[0001] La présente invention concerne les dispositifs de contact électrique glissant du
type comprenant une piste conductrice et un balai en appui sur la piste, la piste
et le balai étant animés en fonctionnement d'un mouvement de défilement relatif, transversal
à la direction d'appui du balai sur la piste.
[0002] Les contacts électriques glissants sont largement utilisés en électrotechnique, notamment
dans les machines tournantes, hétéropolaires ou homopolaires. On a abandonné depuis
longtemps les dispositifs de contact comportant des balais en fils métalliques au
profit des dispositifs à bagues et balais métallographitiques. Mais ces derniers dispositifs
présentent de nombreux inconvénients et des limitations gênantes, en particulier en
ce qui concerne la densité de courant qu'ils peuvent transmettre. Leur différence
de potentiel de contact est importante. Les forces de frottement sont élevées et l'usure
est rapide. Enfin, la vitesse de défilement acceptable est très limitée.
[0003] L'invention vise à fournir un dispositif de contact électrique glissant répondant
mieux aux exigences de la pratique que ceux antérieurement connus, notamment en ce
qu'il n'entraine que des pertes électriques plus faibles, et qu'il autorise une augmentation
de la vitesse'linéaire de défilement et de la densité du courant admissible.
[0004] Dans ce but, l'invention propose un dispositif dont le balai est constitué par au
moins un faisceau de fils métalliques raides dont le diamètre est inférieur à 80 microns,
présentant une liaison d'encastrement à une extrémité et en appui sur la piste à l'autre
extrémité. On peut considérer comme "raide" un fil qui, lorsqu'on lui a donné une
forme droite, la conserve et ne tend pas lors des manipulations à se courber et à
s'emmêler à d'autres fils similaires lorsqu'il est mis en faisceau avec eux. La liaison
sera généralement réalisée par encastrement dans une semelle hors de laquelle les
fils font saillie. Toutefois, on peut aussi souder les fils ensemble par leur première
extrémité.
[0005] Les résultats obtenus avec un tel dispositif sont entièrement différents de ceux
obtenus dans le cas de fils de diamètre courant. En particulier, la différence de
potentiel de contact est beaucoup plus faible (ce qui réduit les pertes), la vitesse
linéaire peut être beaucoup plus élevée, les frottements sont moindres, la densité
de courant admissible est très supérieure et la longévité est accrue. On peut probablement
attribuer cette différence au fait suivant : l'élasticité des fils individuels est
suffisante pour qu'ils restent au contact de la piste même au passage des irrégularités
qu'elle présente. Ce maintien du contact évite l'apparition de micro-arcs et de microclaquages
et un échauffement au contact. Il disparait dès qu'on augmente le diamètre des fils.
[0006] Dans la pratique, les fils seront en alliage de cuivre. Parmi les couples de matériaux
utilisables pour constituer le balai et la piste, on peut citer le bronze au cadmium
pour les fils et le cupronickel, contenant avantageusement 10 à 20% en poids de nickel,
pour la piste. On évite l'apparition d'oxyde qui dégrade rapidement les caractéristiques
du dispositif en maintenant le balai et la piste sous atmosphère sèche et non oxydante,
c'est-à-dire neutre, légèrement réductrice ou raréfiée. Ce dernier cas correspond
au fonctionnement du dispositif dans l'espace ou en haute altitude. Une atmosphère
d'argon ou même d'azote peut convenir.
[0007] Il est nécessaire que les fils présentent une liaison assimilable à un encastrement
avec la semelle et que leur longueur libre ne soit pas excessive, faute de quoi ils
tendent à se coucher, ce qui rend en particulier les inversions de marche difficiles.
Dans la pratique, en particulier lorsque le dispositif doit pouvoir fonctionner dans
les deux sens, on peut estimer que la saillie des fils ne doit pas dépasser 20 mm
et, de préférence, 15 mm, leur longueur d'encastrement pouvant être supérieure à cette
valeur pour assurer leur maintien.
[0008] Il faut également éviter que le faisceau, ou chaque faisceau, présente une section
droite dont la dimension, dans le sens parallèle au défilement, est si élevée que
les fils ne sont plus tous en contact. Dans la pratique, on peut estimer que la dimension
du faisceau dans le sens parallèle au défilement ne doit pas dépasser 10 mm en général.
[0009] L'invention sera mieux comprise à la lecture de la description qui suit d'un dispositif
qui en constitue un mode particulier de réalisation, donné à titre d'exemple non limitatif.
La description se réfère auxdessins qui l'accompagnent, dans lesquels :
- la figure 1 est un schéma de principe montrant le dispositif, en coupe suivant un
plan passant par l'axe de rotation de la piste ;
- la figure 2 est une vue à grande échelle montrant le mode de fixation des balais
du dispositif de la figure 1 dans la semelle
- la figure 3 est un schéma de principe d'un dispositif constituant une variante de
celui de la figure 1.
[0010] Le dispositif montré en figure 1 est destiné à la transmission de courant électrique
entre une piste 10 portée par un rotor 11 de machine tournante et une alimentation
12 portée par le stator de la machine. Le rotor 11 est porté par l'arbre 13, centré
dans le stator par des moyens non représentés.
[0011] La piste 10, constituée par un anneau en cupronickel fixé au rotor 11 par des techniques
appropriées, pourra avoir une épaisseur comprise entre 5 mm et 1 cm. Pour simplifier,
on supposera dans ce qui suit que la machine est du type homopolaire, le courant passant
directement dans le rotor, massif ou feuilleté. Cette piste présente une face d'appui
plane et perpendiculaire à l'axe de rotation. Il faut noter au passage que l'invention
est également applicable si la piste est cylindrique.
[0012] La partie non rotative du dispositif comporte une semelle 14 (figures 1 et 2) montée
sur un manchon fixe 15 du stator de façon à pouvoir se déplacer axialement. La.semelle
14 porte plusieurs faisceaux ou touffes 16 de fils métalliques disposés suivant un
réseau régulier et faisant saillie hors de la semelle 14 vers la piste 10. Ces faisceaux
sont constitués chacun en fils très fins, mais cependant suffisamment raides pour
assurer un bon contact avec la pista. Lorsque celle-ci est en cupronickel, on peut
constituer les faisceaux 16 en fils de bronze au cadmium, dit "bronze PTT". dont le
diamètre est inférieur à 80 microns et est avantageusement de l'ordre de 40 microns.
Pour que ces fils présentent une raideur suffisante (faute de laquelle ils ne restent
pas droits), ils doivent être traités de façon convenable. Ce traitement peut consister
en un écrouissage. obtenu en faisant serpenter les fils entre de nombreux rouleaux
successifs : les fils ainsi obtenus présentent des ondulations de l'ordre du mm d'amplitude,
avec une longueurf d'onde de 3 mm environ, qui est sans inconvénient.
[0013] On peut également dresser les fils, mais cette opération est difficile pour un diamètre
de l'ordre de 40 microns. Dans la pratique, on aura en général intérêt à utiliser
des fils présentant le diamètre minimum que l'on peut obtenir par tréfilage, dans
des conditions de fabrication normale, c'est-à-dire sans qu'il y ait des ruptures
fréquentes.
[0014] Les faisceaux 16 présentent avantageusement une section droite circulaire, avec un
diamètre ne dépassant pas 10 mm. Cette constitution permet en effet un montage commode.
On peut toutefois augmenter la dimension des faisceaux dans le sens transversal à
la direction de défilement. Dans la pratique, on ne dépassera pas 3.000 fils par faisceau
16.
[0015] La semelle 14 destinée à recevoir les faisceaux comporte une plaque de base 17 à
laquelle les faisceaux peuvent être fixés individuellement par une technique courante
en brosserie : chaque faisceau est constitué par un paquet de fils repliés en épingle
à cheveux. La plaque de base 17 comporte, pour chaque faisceau, un logement 19 s'ouvrant
vers l'arrière par un trou de petite dimension 20. Chaque faisceau est fixé à l'aide
d'un fil de laiton 18 introduit par le trou 20, formant une boucle autour du fond
du faisceau et ressortant du logement 19 par le trou 20 (figure 2) .
[0016] Dans le mode de réalisation montré en figure 1, les faisceaux 16 sont guidés par
un radiateur 24 fixé à la plaque 17, en matériau bon conducteur de l'électricité qui
évacue la chaleur dissipée dans les fils métalliques et permet d'augmenter la densité
de courant admissible. Ce radiateur, fixé à la semelle, peut n'occuper qu'un secteur
angulaire réduit de celle-ci. A titre d'exemple, on pourra utiliser dans certains
cas neuf faisceaux 16 disposés suivant un réseau carré.
[0017] Les faisceaux doivent être maintenus en appui sur la piste 10. Une solution simple
pour arriver à ce résultat consiste à interposer, entre le stator et la semelle, des
vérins tels que 21, alimentés en fluide par des moyens non représentés. Pour assurer
l'équilibrage des efforts, il faudra évidemment dans ce cas que les faisceaux soient
répartis régulièrement autour de l'arbre 13.
[0018] Le courant électrique est amené à la semelle 17 par un joint en métal liquide. La
réalisation d'une liaison par métal liquide ne pose pas de problème dans le cas présent
étant donné l'absence de déplacement rapide entre la semelle 14 et le manchon 15.
Le métal liquide peut occuper un jeu prévu à cet effet entre le manchon et la semelle
et être emprisonné par des joints toriques 22. Le métal liquide peut être le mercure
ou, mieux, l'eutectique sodium-potassium.
[0019] Pour éviter l'oxydation des contacts (et des réactions violentes avec l'eutectique
Na-K sicelui-ci est utilisé) on maintient une atmosphère neutre ou légèrement réductrice
autour du dispositif. Dans le mode de réalisation illustré en figure 2, l'étanchéité
est assurée entre l'arbre 13 et le stator par un joint tournant 23. L'espace ainsi
délimité est muni de moyens de balayage (non représentés) par le gaz. ou le mélange
de gaz choisi (par exemple azote hydrogéné).
[0020] On voit que le montage est beaucoup plus simple que celui des balais métallographitiques
classiques. En-effet, il n'y a pas lieu de prévoir de porte-balais complexes et de
grande longueur de guidage dans lesquels doivent sou- lisser les balais au fur et
à mesure de leur usure. Pour une vitesse de défilement de la piste de 40 m/s (ce qui
correspond à la limite pratique d'utilisation des balais métallographitiques) on a
constaté que les dissipations sont réduites dans un rapport de l'ordre de 10 dans
les mêmes conditions d'utilisation et que les densités de courant maximales utilisables
peuvent être multipliées par 5, d'où un gain notable sur l'encombrement.
[0021] Dans la variante de réalisation montrée en figure 3 (oùunseul faisceau est figuré
et où les organes déjà représentés en figure 1 portent le même numéro de référence),
il n'est pas prévu de radiateur. Les fils du faisceau 16 sont fixés comme dans le
cas de la figure 1, et de plus par une soudure, par exemple à l'étain, mise en place
dans le logement 19.
[0022] Les moyens de maintien en appui des balais 16 sur la piste 10 sont ici constitués
par des soufflets élastiques 24 en acier inoxydable, répartis angulairement autour
de l'axe du dispositif, cylindriques ou allongés dans le sens circonférentiel. Ces
moyens assurent également l'amenée du courant et, dans ce but, les soufflets fixés
de façon étanche au stator et à la semelle contiennent un liquide conducteur, généralement
du mercure, et une tresse 25 est fixée au stator. Le mercure peut être maintenu sous
pression sensiblement constante par des moyens non représentés.
[0023] Les performances du dispositif sont particulièrement élevées lorsqu'on soumet les
faisceaux de fils et la pEte de friction à une préparation particulière. On peut avantageusement
procéder à un polissage soigné de la piste. puis à un décapage mécanique ou chimique,
et à un revêtement de la piste d'une couche d'or de quelques microns. Les faisceaux
de fils sont avantageusement décapés chimiquement. La désoxydation qui en résulte
diminue, à l'extrémité des fils en contact avec la piste, les différences de potentiels
de contact, et améliore la conduction transversale, d'où un échange de courant plus
aisé entre les différents fils.
[0024] A titre d'exemple, on peut indiquer qu'un dispositif de contact pour machine homopolaire
qui a été réalisé présente les caractéristiques suivantes : les touffes comportent
chacune 2000 à 3000 fils en bronze au cadmium de 40 ym de diamètre, fixés dans des
logements de 8 mm de profondeur et dont la saillie est de 15 mm. La piste est en bronze,
polie à l'émeri présentant une résistivité de 2 µΩ-cm. Au bout de plusieurs centaines
d'heures de fonctionnement avec une densité de courant apparente (rapport intensité/section
droite du faisceau) de 1 A/mm
2, aucune dégradation appréciable des caractéristiques n'a été constatée.
[0025] L'invention est susceptible de très nombreuses applications, parmi lesquelles on
peut citer les machines unipolaires, y compris les machines supraconductrices ; les
variateurs unipolaires les machines tournantes à bagues et balais (par exemple moteurs
asynchrones et turboalternateurs).
1. Dispositif de contact électrique glissant comprenant une piste conductrice et un
balai en appui sur la piste, la piste et le balai étant animés lors du fonctionnement
d'un mouvement de défilement relatif transversal à la direction d'appui du balai sur
la piste, caractérisé en ce que le balai est constitué par au moins un faisceau (16)
de fils raides et de diamètre inférieur à 80 microns présentant une liaison d'encastrement
à une extrémité et en appui sur la piste (10) à l'autre extrémité et en ce que le
balai et la piste sont maintenus sous atmosphère sèche et non oxydante ou raréfiée.
2. Dispositif suivant la revendication 1, caractérisé en ce que les fils sont encastrés
dans une semelle (14) hors de laquelle ils font saillie pour venir en appui sur la
piste.
3. Dispositif suivant la revendication 2, caractérisé en ce que les fils font saillie
hors de la semelle (14) d'une longueur inférieure à 20 mm.
4. Dispositif suivant la revendication 1, 2 ou 3, caractérisé en ce que les fils sont
en bronze au cadmium et en ce que la piste est en cupronickel.
5. Dispositif suivant la revendication 4, caractérisé en ce que le curponickel contient
10 à 20% de nickel.
6. Dispositif suivant l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé
en ce que le faisceau (16) ou chaque faisceau présente une section droite dont la
dimension, dans le sens parallèle au défilement, est au plus égale à 15 mm.
7. Dispositif suivant l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé
en ce que le balai comporte plusieurs faisceaux (16) de section droite approximativement
circulaire disposés suivant un réseau régulier.
8. Dispositif suivant l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé
en ce que chaque faisceau est constitué de fils repliés en épingle à cheveux, fixés
par leur partie coudée sur une plaque de semelle (17) et encastrés dans un radiateur
(24) d'évacuation de la chaleur.
9. Dispositif suivant l'une quelconque des revendications précédentes, caractérisé
en ce que, la piste étant plane et tournant autour d'un axe, tandis que la semelle
est montée sur un manchon (15) coaxial à la piste (10) de façon à pouvoir se déplacer
axialement, une liaison électrique d'amenée de courant est constitué par un anneau
de métal liquide, emprisonné dans un jeu radial entre manchon (15) et semelle (17)
par des joints toriques.
10. Dispositif suivant la revendication 9, caractérisé en ce que le métal liquide
est le mercure ou l'eutectique sodium-potassium.