Domaine technique de l'invention
[0001] L'invention relève du domaine des matériaux, et notamment des matériaux définissant
l'aspect extérieur de pièces d'habillage d'horlogerie, de bijouterie, d'articles de
mode, ou plus généralement d'objets divers.
[0002] Plus particulièrement, l'invention concerne un procédé de dépôt d'un revêtement sur
un substrat.
Arrière-plan technologique
[0003] Les dépôts de couches minces sous atmosphère contrôlée sont couramment utilisés dans
l'industrie en général et dans les domaines horloger et bijoutier en particulier,
pour réaliser des revêtements ayant des applications esthétiques et/ou techniques.
[0004] Pour les applications esthétiques, les couches minces déposées peuvent être composées
de métaux nobles, tels que l'or (Au) et l'argent (Ag), ou d'alliages de métaux nobles.
Ces alliages de métaux nobles sont souvent composés d'une combinaison d'or, d'argent
et de cuivre (Cu), avec éventuellement des ajouts de platine (Pt) ou d'autres métaux
voisins. Dans ces alliages de métaux nobles, les atomes forment des liaisons métalliques
qui sont à l'origine de la couleur de l'alliage et de sa malléabilité.
[0005] Parmi les méthodes de dépôt de couches minces couramment utilisées se trouvent les
méthodes de dépôt physique en phase vapeur (connues sous le sigle en langue anglaise
« PVD », pour « Physical Vapor Déposition ») comprenant notamment la méthode de pulvérisation
cathodique et les méthodes d'évaporation ; les méthodes de dépôt chimique en phase
vapeur (connues sous le signe en langue anglaise « CVD » pour « Chemical Vapor Déposition
») ; les méthodes de dépôt de métaux par croissance galvanique ; et les méthodes de
dépôt de couches minces atomiques (connues sous le sigle en langue anglaise « ALD
», pour « Atomic Layer Déposition »).
[0006] Il existe en outre des composés intermétalliques, notamment de métaux nobles, offrant
une palette de couleurs élargie par rapport aux alliages nobles standards précités.
Par exemple, les composés intermétalliques Pt-Al jaune, Pt-Al-Cu orange ou rose, Au-AI
bleu, Au-In violet.
[0007] Dans ces composés intermétalliques, les atomes forment des liaisons covalentes fortes
qui sont à l'origine des couleurs particulières de ces composés, mais qui les rendent
durs et cassants sous leur forme massive. Ces composés intermétalliques sont donc
difficilement exploitables et effectivement peu exploités sous leur forme massive
car peu malléables et difficiles à mettre en forme.
[0008] Ces composés intermétalliques peuvent néanmoins être exploités sous forme de couches
plus ou moins minces en mettant en œuvre une des méthodes de dépôt de couches minces
sous vide précitées.
[0009] Par exemple, ces méthodes de dépôt peuvent être mises en œuvre pour déposer des couches
minces de composés intermétalliques formés à partir de métaux tels que Au, Al, Cu,
In ou Pt, comme les composés AuAl
2 ou PtAl
2.
[0010] Néanmoins, les couches minces de composés intermétalliques déposées par ces méthodes
sont hors équilibre thermodynamique et présentent une phase principalement amorphe
qui n'a pas la couleur désirée que lesdits composés intermétalliques de mêmes compositions
ont sous leur forme massive et cristalline, mais typiquement une couleur grise sans
intérêt esthétique particulier.
[0011] En effet, l'état thermodynamique des composés intermétalliques, et en particulier
leur cristallinité et/ou la présence de différentes phases, a un impact majeur sur
leur couleur pour une composition donnée.
[0012] Une étape de recuit de la couche in situ pendant le procédé de dépôt, typiquement
à 400°C, est donc mise en œuvre pour provoquer une cristallisation au moins partielle
de la couche de composé intermétallique ainsi déposée et obtenir la coloration de
la couche qui est propre à la phase cristalline dudit composé intermétallique pour
la composition donnée.
[0013] Les couches minces de composés intermétalliques restent en pratique très peu employées
dans la mesure où, bien qu'elles offrent des alternatives intéressantes en terme de
choix de couleurs par rapport aux couches minces d'alliages nobles standards, la mise
en œuvre de la méthode pour les déposer est longue et complexe du fait de la nécessité
de réaliser un recuit in situ des couches minces.
Résumé de l'invention
[0014] La présente invention résout les inconvénients précités.
[0015] À cet effet, l'invention concerne un procédé de dépôt d'un revêtement sur un substrat,
comportant successivement :
- une étape de dépôt d'une couche mince formée d'un composé intermétallique sur ledit
substrat, de sorte à obtenir une pièce d'habillage,
- une étape de recuit de la pièce d'habillage dans une enceinte dédiée.
[0016] Par rapport à l'état de l'art antérieur où le recuit s'effectue in situ pendant le
dépôt de la couche mince, l'invention offre l'avantage de pouvoir traiter un grand
nombre de substrats simultanément, par exemple dans un four de grande dimension, et
donc de réduire le temps du procédé par pièce. Cette approche permet aussi l'utilisation
de méthodes de dépôt de la couche mince qui n'autorisent pas le recuit in situ, du
moins pas sans complexifier le procédé et/ou l'équipement de manière rédhibitoire.
[0017] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'invention peut comporter en outre
l'une ou plusieurs des caractéristiques suivantes, prises isolément ou selon toutes
les combinaisons techniquement possibles.
[0018] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de dépôt de la couche mince
intermétallique est réalisée par la mise en œuvre d'une méthode de dépôt PVD parmi
la pulvérisation cathodique ou ionique, l'évaporation thermique, l'évaporation par
faisceau d'électrons ou par arc, ou l'ablation par faisceau laser pulsé.
[0019] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, le dépôt de la couche mince est réalisé
à partir d'au moins une cible composée d'un alliage d'au moins deux métaux ou d'au
moins deux cibles de métaux purs différents. Dans le cas de l'utilisation de cibles
de métaux purs, le dépôt de la couche mince est réalisé par co-pulvérisation cathodique
(connue sous le terme « co-sputtering » en langue anglaise), c'est-à-dire par pulvérisation
cathodique simultanée des au moins deux cibles de métaux purs différents, le composé
intermétallique se formant alors à la rencontre des au moins deux flux d'atomes sur
le substrat. Les puissances appliquées sur les au moins deux cibles sont choisies
de manière indépendante de sorte que les taux de pulvérisation des au moins deux différents
métaux résultent en la composition de couche désirée. Néanmoins, le taux de dépôt
des métaux varie en fonction de l'usure des cibles correspondantes et la composition
de la couche dérive en conséquence au fur et à mesure de l'exploitation desdites cibles.
Ces variations de taux de dépôt peuvent être compensées par une correction de la puissance
appliquée sur chacune des cibles en fonction de leur usure, soit manuellement sur
la base d'un tableau de calibration, soit automatiquement grâce à une boucle de rétroaction
basée sur une mesure in situ (par exemple, une mesure spectrale de l'émission optique
du plasma dans le cas de la pulvérisation cathodique).
[0020] Dans le cas de l'utilisation d'une cible alliée, la composition de ladite cible est
choisie de manière à obtenir directement la composition de couche désirée sur le substrat,
avec l'avantage de ne pas dépendre de l'usure de ladite cible alliée.
[0021] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de dépôt est réalisée de sorte
que la couche mince intermétallique présente une épaisseur comprise entre 20 et 1000
nm, de préférence entre 200 et 500 nm, et plus préférentiellement de 300 nm.
[0022] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de recuit est réalisée par
la mise en œuvre d'une opération de recuit global dans laquelle l'ensemble de la couche
mince intermétallique est traité thermiquement afin de la cristalliser et lui conférer
une couleur attendue.
[0023] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, la température à laquelle est soumise
la pièce d'habillage lors de l'opération de recuit global est comprise entre 200°C
et 500°C, et est de préférence sensiblement égale à 300°C, pendant une durée comprise
en 30 et 120 minutes, et de préférence de 60 minutes.
[0024] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de recuit global est réalisée
dans un four conventionnel sous atmosphère ambiante, préférentiellement sous atmosphère
protectrice d'un gaz inerte, i.e. l'argon (Ar), ou sous vide afin d'éviter toute interaction
chimique entre la couche mince intermétallique et l'atmosphère.
[0025] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de recuit est réalisée par
la mise en œuvre d'une opération de recuit localisé sur une zone prédéterminée de
la couche mince intermétallique. On obtient ainsi un contraste de couleurs entre la
zone non-recuite, amorphe et grise, et la zone recuite, cristallisée et colorée.
[0026] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de recuit est réalisée par
la mise en œuvre de l'opération de recuit localisé à la suite de l'opération de recuit
global.
[0027] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'opération de recuit localisé est
réalisée par le biais d'un laser dont le faisceau présente un diamètre compris entre
10 µm et 100 µm, voire entre 50 µm et 100 µm.
[0028] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'opération de recuit localisé est
réalisée par le biais d'un laser configuré pour émettre des impulsions dont la durée
est comprise entre 4 ns et 350 ns, de fréquence variable entre 10 kHz et 1 MHz.
[0029] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'opération de recuit localisé est
réalisée à atmosphère ambiante, préférentiellement dans une enceinte sous atmosphère
protectrice d'un gaz inerte, i.e. l'argon (Ar), ou sous vide afin d'éviter toute interaction
chimique entre la couche mince intermétallique et l'atmosphère.
[0030] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, l'étape de dépôt de la couche mince
peut être précédée d'une étape de structuration de surface dans laquelle la surface
du substrat est structurée, par exemple sur seulement une partie.
[0031] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, la partie de la surface du substrat
structurée correspond à la zone prédéterminée soumise à l'opération de recuit localisé,
un contraste d'aspect de surface s'additionnant alors au contraste de couleur pour
un effet esthétique avantageux.
[0032] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, la structuration est réalisée sur l'ensemble
de la surface du substrat qui sera couverte par la couche mince intermétallique.
[0033] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, le procédé comprend, à la suite de
l'étape de dépôt de couche mince intermétallique et de l'étape de recuit global et/ou
localisé, une étape de dépôt d'une couche de protection de la couche mince intermétallique
contre les agressions de l'environnement, dans laquelle la couche mince intermétallique
est recouverte d'un empilement de couches minces diélectriques déposées par l'une
ou plusieurs méthodes de dépôt sous vide, telles que par PVD, CVD ou ALD.
[0034] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, les épaisseurs et compositions des
couches minces diélectriques formant l'empilement de protection sont choisies de sorte
à ce que les effets optiques interférentiels desdites couches minces diélectriques
se compensent dans le but de conserver la couleur originale de la couche mince intermétallique.
[0035] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, les épaisseurs et compositions des
couches minces diélectriques formant l'empilement de protection sont choisies de sorte
à ce que les effets optiques interférentiels desdites couches minces diélectriques
modifient la couleur de la couche mince intermétallique de manière esthétiquement
avantageuse, par exemple en augmentant la saturation de la couleur ou en corrigeant
la teinte dans une direction choisie.
[0036] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, la couche de protection est une couche
de polymère translucide déposée par sprayage ou toute autre méthode connue de l'homme
du métier.
[0037] Dans des modes particuliers de mise en œuvre, la couche de protection est une couche
composite avec des combinaisons de couches polymères et diélectriques déposées par
les techniques connues de l'homme du métier.
[0038] L'invention concerne également, selon un autre aspect, un composant horloger comprenant
un substrat comprenant un revêtement déposé par la mise en œuvre du procédé précité.
Brève description des figures
[0039] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront à la lecture de
la description détaillée suivante donnée à titre d'exemple nullement limitatif, en
référence au dessin de la figure 1 représentant schématiquement une vue en coupe d'un
composant horloger, tel qu'une pièce d'habillage, comportant un substrat comprend
un revêtement déposé par la mise en œuvre d'un procédé de dépôt d'une couche intermétallique
selon la présente invention.
Description détaillée de l'invention
[0040] La présente invention concerne un procédé de dépôt d'un revêtement sur un substrat
100, ledit procédé comportant une étape de dépôt d'une couche mince intermétallique
110 sur le substrat 100 de sorte à obtenir une pièce d'habillage 10.
[0041] Le substrat 100 peut être réalisé dans tout matériau approprié, tel qu'en matériau
métallique, céramique, etc.
[0042] Le procédé comporte une étape de dépôt d'une couche mince intermétallique 110 sur
le substrat 100, suivie d'une étape de recuit de ladite pièce d'habillage 10 dans
une enceinte dédiée.
[0043] L'étape de dépôt de la couche mince intermétallique 110 est réalisée par la mise
en œuvre d'une méthode de dépôt PVD et plus particulièrement par la mise en œuvre
d'une des méthodes suivantes : pulvérisation cathodique ou ionique, évaporation thermique,
évaporation par faisceau d'électrons ou par arc, ou ablation par faisceau laser pulsé.
[0044] Le dépôt de la couche mince intermétallique 110 est réalisé à partir d'au moins deux
cibles composées chacune d'un métal propre et/ou à partir d'au moins une cible composée
d'un alliage d'au moins deux métaux.
[0045] Préférentiellement, pour simplifier la mise en œuvre de l'étape de dépôt de la couche
mince intermétallique 110, celle-ci est réalisée à partir d'une cible composée d'un
alliage d'au moins deux métaux. Par ailleurs, les résultats obtenus lors de tests
montrent que la composition de la couche mince intermétallique 110 est plus reproductible
lorsque l'étape de dépôt de la couche mince intermétallique 110 est mise en œuvre
à partir d'une unique cible composée d'un alliage de métaux.
[0046] A titre d'exemple non-limitatif, les métaux utilisés sont choisis parmi le Pt, Al,
Cu, In et Au, ou parmi des alliages de ces métaux.
[0047] Plus précisément, les métaux sont par exemple choisis de sorte que la couche mince
intermétallique 110 comporte une combinaison intermétallique Au-AI, Au-ln, Pt-Al,
ou Pt-Al-Cu.
[0048] L'étape de dépôt est réalisée de sorte que la couche mince intermétallique 110 mesure
entre 20 et 1000 nm d'épaisseur, de préférence entre 200 et 500 nm, et plus préférentiellement
300 nm. Ainsi, la couche mince intermétallique 110 est avantageusement opaque et présente
un bon compromis entre une épaisseur suffisamment importante pour que la couche mince
intermétallique 110 soit adaptée à résister à des contraintes mécaniques qu'elle est
susceptible de subir, et une épaisseur suffisamment faible pour que la consommation
de métaux nobles et que la durée de dépôt de la couche mince intermétallique 110 ne
soient pas trop élevées.
[0049] Le procédé de dépôt est mis en œuvre de sorte que la couche mince intermétallique
110 présente une phase amorphe suite à son dépôt.
[0050] Les paramètres de la méthode de dépôt PVD, notamment les puissances appliquées simultanément
sur les différentes sources, sont choisis de sorte que la couche mince intermétallique
110 obtenue ait une composition qui présente une couleur souhaitée après l'étape de
recuit.
[0051] À titre d'exemple non-limitatif, on peut déposer une couche mince intermétallique
Pt-Al-Cu par co-pulvérisation cathodique à partir de 3 cibles de Pt, Al et Cu purs
dont la composition est Pt 61.7%-masse, Al 18.3%-masse, Cu 20.0%-masse. En sortie
de dépôt, la couche mince intermétallique est faiblement cristallisée et sa couleur
est mesurée à (L*, a*, b*) = (77.5, 1.9, 2.6). Elle présente donc une couleur grise
très légèrement rosée mais sans grand avantage esthétique. Après recuit dans un four
à tube sous vide à 500°C pendant 2 heures, la couche se cristallise et prend une couleur
mesurée à (L*, a*, b*) = (78.2, 10.8, 20.8). Elle présente alors une couleur orange-rosé
très soutenue et esthétiquement avantageuse.
[0052] L'étape de recuit est avantageusement réalisée dans une enceinte dédiée, différente
de l'enceinte dans laquelle est réalisé le dépôt de la couche mince intermétallique
110, c'est-à-dire différente de la chambre de déposition dans laquelle est réalisé
le dépôt PVD.
[0053] L'étape de recuit a pour effet de modifier la phase de la couche mince intermétallique
110, en la faisant évoluer d'une phase amorphe à une phase cristalline.
[0054] Cette solution de la présente invention a l'avantage de pouvoir être mise en œuvre
par l'utilisation d'équipements standards se trouvant dans le commerce, et de ne pas
nécessiter la réalisation d'équipements spécifiques onéreux pour le recuit de la couche
in situ. En outre, l'étape de recuit peut être réalisée de manière simultanée pour
un grand nombre de pièces d'habillage 10 dans une même enceinte, ce qui tend à diminuer
la durée de réalisation du procédé par pièce d'habillage 10 et les coûts de fabrication.
[0055] L'étape de recuit peut être réalisée par la mise en œuvre d'une opération de recuit
global dans laquelle l'ensemble de la couche mince intermétallique 110, et par conséquent
l'ensemble de la pièce d'habillage 10, est traité thermiquement.
[0056] Dans le cas de l'opération de recuit global, l'enceinte dédiée est formée par un
four.
[0057] L'opération de recuit global est de préférence effectuée dans un four sous atmosphère
contrôlée, par exemple sous argon ou azote. Alternativement, l'opération de recuit
global est effectuée sous vide, la pression de travail se situant par exemple entre
10
-6 et 10
-2 mbar, et de préférence à 10
-4 mbar.
[0058] La température à laquelle est soumise la pièce d'habillage 10 lors de l'opération
de recuit global est par exemple comprise entre 200°C et 500°C, et est de préférence
sensiblement égale à 300°C. La durée de l'opération de recuit global est par exemple
comprise en 30 et 120 minutes, et est de préférence de 60 minutes.
[0059] Alternativement, l'étape de recuit peut être réalisée par la mise en œuvre d'une
opération de recuit localisé sur une zone prédéterminée 111 de la couche mince intermétallique
110.
[0060] L'opération de recuit localisé peut être réalisée sur la couche mince intermétallique
110 directement suite à son dépôt, c'est-à-dire lorsqu'elle présente une phase amorphe,
ou à la suite de l'opération de recuit global, dans laquelle le recuit est réalisé
sur l'ensemble de la pièce d'habillage 10.
[0061] Cette étape de recuit localisé a pour effet de modifier localement la couleur de
la couche mince intermétallique 110, afin de générer une décoration, par exemple sous
la forme d'indexes de cadrans, chiffres, logos, etc.
[0062] L'opération de recuit localisé est réalisée à l'aide d'un laser dont le faisceau
peut présenter un diamètre par exemple compris entre 10 µm et 100 µm, voire entre
50 µm et 100 µm. Le déplacement du faisceau laser est avantageusement contrôlé par
un système de balayage propre au laser et basé sur des axes mécaniques ou optiques
apportant une importante précision de la position du point d'impact du faisceau laser
sur la couche mince intermétallique 110.
[0063] Le faisceau laser a pour effet de générer localement, au niveau du point d'impact
avec la couche mince intermétallique 110, une élévation locale de la température conduisant
à un changement local de phase de ladite couche mince intermétallique 110, et par
conséquent à un changement local de couleur.
[0064] Le faisceau laser peut être généré par un laser à impulsions nanosecondes ou à impulsions
microsecondes, ou éventuellement par un laser continu.
[0065] Plus précisément, lors de l'étape de recuit localisé, le laser peut émettre des impulsions
d'une durée comprise entre de 4 ns et 350 ns, de fréquence variable entre 10 kHz et
1 MHz, et pouvant atteindre une puissance moyenne de l'ordre de 40 W.
[0066] Alternativement, l'étape de recuit localisé peut aussi être mise en œuvre en utilisant
des lasers à impulsions picosecondes ou femtosecondes, en utilisant l'effet d'accumulation
thermique à haute cadence dans des fréquences allant de 100 à 200 kHz jusqu'à 10 MHz,
ou des séries d'impulsions en rafales (connues par l'homme du métier sous le terme
« bursts » en langue anglaise) espacées les unes des autres de quelques picosecondes
à quelques nanosecondes.
[0067] La longueur d'onde du faisceau laser est déterminée de sorte à favoriser l'absorbance
de la matière de la couche mince intermétallique 110 que le faisceau est destiné à
impacter.
[0068] A titre d'exemple, le faisceau laser peut présenter une longueur d'onde comprise
dans le spectre infrarouge, dans le spectre visible ou dans le spectre ultraviolet.
[0069] Lors de l'étape de recuit localisé, la variation de l'énergie des impulsions du faisceau
laser, leur fréquence de répétition ainsi que leur degré de superposition conduisent
à modifier la couleur de la couche intermétallique 110.
[0070] Il est ainsi possible de créer des décors multicolores ou contrastés sur la base
d'un seul dépôt de couche mince intermétallique 110 de composition homogène.
[0071] Avantageusement, les étapes de dépôt et de recuit de la couche mince intermétallique
peuvent être précédées d'une étape de structuration de la surface 112 du substrat
100 dans laquelle une partie de la surface 112 du substrat 100 est structurée, et
est appelée « partie structurée 113 » dans la suite du texte, de sorte à générer un
contraste de structure de surface sur ladite surface 112.
[0072] La partie structurée 113 de la surface 112 du substrat 100 peut correspondre à la
zone prédéterminée 111 de la couche intermétallique 110 qui est soumise au traitement
thermique lors de l'opération de recuit localisé. Ceci a pour effet avantageux de
renforcer la différence entre l'aspect visuel de ladite zone prédéterminée 111 et
celui du reste de la couche mince intermétallique 110.
[0073] Alternativement, dans une variante de réalisation de l'invention, la structuration
est réalisée sur l'ensemble de la surface 112 du substrat 100.
[0074] Une telle étape de structuration de surface peut consister par exemple à polir, matifier
ou satiner partiellement ou totalement la surface 112 du substrat 100, selon la variante
de réalisation considérée.
[0075] Afin de faciliter l'étape de recuit localisé et de réduire l'apport local de chaleur
nécessaire pour effectuer la transformation de phase de la couche mince intermétallique,
la pièce d'habillage 10 peut être préchauffée à une température qui s'approche de
la température de transition de phase.
[0076] Avantageusement, la couche mince intermétallique 110 obtenue après l'étape de dépôt
peut être recouverte d'une couche de protection 120, par exemple formée par un empilement
de couches minces diélectriques destiné à protéger la couche mince intermétallique
110 contre des agressions environnementales, lors d'une étape de dépôt ultérieure
pouvant avantageusement être réalisée avec le même équipement de dépôt que celui employé
pour mettre en œuvre l'étape de dépôt de la couche mince intermétallique 110. Cet
empilement de couches minces diélectriques peut avoir également pour effet de modifier
l'aspect visuel de la pièce d'habillage 10, par exemple d'en augmenter la brillance,
et/ou de modifier la couleur de la couche intermétallique 110 par un effet interférentiel
avantageux.
[0077] L'étape de dépôt d'une couche de protection 120 est avantageusement la dernière étape
du procédé selon l'invention.
[0078] L'empilement de couches minces diélectriques peut être formé de différents oxydes,
nitrures, oxy-nitrures, tels que le TiO
2, Al
2O
3, SiO
2, SiN, Si3N4, et peut être déposé par une méthode de dépôt ALD et/ou PVD et/ou CVD.
[0079] Alternativement, l'étape de dépôt d'une couche de protection 120 peut consister à
déposer une couche de vernis, par exemple une couche de vernis polymère du type zapon
ou parylène.
[0080] Globalement, si le procédé selon la présente invention comporte l'ensemble des étapes
précitées, elles sont mises en œuvre successivement en débutant par l'étape de structuration
de surface du substrat 100, puis l'étape de dépôt de la couche mince intermétallique
110 est réalisée, suivie de l'étape de recuit global et/ou de l'étape de recuit localisé,
et enfin de l'étape de dépôt de la couche de protection 120.
[0081] L'invention propose ainsi une solution pour l'utilisation de composés intermétalliques,
notamment à base de métaux nobles, offrant un large éventail de nouvelles couleurs
pour des applications esthétiques dans l'horlogerie, la bijouterie et tout autre produit
de luxe.
[0082] De manière plus générale, il est à noter que les modes de mise en œuvre et de réalisation
considérés ci-dessus ont été décrits à titre d'exemples non limitatifs, et que d'autres
variantes sont par conséquent envisageables.
1. Procédé de dépôt d'un revêtement sur un substrat (100), ledit procédé étant
caractérisé en ce qu'il comporte successivement :
- une étape de dépôt d'une couche mince intermétallique (110) sur ledit substrat (100),
de sorte à obtenir une pièce d'habillage (10),
- une étape de recuit de la pièce d'habillage (10) dans une enceinte dédiée.
2. Procédé selon la revendication 1, dans lequel l'étape de dépôt de la couche mince
intermétallique (110) est réalisée par la mise en œuvre d'une méthode de dépôt PVD
parmi la pulvérisation cathodique ou ionique, l'évaporation thermique, l'évaporation
par faisceau d'électrons ou par arc, ou l'ablation par faisceau laser pulsé.
3. Procédé selon la revendication 2, dans lequel le dépôt de la couche mince est réalisé
à partir d'au moins une cible composée d'un alliage d'au moins deux métaux ou d'au
moins deux cibles de métaux purs différents.
4. Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, dans lequel l'étape de dépôt est réalisée
de sorte que la couche mince intermétallique (110) présente une épaisseur comprise
entre 20 et 1000 nm, de préférence entre 200 et 500 nm, et plus préférentiellement
de 300 nm.
5. Procédé selon l'une des revendications 1 à 4, dans lequel l'étape de recuit est réalisée
par la mise en œuvre d'une opération de recuit global dans laquelle l'ensemble de
la couche mince intermétallique (110) est traité thermiquement.
6. Procédé selon la revendication 5, dans lequel la température à laquelle est soumise
la pièce d'habillage (10) lors de l'opération de recuit global est comprise entre
200°C et 500°C, et est de préférence sensiblement égale à 300°C, pendant une durée
comprise en 30 et 120 minutes, et de préférence de 60 minutes.
7. Procédé selon l'une des revendications 1 à 4, dans lequel l'étape de recuit est réalisée
par la mise en œuvre d'une opération de recuit localisé sur une zone prédéterminée
(111) de la couche mince intermétallique (110).
8. Procédé selon les revendications 5 et 7, dans lequel l'étape de recuit est réalisée
par la mise en œuvre de l'opération de recuit localisé à la suite de l'opération de
recuit global.
9. Procédé selon l'une des revendications 7 ou 8, dans lequel l'opération de recuit localisé
est réalisée par le biais d'un laser dont le faisceau présente un diamètre compris
entre 10 µm et 100 µm.
10. Procédé selon l'une des revendications 7 à 9, dans lequel l'opération de recuit localisé
est réalisée par le biais d'un laser configuré pour émettre des impulsions dont la
durée est comprise entre 4 ns et 350 ns, de fréquence variable entre 10 kHz et 1 MHz.
11. Procédé selon l'une des revendications 1 à 10, dans lequel l'étape de dépôt de la
couche mince intermétallique (110) peut être précédée d'une étape de structuration
de surface dans laquelle la surface (112) du substrat (100) est structurée.
12. Procédé selon la revendication 11 et l'une des revendications 7 à 10, dans lequel
seule une partie de la surface (112) du substrat (100) est structurée, la partie structurée
(113) correspondant à la zone prédéterminée (111) de la couche mince intermétallique
(110) soumise à l'opération de recuit localisé.
13. Procédé selon la revendication 11, dans lequel la structuration de surface est réalisée
sur l'ensemble de la surface (112) du substrat (100).
14. Procédé selon l'une des revendications 1 à 13, comprenant, à la suite de l'étape de
dépôt de couche mince intermétallique (110) et de l'étape de recuit global et/ou localisé,
une étape de dépôt d'une couche de protection (120).
15. Procédé selon la revendication 14, dans lequel lors de l'étape de dépôt d'une couche
de protection (120), la couche mince intermétallique (110) est recouverte d'un empilement
de couches minces diélectriques et/ou d'une couche de polymère translucide.
16. Procédé selon la revendication 15, dans lequel la composition et l'épaisseur des couches
minces diélectrique de l'empilement de protection (120) sont spécifiquement choisies
pour conserver la couleur originale de la couche mince intermétallique (110) ou pour
modifier avantageusement la couleur de la couche mince intermétallique (110) dans
une direction choisie.
17. Composant horloger comprenant un substrat (100), caractérisé en ce que ledit substrat (100) comprend un revêtement déposé par la mise en œuvre d'un procédé
selon l'une des revendications 1 à 16.