[0001] La présente invention a pour objet un procédé et un appareillage pour la préparation
en continu de lithium par électrolyse du chlorure de lithium dans un mélange de sels
fondus.
[0002] Il est connu d'après les demandes de brevet français publiées sous le n
o 2.532.332 et n
o 2.560.221 de préparer en continu du lithium par électrolyse du chlorure de lithium
dans un mélange de sels fondus à une température de 400 à 500°C, sans séparation dans
l'électrolyseur du lithium métallique du mélange de sels fondus.
[0003] Cependant à ces températures, un tel procédé ne permet pas d'éviter la corrosion
par le chlore gazeuz de la partie du corps de la cellule située au-dessus du niveau
du bain d'électrolyse ; en effet cette partie de la cellule est particulièrement sensible
à la corrosion car elle se trouve dans la zone où la température du chlore est la
plus élevée.
[0004] La demanderesse a maintenant trouvé un procédé évitant ces risques et permettant
en outre d'augmenter la productivité de la cellule d'électrolyse.
[0005] Selon l'invention, il s'agit d'un procédé de préparation en continu de lithium par
électrolyse du chlorure de lithium dans un mélange de sels fondus avec une circulation
naturelle du milieu d'électrolyse entre les électrodes et ce, sans l'utilisation d'un
diaphragme, récupération en continu du lithium dans un mélange de sels fondus d'une
part, et du chlore sous forme gazeuse d'autre part,
ledit procédé étant caractérisé en ce que le milieu d'électrolyse est maintenu à une température comprise entre le point de
fusion du mélange de sels fondus à la composition eutectique et 400°C, et en ce que
la phase gazeuse constituée par le chlore formé est maintenue a une température ne
dépassant pas 300°C.
[0006] Le milieu d'électrolyse est constitué d'un mélange de sels fondus à base de chlorure
de lithium et d'au moins un autre chlorure alcalin et/ou alcalino-terreux qui, avec
le chlorure de lithium, forment un mélange eutectique fondant à une température comprise
entre 320 et 360°C environ. Comme mélange binaire utilisable, on peut citer le chlorure
de lithium et le chlorure de potassium ; comme mélanges ternaires utilisables, on
peut citer les mélanges contenant, en plus du chlorure de lithium et du chlorure de
potassium, un chlorure choisi parmi les chlorures de sodium, de rubidium, de strontium,
de magnésium, de calcium et de baryum.
[0007] Il convient que le mélange de sels fondus alimentant l'électrolyseur ait une composition
assez voisine de la composition eutectique du mélange utilisé avec un excès en chlorure
de lithium qui sera soumis à l'électrolyse. C'est ainsi (par exemple) que si l'on
utilise comme milieu d'électrolyse un mélange de chlorure de lithium et de chlorure
de potassium, on considère qu'à 380°C environ, la quantité de chlorure de lithium
dudit mélange pourra varier pour l'entrée et la sortie entre 57 et 63 % en mole de
LiCl dans le mélange de sels fondus, la concentration à l'entrée étant supérieure
à la concentration à la sortie. Dans ce cas, le chlorure de lithium peut être dans
un excès allant jusqu'à 5 % en mole par rapport à la composition eutectique du mélange
de sels fondus chlorure de lithium-chlorure de potassium.
[0008] La température du bain d'électrolyse est généralement située à environ 10 à 60°C
au-dessus de la température de fusion de la composition eutectique du mélange de sels
fondus, tout en étant inférieure à 400°C.
[0009] La caractéristique du procédé, à savoir maintien d'une température du bain d'électrolyse
inférieure à 400°C et d'une température de la phase gazeuse inférieure à 300°C, a
pour but d'une part d'éviter la corrosion de la cellule par le chlore en permettant
la formation d'une croûte périphérique de sels cristallisés sur la paroi interne de
l'électrolyseur au niveau de l'interface gaz-liquide, niveau où la température du
gaz est la plus élevée et d'autre part d'améliorer la productivité de l'électrolyseur
en permettant d'augmenter l'intensité du courant d'électrolyse.
[0010] La phase gazeuse présente ainsi un gradient de température s'étendant sur une plage
allant de 300°C à la température ambiante, lorsque l'on s'éloigne de l'interface avec
le milieu d'électrolyse vers la partie supérieure de la cellule.
[0011] L'opération d'électrolyse s'effectue en continu avec introduction en continu du mélange
de sels fondus contenant, comme matériau électrolysable du chlorure de lithium et
retrait en continu d'un part, du lithium métallique formé et du mélange de sels fondus
entraîné simultanément et d'autre part, du chlore gazeux.
[0012] L'opération d'électrolyse est réalisée sans utilisation d'un diaphragme grâce à une
circulation naturelle rapide du milieu d'électrolyse ; ladite circulation est obtenue
simplement par l'effet d'entraînement sur le milieu d'électrolyse des bulles de chlore
qui se dégagent à l'anode. Le milieu d'électrolyse est entraîne verticalement par
le mouvement ascendant des bulles de chlore dans l'espace situé entre l'anode et la
cathode, puis redescend dans l'espace situé au-delà de la cathode pour pénétrer à
nouveau dans l'espace situé entre l'anode et la cathode. La vitesse de circulation
dudit milieu est élevée puisque si on représente par Vo la vitesse d'alimentation
du milieu d'électrolyse dans la cellule en absence de recirculation naturelle, la
vitesse V réellement atteinte du fait de cette recirculation sera d'environ 250 fois
Vo.
[0013] Pour permettre cette circulation naturelle du milieu d'électrolyse, la cathode est
complètement immergée dans le milieu d'électrolyse.
[0014] Le chlore produit par l'électrolyse est soutiré en continu sans dilution par un gaz
inerte.
[0015] Après l'opération d'électrolyse, le lithium métallique obtenu peut éventuellement
être séparé par décantation du mélange de sels fondus entraîné simultanément, par
exemple selon la méthode décrite dans la demande de brevet français sous le n
o 2.560.221.
[0016] Les sels fondus, après réajustment de leur concentration en chlorure de lithium,
sont ensuite recyclés dans le milieu d'électrolyse.
[0017] La présente invention a également pour objet l'appareillage permettant de mettre
en oeuvre le procédé ci-dessus décrit.
[0018] Ledit appareillage comprend une cellule d'électrolyse comportant :
. une anode entourée d'une cathode totalement immergée dans le milieu d'électrolyse
;
. un dispositif d'entrée des sels fondus dans le bas de la cellule ;
. un dispositif d'évacuation du chlore gazeux formé ;
. un dispositif d'évacuation par débordement du lithium formé et des sels fondus entraînés
simultanément ;
ledit appareillage étant caractérisé en ce que la cellule d'électrolyse est munie à sa périphérie :
. d'un système inférieur de refroidissement situé à un niveau quelconque en-dessous
de niveau du bain d'électrolyse ;
. et d'un système supérieur de refroidissement situé à la partie inférieure de la
phase gazeuse constituée par le chlore formé et à la limite du niveau de l'interface
avec le milieu d'électrolyse ;
et en ce que le dispositif d'évacuation par débordement du lithium formé et des sels fondus entraînés
simultanément est situé au niveau de l'interface du milieu d'électrolyse et de la
phase gazeuse, à une distance de la paroi interne de la cellule suffisante pour permettre
la formation d'une croûte périphérique de sels solidifiés sur ladite paroi au niveau
de l'interface du milieu d'électrolyse et de la phase gazeuse tout en évitant la cristallisation
du milieu à évacuer en continu.
[0019] L'anode est de préférence en graphite et de forme cylindrique (barreau par exemple)
; elle peut être gainée (par un matériau tel que alumine, quartz, silice ...), dans
sa partie non immergée dans le milieu d'électrolyse et jusqu'à une certaine profondeur
en-dessous de l'interface du milieu d'électrolyse et de la phase gazeuse.
[0020] La cathode est de préférence de forme cylindrique ; elle peut être fixée à la paroi
de la cellule par tout moyen ne faisant pas obstacle à la circulation du milieu d'électrolyse
et assurant, en outre, la conduction électrique.
[0021] Le dispositif d'évacuation par débordement du lithium et des sels fondus entraînés
simultanément peut être constitué par une goulotte par exemple.
[0022] Les systèmes de refroidissement inférieur et supérieur peuvent être constitués par
tout moyen permettant d'obtenir une température respectivement inférieure à 400°C
dans le milieu d'électrolyse et inférieure ou égale à 300°C dans la phase gazeuse
; ainsi peuvent être utilisés sur la paroi externe de la cellule des serpentins ou
colliers de refroidissement par circulation d'air atmosphérique ou d'eau, par exemple.
[0023] Le systéme de refroidissement inférieur est généralement situé à la hauteur moyenne
du bain d'électrolyse.
[0024] On donne, ci-après, de façon non limitative un exemple de réalisation préféré de
l'invention en faisant référence à la figure unique annexée.
[0025] La cellule d'électrolyse comprend :
. une cuve cylindrique (1) en acier inoxydable de 700 mm de diamètre intérieur, de
6 mm d'épaisseur, de volume voisin de 500 l ; son volume utile, dont les 2/3 environ
sont occupés par les sels fondus, est de 350 l ;
. une cathode cylindrique (2) de 800 mm de haut et de 4 mm d'épaisseur, en acier inoxydable
; elle est entièrement noyée dans le bain de sels ; la conduction électrique est assurée
par 6 tirants de 4 mm d'épaisseur chacun, soudés à la cathode et à la cuve ;
. une anode (3) qui est un barreau de graphite de 300 mm de diamètre, de 150 cm de
hauteur et plongeant dans le bain sur une hauteur de 85 cm environ , l'espace interpolaire
séparant l'anode de la cathode est de 20 mm. L'arrivée du courant se fait par l'intermédiaire
d'une barre de cuivre fixée dans la tête de l'anode ; le retour s'effectue par trois
pattes soudées au milieu de la cathode.
. un collier de refroidissement inférieur (4) avec circulation d'air atmosphérique
à un débit de 100 m³/h situé à 40 cm en-dessous du niveau du bain.
. un collier de refroidissement supérieur (5) avec circulation d'air atmosphérique
à un débit de 100 m³/h, collier situé à la partie inférieure de la phase gazeuse et
à la limite du niveau de l'interface avec le milieu d'électrolyse ;
. un dispositif d'alimentation (6) du mélange de sels fondus débouchant dans la partie
inférieure de la cuve ;
. un dispositif d'évacuation (7) du chlore à la partie supérieure de la cuve ;
. une goulotte (8) d'évacuation du lithium en mélange avec les sels fondus, goulotte
dont la position détermine le niveau du bain dans la cellule ; est située à 3 cm de
la paroi interne de la cellule ; sa largeur est de 5 cm et sa profondeur de 6 cm.
[0026] L'électrolyse est réalisée avec un courant de 5000 A, en utilisant un mélange de
sels fondus LiCl-KCl à une température de 380°C avec un débit de 300 l/h; la température
de la phase gazeuse à l'interface avec le milieu d'électrolyse est de 300°C.
[0027] Les bulles de chlore formées à l'anode induisent dans l'espace interpolaire une circulation
des sels fondus de l'ordre de 80 m³/h.
[0028] Le bilan de l'opération est le suivant ;
- à l'entrée (6) de l'électrolyseur :
. débit de KCl : 274 kg/h ;
. débit de LiCl : 224 kg/h.
- à la sortie liquide (8) de l'électrolyseur :
. débit de Li : 1,2 kg/h.
- à la sortie gaz (7) de l'électrolyseur :
. débit de Cl₂ : 1,9 Nm³/h.
[0029] Dans ces conditions, il est possible de réaliser l'électrolyseur du LiCl avec un
rendement faradique de 90 %. Le liquide sortant de l'électrolyeur est introduit dans
un décanteur comportant :
. une zone de décantation de 0,16 m² de surface ;
. un dispositif d'évacuation de la phase légère constituée par le lithium, par débordement
;
. un dispositif d'évacuation de la phase lourde constituée par le mélange de sels
fondus, comportant un puits et un réservoir.
[0030] Les sels fondus sont filtrés puis recyclés avec un appoint de 170 moles/h de LiCl,
dans l'électrolyseur.
1) Procédé de préparation en continu de lithium par électrolyse du chlorure de lithium
dans un mélange de sels fondus avec une circulation naturelle du milieu d'électrolyse
entre les électrodes et ce, sans utilisation d'un diaphragme, récupération en continu
du lithium dans un mélange de sels fondus d'une part, et du chlore sous forme gazeuse
d'autre part, ledit procédé étant caractérisé en ce que le milieu d'électrolyse est maintenu à une température comprise entre le point de
fusion du mélange de sels fondus à la composition eutectique et 400°C, et en ce que
la phase gazeuse constituée par le chlore formé est maintenue à une température ne
dépassant pas 300°C.
2) Procédé selon la revendication 1 caractérisée en ce que la phase gazeuse présente
un gradient de température allant de 300°C à la température ambiante lorsque l'on
s'éloigne de son interface avec le milieu d'électrolyse vers sa partie supérieure.
3) Appareillage pour la mise en oeuvre du procéde faisant l'objet de la revendication
1 ou 2, comprenant une cellule d'électrolyse comportant :
. une anode entourée d'une cathode totalement immergée dans le milieu d'électrolyse
;
. un dispositif d'entrée des sels fondus dans le bas de la cellule ;
. un dispositif d'évacuation du chlore gazeux formé ;
. un dispositif d'évacuation par débordement de lithium formé et des sels fondus entraînés
simultanément ;
ledit appareillage étant caractérisé en ce que la cellule d'électrolyse est munie à sa périphérie :
. d'un système inférieur de refroidissement situé à un niveau quelconque en-dessous
du niveau du bain d'électrolyse ;
. d'un système supérieur de refroidissement situé à la partie inférieure de la phase
gazeuse constituée par le chlore formé et à la limite du niveau de l'interface avec
le milieu d'électrolyse ;
et en ce que le dispositif d'évacuation par débordement du lithium formé et des sels fondus entraînés
simultanément est situé au niveau de l'interface du milieu d'électrolyse et de la
phase gazeuse, à une distance de la paroi interne de la cellule suffisante pour permettre
la formation d'une croûte périphérique de sels solidifiés sur ladite paroi au niveau
de l'interface du milieu d'électrolyse et de la phase gazeuse tout en évitant la cristallisation
du milieu à évacuer en continu.
4) Appareillage selon la revendication 3 caractérisé en ce que les systèmes de refroidissement
inférieur et supérieur sont constitués par tout moyen permettant d'obtenir une température
respectivement inférieure à 400°C dans le milieu d'électrolyse et inférieure ou égale
à 300°C dans la phase gazeuse.
5) Appareillage selon la revendication 4 caractérisé en ce que les systèmes de refroidissement
sont des serpentins ou des colliers de refroidissement par circulation d'air ou d'eau,
situés sur la paroi externe de la cellule.
6) Appareillage selon l'une quelconque des revendications 3 à 5 caractérisé en ce
que le dispositif d'évacuation par débordement du lithium formé et des sels fondus
entraînés simultanément est constitué par une goulotte.