[0001] La présente invention concerne un procédé de traitement thermique de barres étirées
en laiton, comportant essentiellement, outre le cuivre, de 30 à 42 % de zinc, de 1,5
à 4,5 % d'un élément améliorant l'usinabilité, de façon connue, tel que le plomb.
Elles peuvent également comporter de petites quantités d'autres éléments ajoutés à
titre d'addition volontaire, tels que l'aluminium, jusqu'à 2,5 %, l'étain jusqu'à
1,3 %, l'arsenic, de 0,03 à 0,1 % ou présents en tant qu'impuretés, du fait du recyclage
des déchets, tels que fer, jusqu'à 0,1 %, le silicium jusqu'à 0,01 %.
[0002] Leur structure peut être monophasée a ou diphasée a + p.
[0003] Elle s'applique plus particulièrement aux barres et fils de laiton au plomb de petites
dimensions, ayant une section de forme quelconque : ronde, méplate, polygonale, s'inscrivant
dans un cercle de diamètre pouvant aller de 1 ou 2 à 10 ou 12 millimètres, ces valeurs
étant données à titre purement indicatif, sans constituer une limitation de l'invention.
Dans tout ce qui suit, nous désignerons par le terme « barres » des fils et barres
de laiton ayant des dimensions et formes comprises dans les limites approximatives
définies ci-dessus.
[0004] Les barres en laiton au plomb, qui sont presque exclusivement destinées au décolletage,
sont généralement obtenues par filage d'une billette suivi d'un écrouissage par étirage
de quelques dizaines de pour-cent, ayant notamment pour effet de redresser les barres.
La présence de plomb finement réparti dans la masse du laiton permet d'obtenir, lors
de l'usinage, et, en particulier, lors du décolletage, des petits copeaux qui se dégagent
bien de l'outil, ce qui permet de travailler sur des tours automatiques à grande cadence,
fonctionnant sans surveillance. La production de longs copeaux s'enroulant sur eux-
mêmes provoque le défaut bien connu sous le nom de « bourrage •, qui entraîne de fréquentes
interventions manuelles de l'opérateur. Il est également possible d'étirer des barres
de laiton en effectuant un ou plusieurs recuits intermédiaires en cours d'étirage.
[0005] Il est bien connu que le recuit intermédiaire classique effectué dans les fours statiques
ou dans des fours à passage au cours des opérations d'étirage, en vue d'éliminer l'écrouissage,
dénature l'usinabilité du laiton, tant du point de vue de la finesse des copeaux que
du point de vue de la durée de vie de l'outil d'usinage. Cette dégradation est attribuée
à la coalescence du plomb, c'est-à-dire au rassemblement, sous forme de globules,
des fines inclusions réparties de façon sensiblement uniforme.
[0006] L'objet de l'invention est un procédé de traitement thermique de barres en laiton
au plomb, ayant subi au moins un recuit intermédiaire, procédé permettant de leur
conférer une usinabilité améliorée, fournissant un copeau fin et court, se prêtant
particulièrement bien au décolletage automatique, et une structure telle que au moins
90 % des particules de plomb aient leur plus petite dimension inférieure à 1,5 micromètre,
que le nombre de particules de plomb, comptées sur une section quelconque, soit au
moins égal à 8 000 par mm
2 et par pour cent de plomb, et que les plages de phase a soient constituées de plusieurs
grains maclés ayant un diamètre moyen inférieur à 25 micromètres.
[0007] Ce procédé consiste à effectuer après filage et en cours d'étirage, au moins un recuit
rapide pendant une durée et à une température telles que l'écrouissage est éliminé,
sans provoquer la coalescence du plomb et sans modifier substantiellement la structure
et, en particulier, la répartition des phases a et dans le cas de laitons diphasés
et la dimension des grains de phase a.
[0008] Ce recuit est effectué à une température comprise entre 425 °C et une température
inférieure à 10° au point de solidus du laiton et, de préférence, à une température
comprise entre 550° et 800 °C pendant une durée comprise entre 1/100° de seconde et
une minute, par chauffage direct, et une seconde et dix minutes par chauffage indirect.
[0009] Les figures 1, 2 et 3 montrent la forme des copeaux de laiton obtenus dans trois
cas, le troisième cas (figure 3) correspondant à la mise en oeuvre de l'invention.
[0010] Les figures 4 à 7 sont des micrographies de laitons au plomb, correspondant à un
produit filé-étiré (figure 4), recuit selon l'art antérieur (figure 5) et recuit selon
l'invention (figures 6 et 7).
Exemple 1
[0011] On a opéré sur un laiton ayant la composition :

[0012] Une billette a d'abord été filée jusqu'au diamètre de 5,8 mm ; puis, la barre de
5,8 mm a été tréfilée jusqu'au diamètre de 5,2 mm ; la petite barre tréfilée a été
divisée en trois lots qui ont subi trois cycles de transformation différents : A et
B selon l'art antérieur et C selon l'invention.
[0013] Cycle A : recuit statique de trois heures à 610 °C,
tréfilage jusqu'au diamètre de 4,8 mm,
recuit de trois heures à 610 °C,
tréfilage jusqu'au diamètre de 4 mm.
[0014] Cycle B : recuit d'une heure et demi en four à passage réglé à 550 °C, . tréfilage
jusqu'au diamètre de 4,8 mm, recuit d'une heure et demi en four à passage réglé à
550 °C, tréfilage jusqu'au diamètre de 4 mm.
[0015] Cycle C : recuit rapide par effet Joule (passage d'un courant électrique de l'ordre
de 2 000 ampères pendant 2,75 secondes) suivi d'une trempe à l'eau,
tréfilage jusqu'au diamètre de 4,8 mm,
recuit rapide du même type que le précédent,
tréfilage jusqu'au diamètre de 4 mm.
[0016] Puis, on a mesuré les caractéristiques mécaniques de chacun des produits : (R = charge
de rupture, LE = limite élastique, A = allongements).

[0017] On constate qu'elles sont relativement peu différentes quel que soit le cycle mis
en oeuvre. Le recuit rapide par effet Joule conduit à une charge de rupture et à une
limite élastique légèrement plus élevées, mais à un même niveau d'allongement (mesuré
sur une longueur égale à 5 fois le diamètre du produit testé).
[0018] Si le recuit rapide par effet Joule est suivi d'un refroidissement à l'air au lieu
d'une trempe à l'eau, les valeurs de R et LE sont légèrement plus faibles que celles
indiquées ci-dessus ; en revanche. A % sera plus élevé.
Essai d'usinabilité
[0019] Cet essai a été réalisé dans des conditions d'usinage suffisamment sélectives pour
différencier les trois lots du point de vue forme du copeau.
[0020] Ces conditions sont :
- vii=sse 100 m/mn
- avance 0,06 mm/tour
- profondeur de coupe 2 mm sur rayon
- outil carbure
[0021] Les figures 1 à 3 illustrent la forme du copeau obtenu pour chaque lot :
- le recuit par effet Joule (cycle C) donne une tournure très fine (figure 3) souhaitée
par les décolleteurs,
- les recuits correspondant aux cycles A et B donnent des copeaux de trop grande dimension
(figures 1 et 2), principalement le cycle A, qui gênent le travail sur tour automatique.
Exemple 2
[0022] Une billette en laiton de même composition que dans l'exemple 1 a été filée jusqu'au
diamètre de 6,4 mm.
[0023] La barre de 6,4 a été tréfilée jusqu'au diamètre de 5,5 mm. La petite barre tréfilée
a été divisée en quatre lots qui ont subi quatre cycles de recuits, D, E, F et G,
deux selon l'invention (D et E), deux selon l'art antérieur (F et G).
[0024] Cycle D : recuit en bain de sel à 700 °C. On a procédé à plusieurs essais, sur des
fractions de ce lot, avec des durées variant de 15 secondes à 2,5 minutes et des refroidissements
à l'air et à l'eau, suivi d'un étirage de 5,5 à 5,0 mm.
[0025] Cycle E : recuit rapide par effet Joule avec un courant de l'ordre de 2000 ampères,
pendant 2,75 secondes suivi d'une trempe à l'eau, suivi d'un étirage de 5,5 à 5,0
mm.
[0026] Cycle F : recuit en four statique, 3 heures à 610 °C ; suivi d'un refroidissement
à l'air, suivi d'un étirage de 5,5 à 5,0 mm.
[0027] Cycle G : recuit de 1 heure en four à passage réglé à 550 °C, suivi d'un étirage
de 5,5 à 5,0 mm.
[0028] Puis on procède sur chaque lot soumis aux cycles D, E, F et G, à des essais de décolletage
sur tour automatique dans les conditions suivantes :

[0029] Résultats :
Tous les recuits rapides ont donné des copeaux très fins (quelle que soit la vitesse
de refroidissement), tandis que le recuit statique et le recuit dans le four à passage
ont donné des copeaux plus ou moins longs, mais qui, dans tous les cas, sont considérés
comme gênants.
[0030] Les recuits rapides (par effet Joule ou en bain de sels) ne modifient pas ou peu
la répartition du plomb par rapport à celle existant à l'état filé-étiré. Par contre,
le recuit statique et le recuit en four à passage provoquent la coalescence de cet
élément.
[0031] Bien entendu, la mise en oeuvre du procédé n'est pas limitée à l'utilisation du recuit
rapide par effet Joule ou par immersion en bain de sel. Tous moyens permettant de
porter le laiton à une température supérieure à 425 °C pendant une durée variable,
selon la température choisie, mais dans tous les cas inférieure à 10 mn, conviennent.
Dans certains cas, tels que le recuit continu par effet Joule, la mesure continue
de la température exacte n'est pas toujours aisée, mais elle est toujours au moins
égale à 425° et généralement au moins égale à 550 °C.
[0032] Il est également apparu que les procédés permettant de porter les barres en laiton
à recuire à une température comprise entre 425° et 10° en-dessous de la température
de solidus pouvaient être classés en deux catégories, ceux dans lesquels la chaleur
est apportée par une source extérieure, par rayonnement et/ou convection et/ou conduction,
que nous appellerons pour simplifier « à chauffage indirect » et ceux dans lesquels
la chaleur est dissipée au sein même des barres à recuire, et que nous appellerons
pour simplifier « à chauffage direct • , et notamment l'effet Joule (décharge de condensateur,
induction, etc...). Les procédés « indirects impliquent une durée de traitement pouvant
aller de une seconde à dix minutes, selon le rapport entre la puissance de la source
de chaleur et la capacité calorifique des barres à recuire ; les procédés « directs
permettent des durées de traitement beaucoup plus courtes, pouvant aller de 1/100e
de seconde à une minute.
[0033] Parmi les procédés relevant de la première catégorie, on peut citer les fours électriques
à résistance, les fours à gaz à rayonnement ou à action directe de la flamme sur le
produit à traiter, les fours à bain de sel ou à lit fluidisé.
[0034] Dans la deuxième catégorie, on peut citer le procédé et l'appareillage de recuit
continu, décrits dans le brevet français n° 2 288 152, au nom de Tréfimétaux, qui
consiste à induire un courant à haute fréquence dans une boucle formée par le produit
à recuire, qui défile à grande vitesse, boucle qui se referme dans la gorge d'une
poulie où la partie du produit déjà recuite et refroidie vient se superposer à la
partie non encore recuite.
[0035] Des examens micrographiques comparatifs ont permis de caractériser les barres en
laiton au plomb, objet de l'invention, ayant subi au moins un recuit intermédiaire,
par la répartition des particules de plomb et la structure de la phase a.
[0036] Dans une barre de laiton au plomb filée et étirée, on observe une répartition assez
régulière des particules de plomb, qui apparaissent nettement en noir sur la micrographie
figure 4. Leur dimension est, en moyenne, inférieure à 1,5 micromètre. Sur une section
quelconque, on peut compter, en moyenne, 7 000 particules par millimètre-carré et
par pour-cent de plomb dans le laiton.
[0037] Après recuit selon l'art antérieur (exemple 1, cycles A et B, exemple 2, cycles F
et G), on constate (figure 5), une coalescence importante des particules dont les
dimensions peuvent atteindre de 3 à 5 micromètres et dont le nombre, corrélativement,
est descendu à 3 500 par millimètre carré et par pour-cent de plomb contenu.
[0038] La figure 6 est une micrographie d'une barre de laiton ayant subi un recuit, selon
l'invention, par impulsion électrique de 2000 ampères, d'une durée de deux secondes
soixante quinze centièmes, suivi d'une trempe à l'eau. On constate que 90 % des particules
ont une dimension moyenne inférieure à 1,5 micromètre. Leur nombre a augmenté quelque
peu et il atteint au moins 8 000 par millimètre carré et par pour-cent de plomb.
[0039] En outre, les grains de phase a sont recristallisés et fortement maclés. Ils ont
une dimension moyenne inférieure à 25 micromètres et, le plus souvent, inférieure
à 20 micromètres alors qu'après recuit selon l'art antérieur, cette dimension est
d'environ 40 micromètres.
[0040] En outre, les grains sont maclés et les plages de phase a sont constituées de plusieurs
grains.
[0041] La figure 7 est une micrographie d'une barre de laiton ayant subi, en cours d'étirage,
trois recuits intermédiaires selon l'invention, aux diamètres de 5,5, 4 et 3 mm, par
impulsion électrique de 2000 ampères pendant deux secondes soixante quinze centièmes;
suivis chaque fois d'une trempe.
[0042] On constate que le nombre et la dimension des particules de plomb ne sont pas sensiblement
modifiés et restent dans les limites indiquées plus haut. Toutefois, certaines particules
de plomb tendent à prendre une forme allongée, mais leur plus petite dimension, en
travers, reste inférieure à 1,5 micromètre.
[0043] Parmi les divers avantages du traitement thermique par recuit rapide selon l'invention
et qui sont plus particulièrement marqués dans le cas où l'on met en oeuvre les procédés
de chauffage direct, on peut mentionner la possibilité de recuire directement les
barres en laiton, en continu, à la suite de la ligne de tréfilage et une amélioration
sensible de l'état de surface, en raison du faible temps de séjour à température élevée
qui, dans la plupart des cas, supprime la nécessité du décapage ou, tout au moins,
le simplifie et permet d'opérer, si nécessaire, un décapage rapide en continu, par
voie chimique ou électrochimique, et on constate également une augmentation très sensible
de la durée de vie des outillages de décolletage.
[0044] Enfin, du fait de l'excellente homogénéité du recuit, on obtient, lors de l'étirage,
des barres ayant une rectitude améliorée par rapport aux procédés connus, ce qui est
essentiel pour l'alimentation des tours automatiques, où les barres doivent rouler
sur un plan incliné sans s'enchevêtrer, et une tolérance dimensionnelle plus étroite
tout au long des barres.
1. Procédé de traitement thermique de barres étirées en laiton comportant essentiellement,
outre le cuivre, de 30 à 42 % de zinc, de 1,5 à 4,5 % de plomb, et pouvant comporter
également jusqu'à 2,5 % d'aluminium, jusqu'à 1,3 % d'étain, de 0,03 à 0,1 % d'arsenic,
jusqu'à 0,1 % de fer, jusqu'à 0,01 % de silicium, caractérisé en ce que 'lesdites
barres sont portées à une température comprise entre 425°C et 10°C en-dessous de la
température de solidus du laiton, et, de préférence, entre 550 °C et 800 °C, pendant
une durée comprise entre 1/100e de.seconde et 10 minutes.
2. Procédé de traitement thermique de barres étirées en laiton, selon la revendication
1, caractérisé en ce que lesdites barres sont portées à la température de traitement
par un moyen de chauffage indirect, pendant une durée comprise entre une seconde et
dix minutes.
3. Procédé de traitement thermique de barres étirées en laiton, selon la revendication
1, caractérisé en ce que lesdites barres sont portées à la température de traitement
par un moyen de chauffage direct, tel que l'effet Joule, pendant une durée comprise
entre 1/100e de seconde et 1 minute.