon cette mise
en oeuvre de l'invention, la co-injection de solution tensio-active et de gaz est
réalisée au niveau de la jonction en T à la tête d'injection. Dans cette configuration,
la mousse se forme in-situ. Un tel montage permet de contrôler la qualité
fg de la mousse, via le contrôle des débits des phases eau et gaz. Ainsi le montage
expérimental selon ce mode de mise en oeuvre de l'invention permet de réaliser des
mesures à qualité constante (en régime stabilisé). Il est recommandé de travailler
à qualité constante pour étudier les effets de vitesse sur la viscosité apparente
d'une mousse car de faibles variations en qualité de la mousse peuvent avoir un fort
impact sur l'estimation de la viscosité apparente (cf. le document (Gassara et al,
2017)).
1.3. Détermination d'une valeur optimale de paramètre
[0059] Au cours de cette sous-étape, il s'agit de déterminer la valeur

que l'on nommera valeur optimale dans la suite, maximisant le rapport entre les pertes
de charge sans mousse

et les pertes de charge avec mousse

relatives à la fonction d'interpolation
Fk considérée et mesurées au cours de la sous-étape précédente. Ainsi, si on note

le rapport des pertes de charge mesurées en présence et en l'absence de mousse pour
la valeur
Vk,i du paramètre
Vk, soit

on peut alors définir la valeur optimale

comme la valeur
Vk,i qui maximise

dont la valeur est alors notée comme suit :

[0060] Selon l'invention, l'étape 1 telle que décrite ci-dessus est appliquée au moins pour
la fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection. Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, l'étape
1 telle que décrite ci-dessus peut être répétée pour chacun des paramètres
Vk relatifs à chacune des fonctions d'interpolation
Fk prises en considération pour la mise en oeuvre du procédé selon l'invention. Ainsi
à l'issue d'une telle répétition, on obtient une valeur optimale

pour chaque paramètre
Vk.
[0061] Par la suite, on appelle « conditions optimales » l'ensemble des valeurs

déterminées à l'issue de l'étape 1, celle-ci étant le cas échéant répétée pour chacune
des fonctions d'interpolation prises en considération pour la mise en oeuvre du procédé
selon l'invention.
[0062] Selon une mise en oeuvre de l'invention selon laquelle le modèle de déplacement de
la mousse peut faire intervenir uniquement la fonction d'interpolation
F4 telle que définie par l'équation (4) ci-dessus, les conditions optimales décrites
ci-dessus correspondent à la valeur V
4,i du paramètre V
4 maximisant le rapport des pertes de charge mesurées en présence et en l'absence de
pertes de charge avec et sans mousse tel que décrit à l'étape 1.2.
2. Détermination d'un facteur de réduction de mobilité optimal relatif aux mesures
de laboratoires dans des conditions optimales
[0063] Selon une mise en oeuvre de l'invention selon laquelle le modèle de déplacement de
la mousse fait intervenir au moins deux fonctions d'interpolation (autrement dit au
moins une fonction d'interpolation en plus de la fonction d'interpolation
F4), cette étape consiste à réaliser des injections de gaz sous forme non moussante
et de gaz sous forme de mousse, (de manière similaire à la sous-étape 1.2), mais cette
fois dans les conditions dites "optimales" déterminées à l'issue de la sous-étape
1.3. Pour rappel, la sous-étape 1.3 est répétée le cas échéant pour chacune des fonctions
d'interpolation prises en considération pour la définition du modèle de déplacement
de la mousse. Plus précisément, on réalise les mesures suivantes :
- injection de gaz sous forme non moussante (plus précisément une co-injection d'eau
et de gaz sous forme non moussante) dans l'échantillon considéré, cette injection
étant réalisée dans les conditions optimales (définies par l'ensemble des valeurs
optimales

déterminées pour chaque paramètre Vk déterminées à l'issue de l'étape 1, et au moins pour le paramètre V4). Au cours de cette première expérience, on mesure une perte de charge (c'est-à-dire
une différence de pression), que l'on note

par la suite ;
- injection de mousse (c'est-à-dire une injection de gaz et d'eau, avec une adjonction
d'un agent moussant dans l'une des phases eau ou gaz) dans l'échantillon considéré,
cette injection étant réalisée dans les conditions optimales (définies par l'ensemble
des valeurs optimales

déterminées pour chaque paramètre Vk, et au moins pour le paramètre V4) déterminées à l'issue de l'étape 1. Au cours de cette deuxième expérience, on mesure
une perte de charge (c'est-à-dire une différence de pression), que l'on note

par la suite.
[0064] Par la suite, on notera

le facteur de réduction de mobilité, dit "optimal", relatif aux mesures de laboratoire
dans les conditions dites "optimales", défini par une formule du type :

[0065] Selon une mise en oeuvre de l'invention selon laquelle le modèle de déplacement de
la mousse fait intervenir uniquement la fonction d'interpolation
F4 telle que définie par l'équation (4) ci-dessus, le facteur de réduction de mobilité
(dit "optimal) relatif aux mesures de laboratoire dans les conditions optimales correspond
à la valeur maximale du rapport des pertes de charge mesurées en présence et en l'absence
de pertes de charge avec et sans mousse tel que décrit à l'étape 1.2. Aucune mesure
supplémentaire n'est donc requise pour cette mise en oeuvre de l'invention.
3) Détermination des paramètres du modèle de déplacement de la mousse
[0066] Au cours de cette étape, il s'agit de déterminer les paramètres d'un modèle de déplacement
de la mousse fonction d'au moins le facteur de réduction de mobilité du gaz "optimal"
et d'au moins la fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection (cf. les équations (1), (2), (3) et (4) décrites ci-dessus).
Cette étape est toutefois décrite dans son cas le plus général, pour une fonction
Fk quelconque.
3.1) Détermination du facteur de réduction de mobilité optimal
[0067] Au cours de cette sous-étape, il s'agit, à partir des mesures de perte de charge
réalisées dans les conditions optimales, de mesures de perméabilités relatives conventionnelles
au gaz sous forme non moussante et de mesures de perméabilités relatives conventionnelles
à la phase aqueuse, de déterminer un facteur de réduction de mobilité optimal, c'est-à-dire
le facteur de réduction des perméabilités relatives au gaz lorsque, présent à une
saturation donnée au sein du milieu poreux, il circule sous forme de mousse ou sous
forme de phase continue (en présence d'eau).
3.2) Calibration des constantes des fonctions d'interpolation
[0069] Au cours de cette sous-étape, on calibre les constantes de chacune des fonctions
d'interpolation
Fk considérées, et au moins les constantes relatives à la fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection, à partir du facteur de réduction de mobilité optimal

des mesures de perte de charge relatives à la fonction d'interpolation considérée,
des mesures de perméabilités relatives conventionnelles au gaz sous forme non moussante
et des mesures de perméabilités relatives conventionnelles à la phase aqueuse.
[0070] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, on peut appliquer préalablement la
procédure décrite à la sous-étape 3.1aux rapports des pertes de charge

mesurées en présence et en l'absence de mousse pour les différentes valeurs
Vk,i du paramètre
Vk. Ainsi, on détermine des facteurs de réduction de mobilité

relatifs aux valeurs
Vk,i du paramètre
Vk selon une formule du type :

où la saturation en gaz en présence de mousse

pour la valeurs
Vk,i du paramètre
Vk est obtenue selon une formule du type :

Avantageusement, cette opération est répétée pour chacune des fonctions d'interpolation
Fk. Puis on calibre les constantes de chacune des fonctions d'interpolation
Fk considérées, à partir du facteur de réduction de mobilité optimal

et des valeurs des facteurs de réduction de mobilité

relatifs à chaque fonction d'interpolation déterminés tel que décrit ci-dessus.
Selon l'invention, on calibre au moins les constantes de la fonction F
4. Notamment on détermine une valeur de l'exposant e
c qui ajuste au plus près les valeurs de

correspondant aux valeurs
V4,i du paramètre étudié (débit d'injection), ce qui se formule comme suit :

[0071] Selon un mode de mise en oeuvre de l'invention, cette calibration, fonction d'interpolation
par fonction d'interpolation, peut s'effectuer par une méthode des moindres carrés,
comme par exemple une méthode inverse basée sur la minimisation itérative d'une fonction
objectif. Le spécialiste a parfaite connaissance de telles méthodes. Avantageusement,
la mise en oeuvre d'une méthode des moindres carrés, et en particulier la minimisation
itérative d'une fonction objectif, est réalisée au moyen d'un ordinateur.
[0072] Selon un autre mode de mise en oeuvre de l'invention, on peut procéder à une telle
calibration, fonction d'interpolation par fonction d'interpolation, de manière graphique.
Le spécialiste a parfaite connaissance de telles méthodes de calibration de constantes
d'une fonction à partir d'une série de valeurs de ladite fonction.
[0073] Ainsi, à l'issue de cette étape, on dispose d'un modèle de déplacement de la mousse
calibré au moins pour la fonction d'interpolation relative au débit d'injection (fonction
F4), et apte à être utilisé par un simulateur d'écoulement ad hoc.
4) Détermination d'un indice de productivité corrigé des effets rhéofluidifiants de
la mousse
[0074] Au cours de cette étape, il s'agit de déterminer un indice de productivité tenant
compte des propriétés rhéofluidifiantes de la mousse, et ce pour chacune des mailles
de la représentation maillée du gisement traversées par le puits injecteur. Avantageusement,
cette étape est en outre répétée pour chacun des puits injecteurs du gisement.
[0075] Par la suite, on appelle "maille puits" une maille de la représentation maillée du
gisement traversée par un puits injecteur. En simulation d'écoulement dans un gisement,
les dimensions d'une maille puits sont de l'ordre de 50 m x 50 m dans un plan horizontal
(et de l'ordre de 10 m dans un plan vertical), ce qui est bien supérieur au rayon
réel d'un puits (de l'ordre de la dizaine de centimètres). Dans les calculs de l'indice
de productivité d'une maille puits selon l'art antérieur, il est supposé que la viscosité
du fluide injecté est constante sur la maille puits (hypothèse d'un fluide newtonien),
ce qui n'est pas vrai pour des fluides rhéofluidifiants tels que la mousse. Une telle
approximation conduit à des erreurs notamment de l'estimation des pressions dans le
puits.
[0076] La présente étape est appliquée pour chacune des mailles de la représentation maillée
du gisement traversées par un puits injecteur, ou autrement dit, pour chaque maille
puits. Pour une maille puits donnée, la présente étape consiste à déterminer un premier
indice de productivité pour la maille puits en considérant le fluide injecté comme
un fluide newtonien, puis à appliquer un facteur correctif à ce premier indice de
productivité, de manière déterminer un deuxième indice de productivité tenant compte
des propriétés rhéofluidifiantes de la mousse. Selon l'invention, le facteur correctif
est fonction d'au moins une caractéristique du fluide injecté, c'est-à-dire de la
solution aqueuse comprenant le gaz sous forme de mousse. Avantageusement, cette étape
est répétée pour chaque puits injecteur du gisement.
4.1) Détermination d'un indice de productivité sous l'hypothèse d'un fluide newtonien
[0077] Selon une première variante de l'invention, on utilise la formule classique de Peaceman
(cf. le document (Peaceman, 1978)) pour déterminer un indice de productivité dans
la maille puits en supposant que le fluide injecté dans le puits injecteur est un
fluide newtonien. Cette formule peut s'écrire sous la forme :

où
rw désigne le rayon (réel) du puits,
h la hauteur de la maille,
k la perméabilité du milieu poreux formant le gisement, et où

est le rayon équivalent de la maille puits dans une représentation maillée à géométrie
radiale dudit gisement (autrement dit, il s'agit du rayon qui serait celui de la maille
puits si on considérait un maillage à géométrie radiale au lieu d'un maillage cartésien
; ce rayon est aussi appelé rayon de drainage dans le domaine). De manière physique,
cet indice de productivité est défini, à la viscosité µ du fluide près, comme le facteur
de proportionnalité entre le débit du puits Q et la différence de pression entre la
pression de la maille puits P
0 et la pression en fond de puits
Pf. En d'autres termes, il s'agit du facteur qui permet de calculer d'identifier la pression
P
0 de la maille puits à partir de la pression en fond de puits P
f selon la formule :

En pratique, un simulateur d'écoulement dans un gisement utilise les formules (17)
et (17') pour déterminer la pression P
0 de la maille puits, à partir du débit Q, de la pression en fond de puits P
f, de la hauteur h, du rayon réel r
w du puits et du rayons équivalent

[0078] De manière générale, le document (Peaceman, 1978) définit un rayon équivalent

tel que l'évolution de la pression P en fonction de la distance radiale r s'exprime
:

où
P0 désigne la pression assignée à la maille puits, Q est le débit d'injection, et µ
est la viscosité du fluide injecté.
[0079] Selon une mise en oeuvre de l'invention, dans le cas d'un maillage cartésien ayant
des mailles de dimensions Δx et Δy dans un plan horizontal, on peut déterminer le
rayon équivalent

selon la formule suivante :

[0080] Selon une mise en oeuvre de l'invention, dans le cas d'un maillage cartésien (2D
ou 3D) formé de mailles carrées et dans le cas d'un schéma numérique à 5 points,

peut s'écrire

où Δx est le pas d'espace du maillage régulier dans un plan horizontal.
[0081] Selon une mise en oeuvre de l'invention, dans le cas d'un maillage cartésien (2D
ou 3D) formé de mailles carrées et dans le cas d'un schéma à 9 points,

peut s'écrire

=
a Δx, où Δx est le pas d'espace du maillage régulier dans un plan horizontal et
a est un nombre qui peut se calculer selon l'aire de la section de passage des liaisons
diagonales. Par exemple, si le côté de la section de passage des liaisons diagonales
est égal à la diagonale de la maille carrée de côté Δx,
a peut se calculer comme

[0082] Selon une deuxième variante de l'invention, on peut déterminer l'indice de productivité
dans la maille puits par une prise de moyenne de la pression sur la maille puits en
écoulement radial, tel que décrit dans les documents (van Poolen et al. 1968 ; van
Poolen et al., 1970).
4.2) Correction des effets rhéofluidifiants de la mousse
[0083] Selon l'invention, on détermine un facteur correctif à appliquer à l'indice de productivité
déterminé à la sous-étape ci-dessus (c'est-à-dire en considérant le fluide injecté
comme un fluide Newtonien), de manière à tenir compte des propriétés rhéofluidifiantes
de la mousse. Autrement dit, on détermine un facteur correctif α tel que l'indice
de productivité IP pour une mousse rhéofluidifiante puisse s'écrire :

où
IP0 est l'indice de productivité déterminé à la sous-étape précédente, et pour lequel
le fluide injecté est considéré comme un fluide Newtonien, et α est un facteur correctif
qui est fonction d'au moins une caractéristique du fluide injecté dans le puits injecteur
(c'est-à-dire la solution aqueuse comprenant un gaz sous forme de mousse).
[0084] Selon une mise en oeuvre de l'invention, l'équation (18) peut s'écrire :

où λ
g et λ
w désignent respectivement une mobilité associée à la phase gaz (et pouvant s'exprimer
comme le rapport de la perméabilité au gaz sur la viscosité du gaz) et une mobilité
associée à la phase eau (et pouvant s'exprimer comme le rapport de la perméabilité
à l'eau sur la viscosité de l'eau),
rw représente le rayon (réel) du puits,
FM(
rw) représente la fonctionnelle de réduction de mobilité du gaz en proche puits calibrée
tel que décrit à l'étape 2 ci-dessus et

la moyenne du produit de la fonctionnelle de réduction de mobilité par le rapport
des mobilités associées à la phase gaz et à la phase aqueuse, la moyenne étant estimée
dans la maille puits (et que l'on peut par exemple estimer par intégration entre le
rayon du puits et la maille puits). Ainsi, le facteur correctif selon cette mise en
oeuvre de l'invention permet d'intégrer la variabilité de la viscosité du fluide injecté
dans moyenne réalisée dans la maille puits, ce qui permet de calculer correctement
l'indice de productivité du puits injecteur. En effet, l'indice de productivité corrigé
des effets rhéofluidifiants dépend ici des valeurs de la fonctionnelle FM et des mobilités
des fluides injectés.
[0085] Selon une mise en oeuvre de l'invention selon laquelle on suppose que les mobilités
λ
g et λ
w sont directement contrôlées par la qualité de la mousse
fg, laquelle est constante du fait que les mesures de laboratoire ont été réalisées
à débit d'injection constant, on peut déterminer un indice de productivité IP corrigé
des propriétés rhéofluidifiantes de la mousse selon une formule du type :

[0086] Selon une autre mise en oeuvre de l'invention selon laquelle on suppose que les
FM « 1 pour
rw ≤
r ≤
r'
0, on peut déterminer un indice de productivité IP corrigé des propriétés rhéofluidifiantes
de la mousse selon une formule du type :

[0087] Selon une variante de mise en oeuvre de l'invention, on peut corriger en outre l'indice
de productivité déterminé selon l'une quelconque des mises en oeuvre décrites ci-dessus
au moyen d'une simulation numérique d'écoulement réalisée sur une représentation maillée
dont la dimension des mailles au moins autour du puits est déterminée de manière à
reproduire les vitesses d'écoulement locales au puits. Plus précisément, au moyen
d'une simulation numérique d'écoulement réalisée sur une représentation maillée dont
la dimension des mailles au moins autour du puits est déterminée de manière à reproduire
les vitesses d'écoulement locales au puits, on détermine un indice de productivité
au puits de référence et on applique une correction supplémentaire à l'indice de productivité
déterminé tel que décrit ci-dessus fonction de l'indice de productivité prédit numériquement.
Selon une mise en oeuvre de l'invention, on utilise un multiplicateur pour corriger
numériquement l'indice de productivité déterminé tel que décrit ci-dessus.
5) Exploitation des hydrocarbures
[0088] Au cours de cette étape, il s'agit de déterminer au moins un schéma d'exploitation
des hydrocarbures contenus dans le gisement. De manière générale, un schéma d'exploitation
comprend un nombre, une géométrie et une implantation (position et espacement) des
puits injecteurs et producteurs. Dans le cas d'une récupération assistée des hydrocarbures
par injection d'un gaz sous forme de mousse, le type de gaz injecté dans la formation
étudiée et/ou le type d'agent moussant adjoint à ce gaz, ou encore la quantité d'agent
moussant peuvent être précisés. Un schéma d'exploitation d'un réservoir d'hydrocarbures
doit par exemple permettre un fort taux de récupération des hydrocarbures piégés dans
le réservoir géologique, sur une longue durée d'exploitation, et nécessiter un nombre
de puits injecteurs et/ou producteurs limité. Ainsi, le spécialiste prédéfinit des
critères d'évaluation selon lesquels un schéma d'exploitation des hydrocarbures contenus
dans le gisement est considéré comme suffisamment performant pour être mis en oeuvre
sur le gisement étudié.
[0089] Selon l'invention, la détermination du schéma d'exploitation des hydrocarbures de
la formation est réalisée à l'aide d'un simulateur d'écoulement, du modèle de déplacement
de la mousse déterminé tel que décrit aux étapes 1 à 3, et des indices de productivité
déterminés à l'étape 4. Un exemple de simulateur d'écoulement (aussi appelé simulateur
de réservoir) permettant la prise en compte d'un modèle de déplacement de la mousse
est le logiciel PumaFlow® (IFP Energies nouvelles, France). Selon l'invention, à tout
instant t de la simulation, le simulateur d'écoulement résout l'ensemble des équations
d'écoulement propres à chaque maille de la représentation maillée du gisement et délivre
des valeurs solutions des inconnues (saturations, pressions, concentrations, température,...)
prédites à cet instant t. De cette résolution, découle la connaissance des quantités
d'huile produites et de l'état du gisement (distribution des pressions, saturations,
etc...) à l'instant considéré. Selon une mise en oeuvre de l'invention, on peut définir
différents schémas d'exploitation des hydrocarbures du gisement étudié et on estime,
à l'aide du simulateur d'écoulement intégrant le modèle de déplacement de la mousse
déterminé à l'issue de l'étape 3 et les indices de productivité déterminés à l'étape
4, par exemple la quantité d'hydrocarbures produit selon chacun des différents schémas
d'exploitation, la courbe représentative de l'évolution de la production dans le temps
au niveau de chacun des puits producteur etc.
[0090] Puis, une fois le schéma d'exploitation déterminé, les hydrocarbures piégés dans
le réservoir pétrolier sont exploités en fonction de ce schéma d'exploitation, notamment
au moins en forant les puits injecteurs et producteurs du schéma d'exploitation ainsi
déterminés, de manière à produire les hydrocarbures, et en installant les infrastructures
de production nécessaires au développement de ce gisement. L'exploitation des hydrocarbures
piégés dans le réservoir est en outre réalisée en injectant une mousse ayant des propriétés
(type d'agent moussant, concentration, qualité de la mousse par exemple) considérées
comme les plus favorables à la récupération des hydrocarbures piégés dans le gisement,
après simulation d'écoulement pour différentes valeurs de ces propriétés.
[0091] Il est bien entendu que le schéma d'exploitation peut être évolutif sur la durée
d'une exploitation des hydrocarbures d'un gisement, en fonction des connaissances
relatives au gisement acquises pendant l'exploitation, des améliorations dans les
différents domaines techniques intervenant lors d'une exploitation d'un gisement d'hydrocarbures
(améliorations dans le domaine du forage, de la récupération assistée par exemple).
[0092] Il est bien clair que le procédé selon l'invention comprend des étapes mises en oeuvre
au moyen d'un équipement (par exemple un poste de travail informatique) comprenant
des moyens de traitement des données (un processeur) et des moyens de stockage de
données (une mémoire, en particulier un disque dur), ainsi qu'une interface d'entrée
et de sortie pour saisir des données et restituer les résultats du procédé.
[0093] En particulier, les moyens de traitement de données sont configurés pour mettre en
oeuvre la simulation des écoulements au sein du gisement étudié, au moyen d'un simulateur
d'écoulement selon l'invention tel que décrit ci-dessus.
[0094] En outre, l'invention concerne un produit programme d'ordinateur téléchargeable depuis
un réseau de communication et/ou enregistré sur un support lisible par ordinateur
et/ou exécutable par un processeur, comprenant des instructions de code de programme
pour la mise en oeuvre du procédé tel que décrit précédemment, lorsque ledit programme
est exécuté sur un ordinateur.
Exemples
[0095] Les caractéristiques et avantages du procédé selon l'invention apparaîtront plus
clairement à la lecture de l'exemple d'application ci-après.
[0096] Le gisement considéré pour cet exemple d'application est situé en Afrique du Nord.
Ses principales caractéristiques, notamment pétrophysiques, sont données dans le Tableau
1. Après caractérisation pétrophysique, il apparait que ce gisement peut être modélisé
par une distribution homogène et isotrope de ses propriétés d'écoulement (porosité
et perméabilité notamment).
[0097] Les propriétés thermodynamiques des fluides en place sont données en Tableau 2. Le
système fluides-roche consiste en un système huile-eau sans gaz présent dans les conditions
du réservoir, le gisement se situant à tout moment à des pressions supérieures à la
pression de bulle. Les courbes classiques de perméabilités kr relatives au gaz, à
l'eau et à l'huile et relatives à ce gisement sont données en Figure 1.
Tableau 1
| Profondeur (m) |
3178 |
| Saturation en huile de la couche géologique perforée (-) |
0.2 |
| Porosité moyenne (-) |
0.08 |
| Perméabilité moyenne (mD) |
30 |
| Epaisseur (m) |
25 |
| Contact eau-huile (m) |
3380 |
| Température (°C) |
80 |
| Compressibilité de la roche (bar-1) |
7E-05 |
| Pression initiale (bar) |
180 bar à 3200 m |
Tableau 2
| Fluide |
Masse volumique (kg/m3) |
Viscosité (cP) |
| Huile |
865 |
1.6 |
| Eau |
1000 |
0.37 |
| Gaz |
0.987 |
0.0135 |
[0098] L'injection de mousse dans le gisement étudié est réalisée par co-injection in situ
de CO
2 et d'une saumure contenant un surfactant.
[0099] Un puits injecteur et un puits producteur ont été forés dans ce gisement. Le puits
injecteur, contrôlé par débit (150 m3/j) et qualité de mousse (80%) constants, est
perforé entre 3178 et 3203 m.
[0100] Pour cet exemple, on définit un modèle de déplacement fonction d'un facteur de réduction
de mobilité et d'une unique fonction d'interpolation, relative au débit d'injection
(fonction
F4) On réalise une série de mesures telles que décrites à l'étape 1 sur un échantillon
de roche provenant de ce gisement pour différentes valeurs du débit d'injection. Les
résultats de ces mesures sont présentés dans le Tableau 3. Les mesures de perte de
charge avec et sans mousse ont été réalisées à qualité constante et à débit d'injection
(du CO
2 et de la saumure) variable. On peut constater que le rapport de perte de charge est
maximum pour une valeur du débit d'injection valant 36.
Tableau 3
| Débit d'injection (cc/h) |
18 |
36 |
48 |
72 |
| Perte de charge avec mousse (bar) |
91 |
770 |
925 |
1170 |
| Perte de charge sans mousse (bar) |
25 |
63 |
89 |
136 |
| Rapport de perte de charge (-) |
3.6 |
12.2 |
10.4 |
8.6 |
[0101] Selon l'invention, à partir des mesures de pertes de charge avec et sans mousse réalisées
pour différentes valeurs du débit d'injection et notamment à partir de la valeur du
rapport de perte de charge maximale, on détermine les valeurs des constantes de la
fonction d'interpolation
F4 relative au débit d'injection ainsi que la valeur du facteur de réduction de mobilité
(dit optimal) tel que décrit à l'étape 3 ci-dessus. Les valeurs du facteur de réduction
de mobilité

de la constante
ec et la valeur de référence du nombre capillaire

sont données dans le Tableau 4.
Tableau 4

|
ec |

|
| 22000 |
0.5 |
1E-12 |
[0102] Le modèle de déplacement de la mousse ainsi calibré peut ensuite être utilisé dans
un simulateur d'écoulement en vue de déterminer un schéma d'exploitation de ce gisement.
[0103] A des fins illustratives, nous montrons ci-après que le procédé selon l'invention,
par la correction de son indice de productivité pour tenir compte des propriétés rhéofluidifiantes
de la mousse, permet une estimation fiable de la pression de fond de puits, même en
utilisant un maillage de résolution classique. Dans le cas du gisement étudié, cela
a un intérêt particulier puisque le seuil de sécurité pour ce gisement est de 500
bar, pression au-delà de laquelle il y a un risque de fracturation de la formation.
[0104] Ainsi, pour cet exemple, on souhaite estimer à quelle date une pression de fond limite
de 500 bar peut être atteinte. Une période d'injection de 200 jours est étudiée, pour
une concentration d'injection constante de 0.5 g/L d'agent moussant. On parle dans
le domaine d'un test d'injection ("injection test" en anglais) pour ce type de modélisation.
[0105] On construit un premier maillage représentatif de la région du gisement autour du
puits de résolution classique. Plus précisément, il s'agit d'un maillage radial 1D
constitué de mailles concentriques, réparties selon une première couronne de 22 km
de rayon dans laquelle les mailles sont espacées de 50 m entre elles, et selon une
deuxième couronne s'étalant de 22 km à 100 km par rapport au centre du puits injecteur
considéré, formée de mailles concentriques espacées de 100 m. De telles dimensions
des mailles sont classiques en simulation de réservoir.
[0106] On construit également un deuxième maillage à géométrie radiale 1D, à très haute
résolution. Plus précisément, ce maillage se compose de mailles concentriques, réparties
selon une première couronne allant jusqu'à une distance radiale de 200 m par rapport
au centre du puits et dans laquelle les mailles sont espacées de 10 cm, une deuxième
couronne allant jusqu'à une distance radiale de 2000 m par rapport au centre du puits
et dans laquelle les mailles sont espacées de 1 m, une troisième couronne allant jusqu'à
une distance radiale de 20 km par rapport au centre du puits et dans laquelle les
mailles sont espacées de 10m, puis une quatrième couronne s'étalant jusqu'à une distance
radiale de 100 km par rapport au centre du puits et formée de mailles concentriques
espacées de 100 m. Un tel maillage à très haute résolution ne peut être utilisé en
routine, car les temps de calcul d'une simulation de réservoir sur ce type de maillage
sont très élevés. En l'espèce, le temps de calcul pour modéliser les écoulements dans
le deuxième maillage est 18 fois supérieur au temps de calcul pour modéliser les écoulements
dans le premier maillage.
[0107] La Figure 2 présente une estimation de l'évolution dans le temps T des vitesses Vf
d'écoulement de la phase gaz en fond de puits estimées sur le premier maillage (courbe
Vf1) et sur le deuxième maillage (courbe Vf2). On peut observer que les valeurs des
vitesses de la phase gaz en maille puits sont très différentes en fonction de la résolution
du maillage, ce qui est dû aux propriétés rhéofluidifiantes de la mousse injectée.
[0108] Dans un premier temps, on simule l'évolution de la pression en fond du puits injecteur
au moyen du simulateur d'écoulement PumaFlow® (IFP Energies Nouvelles), du premier
maillage (de résolution classique) et d'un indice de productivité au puits injecteur
déterminé en négligeant les propriétés rhéofluidiantes de la mousse. Plus précisément,
on simule l'évolution de la pression en fond du puits injecteur en utilisant en entrée
du simulateur d'écoulement un indice de productivité selon la formule classique de
Peaceman. La courbe Pf0 en Figure 3 présente la courbe d'évolution dans le temps T
de la pression en fond du puits injecteur Pf obtenue avec l'indice de productivité
selon l'art antérieur.
[0109] Selon l'invention, on corrige l'indice de productivité déterminé selon l'art antérieur
en utilisant la formule selon une mise en oeuvre de l'invention décrite en équation
(21), soit :

[0110] Ainsi, le facteur correctif à appliquer à l'indice de productivité de Peaceman vaut
donc 5 pour une qualité de la mousse de 80%. Puis, on simule l'évolution de la pression
en fond du puits injecteur au moyen du simulateur d'écoulement PumaFlow® (IFP Energies
Nouvelles), du premier maillage (de résolution classique) et de l'indice de productivité
au puits injecteur corrigé pour tenir compte des propriétés rhéofluidiantes de la
mousse. La Figure 3 présente la courbe Pfinv représentative de l'évolution dans le
temps T de la pression en fond Pf de puits obtenue avec l'indice de productivité corrigé
selon l'invention.
[0111] La Figure 3 présente en outre une courbe Pfref représentative de l'évolution dans
le temps T de la pression Pf en fond de puits obtenue au moyen d'un indice de productivité
selon l'art antérieur, mais déterminée pour le deuxième maillage, c'est-à-dire le
maillage à résolution très fine. Cette courbe peut être considérée comme une courbe
de référence, se rapprochant au maximum des conditions réelles in situ.
[0112] La comparaison des courbes Pfinv, Pf0 et Pfref de la Figure 3 permet de conclure
que l'estimation de la pression de fond de puits selon l'invention permet de s'approcher
de la pression de fond de puits de référence, même lorsqu'un maillage de résolution
classique est utilisé, alors que l'écart entre la pression de fond prédite selon l'art
antérieur est très éloignée de la pression de fond de référence. En particulier, se
baser sur la courbe de pression de fond selon l'art antérieur (courbe Pf0 en Figure
3) conduirait à la conclusion que le seuil de sécurité (500 bar) relatif à la pression
de fond limite est atteint au bout de 29 jours d'injection, alors que, d'après la
courbe de pression de fond selon l'invention Pfinv, ce seuil n'est pas atteint pendant
la période d'injection de 200 jours envisagée, ce qui est par ailleurs en accord avec
la courbe de référence Pfref.
[0113] Ainsi, la correction de l'indice de productivité selon l'invention permet d'obtenir
des prédictions d'écoulement fiables par simulation numérique d'écoulement, sans avoir
à utiliser un maillage à haute résolution spatiale. Par conséquent, le procédé selon
l'invention permet d'utiliser un maillage de résolution classique pour la simulation
d'écoulement, et ainsi d'évaluer à moindre coût différents schémas d'exploitation
possibles du gisement.
[0114] Par ailleurs, l'invention permet d'adapter le schéma d'exploitation du gisement en
conséquence de l'injectivité plus élevée ainsi prédite, notamment au niveau des installations
en surface (pompes, centrifugeuses, etc.).