[0001] L'invention concerne en premier lieu, un procédé de décapage de matériaux solides
thermorésistants revêtus d'une couche altérable sous l'effet de la chaleur et en second
lieu, un dispositif pour la mise en oeuvre de ce procédé.
[0002] L'invention se rapporte au domaine du traitement de surface.
[0003] Les matériaux les plus divers, utilisés notamment dans l'industrie aéronautique et
aérospatiale, la construction automobile, l'industrie alimentaire et l'industrie des
produits moulés, doivent être décapés à différentes étapes de leur utilisation ou
de leur traitement.
[0004] La technique courante employée en ce domaine est d'utiliser un procédé de décapage
en deux étapes.
[0005] Une première étape consiste à introduire les matériaux à décaper dans un four à pyrolyse.
La chaleur dégagée par ce four, généralement de l'ordre de 400 degrés Celsius (°C),
va alors dégrader les revêtements des matériaux thermorésistants, sans que ces derniers
soient déformés ou altérés dans leur constitution. Une partie des revêtements sera
ainsi gazéifiée, alors qu'une partie résiduelle, principalement constituée de matières
minérales, restera fixée à son support bien qu'altérée.
[0006] Une seconde étape consiste à nettoyer les résidus fixés sur les matériaux à décaper.
Actuellement, deux possibilités sont proposées par l'art antérieur.
[0007] Une première possibilité consiste à utiliser la technique du sablage selon laquelle
un composé siliceux ou un composé du même type, est projeté sous l'action de l'air
comprimé contre les matériaux prétraités par pyrolyse. Cette possibilité est rarement
mise en pratique à cause du caractère particulièrement abrasif des composés projetés.
[0008] Une seconde possibilité, largement mise en oeuvre dans les milieux industriels, consiste
à projeter de l'eau sous haute pression sur les matériaux prétraités par pyrolyse.
Les résidus sont alors détachés de leur support puis entraînés par l'écoulement de
l'eau. L'abrasion est négligeable. Par contre, un premier inconvénient majeur de cette
technique est dû à la formation de boues résultant de la mise en solution des résidus
dans l'eau. Ces boues contiennent très souvent des composés toxiques qui doivent impérativement
être traités. Cela engendre donc des coûts importants. Un second inconvénient réside
dans l'oxydation des surfaces généralement métalliques des matériaux traités par l'eau.
[0009] L'invention a pour objet un procédé de décapage de matériaux solides thermorésistants
revêtus d'une couche altérable sous l'effet de la chaleur qui remédie à moindres frais
aux inconvénients exposés ci-dessus.
[0010] Le procédé selon l'invention se caractérise en ce qu'il comporte une étape de pyrolyse
suivie d'une étape de nettoyage par projection de particules solides à basse température
se sublimant au contact des matériaux solides thermorésistants préalablement traités
par pyrolyse.
[0011] L'étape de nettoyage selon l'invention est avantageusement réalisée alors que les
matériaux soumis à l'action de la pyrolyse sont à une température supérieure à la
température ambiante.
[0012] De plus, l'étape de nettoyage est préférentiellement complétée par une étape de séchage.
[0013] Par ailleurs, l'invention a pour objet un dispositif pour la mise en oeuvre de ce
procédé.
[0014] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront plus clairement
à la lecture de la description qui suit, exposée en référence aux dessins d'accompagnement
donnés uniquement à titre d'exemples non limitatifs et dans lesquels :
- la figure 1 illustre de manière schématique la mise en oeuvre du procédé selon l'invention
dans ses différentes étapes ; et
- la figure 2 illustre de manière schématique l'assemblage des différents éléments du
dispositif mettant en oeuvre l'étape de nettoyage du procédé selon l'invention.
[0015] Le dispositif de décapage selon l'invention représenté en figure 1 comporte un four
à pyrolyse 1, et une cabine de nettoyage 2.
[0016] Le four à pyrolyse 1 et la cabine de nettoyage 2 sont traversés par des convoyeurs
parallèles, respectivement référencés 3 et 4. Un convoyeur de relais 5 est disposé
à l'une des extrémités du dispositif de décapage, entre les convoyeurs 3 et 4. Un
convoyeur d'entrée 6 est situé à l'autre extrémité du dispositif de décapage, à proximité
du convoyeur 3 du four à pyrolyse 1.
[0017] Par ailleurs, des panneaux modulaires isolants sont avantageusement disposés tout
autour de l'ensemble de décapage.
[0018] L'exemple décrit en référence aux figures 1 et 2 est relatif au traitement de luges
7 qui transportent des pièces réalisées et traitées dans les chaînes de fabrication
d'industries variées.
[0019] Au niveau du convoyeur 3, les luges 7 sont empilées. La figure 1 représente les piles
obtenues par la superposition de deux luges référencées 8.
[0020] Deux potences non représentées sur la figure 1 sont avantageusement placées, l'une
à l'extrémité du convoyeur d'entrée 6 des luges, entre celui-ci et le convoyeur 3
traversant le four 1, et l'autre, entre le convoyeur relais 5 et l'extrémité du convoyeur
4.
[0021] Le four à pyrolyse 1 est notamment constitué d'une enceinte cubique comportant d'une
part, une ouverture d'enfournement des piles 8 de luges du coté du convoyeur d'entrée
6 et, d'autre part une ouverture de défournement desdites piles, au coté opposé au
convoyeur. Ces deux ouvertures sont munies de portes : la porte d'enfournement référencée
par le chiffre 9, et la porte de défournement référencée par le chiffre 10. Ces portes
sont préférentiellement coulissantes. Par ailleurs, une conduite 11 est connectée
au sein du four à pyrolyse 1.
[0022] L'accès à la cabine de nettoyage 2 est constitué par exemple par un tunnel d'entrée
12 des luges 7 alors que la sortie desdites luges s'effectue par un tunnel de sortie
13. De plus, cette cabine comporte une porte d'entrée 14. La cabine de nettoyage 2
est avantageusement équipée d'un dispositif d'aspiration tel qu'une hotte aspirante
et comporte préférentiellement un dispositif de soufflage d'air chaud. Par ailleurs,
cette cabine comporte en partie ou en totalité, le dispositif schématisé en figure
2.
[0023] Ce dispositif permet la projection de particules solides représentées par l'ensemble
des traits référencés 25. Ces particules solides 25 sont avantageusement composées
de dioxyde de carbone. Néanmoins, elles peuvent être constituées d'autres composés
chimiques ayant au moins partiellement la propriété d'être sous forme gazeuse à la
température ambiante.
[0024] Dans le cas où les particules solides sont composées de dioxyde de carbone, l'ensemble
de projection de la figure 2 comporte avantageusement, un réservoir de stockage 15
du dioxyde de carbone liquide 16, un dispositif de production 17,18,32 des particules
de dioxyde de carbone 25, un compresseur sécheur 19,20 , et un appareillage de projection
21.
[0025] Le dispositif de production des particules 17,18,32 est relié, d'une part, au réservoir
de stockage 15 du dioxyde de carbone liquide 16 par l'intermédiaire d'une canalisation
22 éventuellement munie d'une vanne 23 et, d'autre part à l'appareillage de projection
21, par l'intermédiaire d'une canalisation de transport 24 des particules 25. Par
ailleurs, le compresseur sécheur 19,20 est relié à la fois à la canalisation de transport
24 des particules et à l'appareillage de projection 21, par l'intermédiaire de canalisations
26 et 27.
[0026] Une vanne de réglage de débit d'air de transport 28 peut être disposée sur la canalisation
26 et une vanne de réglage de débit d'air de propulsion 29 peut être disposée sur
la canalisation 27.
[0027] Le réservoir de stockage 15 du dioxyde de carbone liquide 16 est constitué notamment
de parois externes comportant du dioxyde de carbone à l'état liquide maintenu à une
pression de l'ordre de 20 bars et à une température de -20 °C environ.
[0028] Le dispositif de production des particules comporte au moins une enceinte de détente
17, un réservoir 18 de récupération des particules formées, et un ou plusieurs panneaux
calibrés 28 disposés entre ladite enceinte de détente et ledit réservoir 18.
[0029] Le compresseur sécheur est constitué d'une enceinte de compression 19 reliée à un
sécheur 20.
[0030] Quant à l'appareillage de projection, il comporte par exemple un pistolet 21 muni
d'une buse de projection 31 et, en arrière de cette buse, une chambre de mélange.
[0031] Les matériaux à décaper sont référencés par le numéro 33 alors que les résidus de
la pyrolyse sont référencés par le numéro 34.
[0032] En se rapportant à nouveau à la figure 1, les luges 7 sélectionnées pour un décapage
selon l'invention sont déplacées vers l'entrée du dispositif, le long de la flèche
référencée 32. Une potence permet alors l'empilement des luges 7 sur le convoyeur
3
[0033] La première étape du procédé est une étape de pyrolyse. La pile 8 de luges 7 est
enfournée dans le four à pyrolyse 1 par l'ouverture d'enfournement. La porte d'enfournement
9 et la porte de défournement 10 sont ensuite refermées. La chaleur du four est alors
portée à une température suffisante pour que la pyrolyse puisse avoir lieu sans que
les matériaux à décaper soient altérés. En pratique, la température atteinte est comprise
entre 250 et 600 °C. A une telle température, le revêtement est alors dégradée en
deux parties. Une première partie est gazéifiée et s'échappe par la canalisation 11
pour être ultérieurement traitée par une post-combustion. Une seconde partie, globalement
constituée de matières minérales altérées, reste fixée sur les surfaces des matériaux
solides thermorésistants à décaper. Le temps de pyrolyse varie en fonction des matériaux
à traiter, néanmoins, ce temps peut être estimé en moyenne à une quinzaine de minutes.
Après pyrolyse, la porte de défournement 10 est ouverte et les piles 8 de luges 7
sont alors défournées. Bien entendu, l'étape de pyrolyse peut se dérouler grâce à
des moyens différents du four à pyrolyse précité. Par exemple, cette étape peut se
dérouler dans un four comportant un lit fluidisé, c'est-à-dire un four dans lequel
du sable est mis en suspension.
[0034] Une seconde potence effectue ensuite le passage des luges une à une du convoyeur
3 au convoyeur relais 5, lequel transporte les luges 7 vers le convoyeur 4. Un autre
passage est enfin effectué vers le convoyeur 4 avant que les luges 7 soient introduites
dans la cabine de nettoyage 2 par le tunnel 12.
[0035] C'est à l'intérieur de la cabine de nettoyage 2 que les luges sont nettoyées et avantageusement
séchées avant de ressortir par le tunnel de sortie 13 et de rejoindre la chaîne de
fabrication dans le sens indiqué par la flèche 33.
[0036] En se rapportant maintenant à la figure 2, le dioxyde de carbone liquide stocké dans
le réservoir 15 est acheminé par la canalisation 23, vers l'enceinte de détente 17.
[0037] Le dioxyde de carbone liquide subit alors une détente qui s'accompagne d'une diminution
de la pression jusqu'à la pression atmosphérique, et d'une diminution parallèle de
la température atteignant alors la température de -78°C. A une telle température et
à une telle pression, le dioxyde de carbone est sous forme de neige carbonique.
[0038] Le passage de cette neige au travers de panneaux à trous calibrés 32 assure la formation
de particules compactes de dioxyde de carbone solide 25 de taille désirée, par exemple
de 3 mm de diamètre.
[0039] Les particules sont alors stockées dans le réservoir de récupération 18 jusqu'au
moment où la vanne de distribution des particules 30 sera ouverte.
[0040] A ce moment, si la vanne de réglage de débit d'air de transport 28 et la vanne de
réglage de débit d'air de propulsion 29 sont ouvertes, et si le dispositif de projection
des particules est déclenché, les particules préalablement accélérées par l'air passant
par la canalisation de transport 24 seront alors projetées par la buse 31 du pistolet
21 sous l'effet de l'introduction parallèle d'air sous haute pression, distribué par
la canalisation d'air propulseur 27 provenant du compresseur d'air 19 et séché par
le sécheur 20, dans la chambre de mélange du pistolet 21 de projection. La température
des particules est alors voisine de -78°C.
[0041] L'efficacité du nettoyage est une fonction croissante de trois paramètres : l'énergie
cinétique acquise par les particules au moment du choc, le débit de ces particules
et le choc thermique subit par les matériaux rencontrés.
[0042] Le choc thermique provient de la différence de température existant entre les particules
de dioxyde de carbone solide et les matériaux rencontrés par ces particules. Plus
ce choc est important, plus le détachement des résidus fixés sur la surface des matériaux
à décaper est aisé. Il est donc non seulement avantageux d'avoir des particules de
dioxyde de carbone à basse température, mais il est aussi particulièrement avantageux
d'avoir des matériaux cibles très chauds. Par suite, plus le délai entre l'étape de
pyrolyse et l'étape de nettoyage est court, plus les matériaux à nettoyer seront chauds,
plus le choc thermique sera important, et meilleure sera la qualité du nettoyage.
Ce délai est tel que les matériaux soumis à l'action de la pyrolyse sont à une température
supérieure à la température ambiante. Il est avantageusement de quinze minutes suivant
la fin de l'étape de pyrolyse. En effet, si l'étape de nettoyage est réalisée dans
l'intervalle des quinze minutes suivant la fin de l'étape de pyrolyse, les matériaux
à traiter auront en fait une température largement supérieure à la température ambiante
dépassant souvent les 80°C.
[0043] L'efficacité du nettoyage est ainsi avantageusement améliorée.
[0044] En fait, les particules de dioxyde de carbone solide se subliment au contact des
matériaux solides thermorésistants préalablement traités par pyrolyse. Le dioxyde
de carbone gazeuse s'échappe alors dans l'atmosphère et les résidus tombent secs en
vue d'une récupération. Ils peuvent alors être collectés par simple aspiration.
[0045] Selon les caractéristiques la cabine de nettoyage pour la mise en oeuvre du procédé
selon l'invention, il est possible qu'une légère condensation de l'eau se réalise
sur les parois des matériaux décapés. Cela est notamment le cas lorsque l'atmosphère
contenue dans la cabine de nettoyage est trop humide. Un séchage effectué par exemple
par soufflage d'air chaud sur les parois des matériaux décapés est alors utile pour
permettre d'éviter toute oxydation desdits matériaux. Un tel séchage peut être effectué
directement dans la cabine de nettoyage 2, ou après que les matériaux aient traversés
ladite cabine.
[0046] Lorsque que les différents étapes du procédé selon l'invention ont été mises en oeuvre,
les luges 7 réintègrent la chaîne de fabrication.
1. Procédé de décapage de matériaux solides thermorésistants revêtus d'une couche altérable
sous l'effet de la chaleur, caractérisé en ce qu'il comporte une étape de pyrolyse
(1) suivie d'une étape de nettoyage (2) par projection de particules solides à basse
température se sublimant au contact desdits matériaux solides thermorésistants préalablement
traités par pyrolyse.
2. Procédé de décapage selon la revendication 1, caractérisé en ce que l'étape de nettoyage
(2) est réalisée alors que les matériaux soumis à l'action de la pyrolyse sont à une
température supérieure à la température ambiante.
3. Procédé de décapage selon la revendication 2, caractérisé en ce que l'étape de nettoyage
(2) est réalisée dans l'intervalle des quinze minutes suivant la fin de l'étape de
pyrolyse.
4. Procédé de décapage selon l'une des revendications 1, 2, ou 3, caractérisé en ce que
les particules solides projetées sont composées de dioxyde de carbone à l'état solide
(25).
5. Procédé de décapage selon l'une des revendications 1, 2, 3, ou 4, caractérisé en ce
que l'étape de nettoyage (2) est complétée par un séchage des matériaux préalablement
soumis à la projection de particules solides à basse température.
6. Procédé de décapage selon la revendication 5, caractérisé en ce que l'étape de séchage
est réalisée par soufflage d'air chaud.
7. Dispositif pour la mise en oeuvre du procédé selon l'une des revendications précédentes,
caractérisé en ce qu'il comporte un four à pyrolyse (1) maintenu à une température
comprise entre 250 et 600 degrés Celsius relié à un appareillage de projection de
particules solides à basse température.