[0001] L'invention concerne un procédé de peroxydation des corps gras. Les produits obtenus
par le procédé selon l'invention permettent d'améliorer les formulations cosmétiques
et pharmaceutiques dans lesquelles ils sont utilisés.
[0002] Les procédés de peroxygénation de corps gras sont nombreux, et l'utilisation pharmaceutique
ou cosmétologique d'huiles peroxydées est connue depuis des siècles.
[0003] Le principe des réactions chimiques de peroxydation des corps gras est désormais
bien connu. Ces réactions comportent une première phase d'initiation correspondant
à la création de radicaux libres, ces derniers pouvant ensuite réagir lors d'étapes
ultérieures avec l'oxygène apporté au milieu pour former les composés de peroxydation
(hydroperoxydes, endoperoxydes,...).
[0004] Les produits obtenus par tous ces procédés sont caractérisés par leur indice de peroxyde,
révélateur de la quantité d'oxygène fixée lors de la réaction de peroxydation.
[0005] Dans l'ensemble des procédés décrits jusqu'à présent, la phase d'initiation des radicaux
libres est soit continue, soit discontinue, et se caractérise par un apport d'énergie
sous forme de chaleur, seule ou en combinaison avec des rayonnements ultraviolets.
L'emploi de promoteurs de radicaux comme les ions métalliques a aussi été décrit.
[0006] Le brevet français FR-A-2 461 744, par exemple, décrit une peroxydation de corps
gras par soufflage d'air, sous une température de l'ordre de 50 à 100°C, avec une
catalyse aux rayonnements ultaviolets.
[0007] D'autres procédés de peroxydation sont décrits par exemple dans le manuel "Introduction
à la biochimie et à la technologie des aliments " Vol.1 par J.C Cheftel et H.cheftel,
Techniques et documentation-Lavoisier. Ces procédés font intervenir, lors de la phase
d'initiation, des températures élevées, et des catalyseurs tels que des rayonnements
lumineux ou des traces de métaux.
[0008] De même, le brevet français FR-A-0 918 163, qui se rapporte à des médicaments dont
les principes actifs sont des peroxydes de corps gras, précise que ces derniers peuvent
être obtenus par les procédés de peroxydation dans lesquels des corps gras éthyléniques
sont mis soit en présence d'oxygène à une température de préférence supérieure à 20°C
soit en présence d'eau oxygénée.
[0009] L'utilisation de l'ozone a également été citée, bien qu'aboutissant principalement
à la création de composés oxygénés d'une autre nature (ozonides).
[0010] Dans tous les procédés cités, l'oxygène est apporté par bullage ou par simple exposition
à l'air, à la pression atmosphérique.
[0011] Ceci a pour inconvénient d'interdire l'utilisation d'initiateurs de radicaux puissants.
En effet, une création de radicaux en trop grand nombre par rapport à l'oxygène présent
dans le milieu entraînerait des réactions secondaires néfastes(changements de position
de doubles liaisons, clivages de chaînes, polymérisations,...).Les initiateurs de
radicaux employés sont donc limités à la chaleur ou aux ultra violets de faible énergie.
[0012] De plus, dans tous les procédés décrits, la formation des peroxydes lipidiques s'accompagne
généralement par la formation de produits de dégradation cytotoxiques.
[0013] Ces produits sont en particulier des aldéhydes tels que le malondialdéhyde (MDA),
qui est une molécule dont la toxicité pour la peau est aujourd'hui reconnue.
[0014] La présente invention vise pour cela un nouveau procédé de peroxydation des corps
gras qui permet de maîtriser la formation des produits de dégradation toxiques tels
que le MDA en les limitant. Ce procédé se caractérise, entre autres, par des conditions
réactionnelles permettant d'obtenir un corps gras peroxydé présentant un taux de MDA
inférieur à 30 ppm, et plus particulièrement compris entre 10 et 30 ppm, soit 0,1
à 0,3 ppm pour 100 d'indice de peroxyde.
[0015] Le procédé de peroxydation selon l'invention consiste à soumettre, en présence d'oxygène,
le corps gras à un rayonnement x, gamma ou béta permettant d'initier la réaction,
le corps gras une fois péroxydé présentant un taux de malondialdéhyde inférieur à
0,30 ppm par unité de peroxyde.
[0016] Ainsi, le procédé selon l'invention met en oeuvre des rayonnements plus énergétiques
que les rayonnements ultraviolets, comme par exemple, les rayons X, rayons gamma,
rayons beta.
[0017] Par contre, les rayons alpha et les neutrons sont difficilement utilisables car l'énergie
des rayonnements doit être telle qu'elle n'induit pas de réactions nucléaires significatives.
[0018] Les corps gras sont peroxydés en présence de la quantité nécessaire d'oxygène, de
façon rapide et contrôlée, évitant la formation de produits de dégradations qui apparaissent
si la réaction est conduite au delà de la création des composés peroxydés.
[0019] Pour mettre en oeuvre le procédé selon l'invention, le corps gras est placé dans
un récipient transparent au rayonnement choisi et rempli partiellement de façon à
emprisonner un volume suffisant d'oxygène ou d'air au dessus du corps gras. Le volume
d'oxygène est calculé pour correspondre à la valeur de l 'indice de peroxyde souhaité.
Cet oxygène(ou le volume d'air le renfermant) peut être sous forme liquide ou gazeuse
et est de préférence mis sous pression car il est alors directement dissous au sein
du corps gras et peut réagir instantanément avec les radicaux créés par les rayonnements.
[0020] On introduira de manière avantageuse l'oxygène sous une pression de 1 à 6 bars, de
préférence 2 bars.
[0021] La mise sous pression initiale est contrôlée au moyen d'un manomètre. A la fin de
la réaction, la pression indiquée par le manomètre (prise à température initiale),
doit être revenue à une valeur indiquant la consommation totale de l'oxygène présent
par le corps gras. Dans le cas de l'utilisation d'oxygène pur sous pression, cette
valeur sera voisine de zéro.
[0022] Un dispositif d'agitation automatique intense peut aussi être utilisé au cours de
la phase d'ionisation et juste après.
[0023] De manière avantageuse, le rayonnement ionisant est appliqué essentiellement pour
initier la réaction de peroxydation. Cependant, il peut également être appliqué pendant
toute la durée de la réaction.
[0024] Dans une variante de l'invention, l'addition, à un corps gras non traité, d'une partie
de corps gras ainsi peroxydé et jouant alors le rôle d'amorce, permet de réduire la
durée d'une peroxydation effectuée selon des procédés classiques, et donc de limiter
la formation de composés de dégradation secondaires.
[0025] Dans le procédé selon la présente invention, l'utilisation des radiations gammas,
notamment, permet d'obtenir avantageusement un corps gras peroxydé présentant un taux
de MDA inférieur à celui obtenu avec les techniques déjà décrites et dans des conditions
réactionnelles plus économiques du fait de la réduction du temps d'opération.
[0026] De manière pratique l'invention utilise de préférence les paramètres d'ionisation
des unités de stérilisations industrielles à particules (rayons beta ou électrons
accélérés) ou à ondes électromagnétiques (rayons gamma, rayons X).
[0027] L'énergie utilisée est fonction du rayonnement employé. Les paramètres d'ionisation
sont calculés afin de permettre l'émission d'une énergie totale comprise entre 10
et 100 Kgy.
[0028] La relative courte durée de la réaction, comprise entre 4 et 10 heures permet d'éviter
la formation des composés de dégradation secondaire des peroxydes lipidiques. En fin
de réaction, l'absence d'oxygène au sein du récipient est avantageuse car elle permet
d'obtenir un produit stable.
[0029] On obtient un corps gras peroxydé présentant un taux de MDA inférieur à 30 ppm, et
plus particulièrement compris entre 10 et 30 ppm, soit 0,1 à 0,3 ppm pour 100 d'indice
de peroxyde.
[0030] Les produits ainsi obtenus peuvent être utilisés purs ou en mélange, dans la constitution
notamment de produits à usage thérapeutique, cosmétique, diététique.
[0031] Dans un mode de mise en oeuvre particulièrement avantageux du procédé, il est prévu
d'additionner un actif thermo-sensible au corps gras, avant l'ionisation de ce dernier.
On peut alors bénéficier des effets stérilisants des rayonnements utilisés dans le
cadre d'applications nécessitant un produit stérile.
[0032] Cet actif thermo-sensible pourra être choisi notamment dans les groupes des antibiotiques,
des vitamines liposolubles, des enzymes ou des protéines.
Les huiles peroxydées utilisées dans le procédé selon l'invention sont végétales et/ou
animales. Elles sont choisies dans le groupe des corps gras éthyléniques tels que
l'huile d'olive, d'arachide, de sésame, de maïs, de tournesol, d'amande douce, ou
dans le groupe des acides gras polyinsaturés comme l'huile d'onagre, de bourrache,
de cassis, de germe de blé, ou encore dans le groupe des huiles animales comme celles
issues du poisson. Cette liste n'est pas limitative.
[0033] Les exemples suivants illustrent la présente invention sans en limiter les possibilités
et les variantes de mise en oeuvre.
Exemple 1
[0034] Dans un obus cylindrique en polyéthylène de 20 litres et de 20 cm de diamètre, équipé
d'un orifice muni d'un robinet permettant son remplissage, et d'un manomètre, on dispose
15 Kg d'huile de tournesol. 10 litres d'oxygène gazeux sont introduits. La pression
indiquée est très légèrement supérieure à 2 bars. L'obus est disposé sur le chariot
de gamma stérilisation. La durée d'exposition est de 8 heures, en quatre passages
de 2 heures sur la source émettrice.
[0035] A chaque passage l'énergie transmise est de 25 KGy. Au total 100 Kgy sont transmis.
Après chaque passage on lit la pression sur le manomètre. Dans ce cas la pression
décroît grossièrement d'un quart à chaque mesure, pour être pratiquement nulle après
le dernier passage. On note un rougissement du milieu réactionnel après le deuxième
passage. Ce rougissement disparaît à la fin de la réaction. L'huile de tournesol présente
alors un indice de peroxyde voisin de 300, et un taux de MDA inférieur à 30 ppm, soit
0,1 ppm par unité de peroxyde.
Exemple 2
[0036] Les quinze litres de l'exemple 1 sont mélangés à 30 litres d'huile de tournesol non
traitée. Le mélange présente un indice de peroxyde de 100, et un taux de MDA de 0,10
ppm par unité de peroxyde.
Exemple 3
[0037] Les conditions réactionnelles sont celles de l'exemple 1, mais l'obus n'est soumis
qu'à un seul passage sous rayonnement ionisant à 25 kGy. La pression résiduelle est
de 1 bars, l'indice de peroxyde de 50, la teneur en MDA de 0,2 par unité de peroxyde.
[0038] L'obus est placé dans un bain thermostaté à 95°C pendant 8 heures. On arrête la réaction
alors que la pression résiduelle est de 0,1 bars. L'indice de peroxyde est de 120,
et la teneur en MDA de 0,3 ppm par unité de peroxyde.
Exemple 4
[0039] Une huile de Calophylum Inophyllum est traitée avec les conditions de l'exemple 1.Les
calculs sont effectués pour obtenir un indice de peroxyde de 50 et un taux de MDA
inférieur à 0,3 ppm par unité de peroxyde. Cette huile appliquée sur des érythèmes
solaires, permet d'obtenir une sédation rapide des manifestations douloureuses liés
à l'érythème.
1. Procédé de peroxydation d'un corps gras consistant à soumettre, en présence d'oxygène,
le corps gras à un rayonnement x, gamma ou béta, pour initier la réaction, le corps
gras une fois péroxydé présentant un taux de malondialdéhyde inférieur à 0,30 ppm
par unité de peroxyde.
2. Procédé selon la revendication 1 dans lequel le rayonnement ionisant est appliqué
essentiellement pour initier la réaction de peroxydation.
3. Procédé selon la revendication 1 dans lequel le rayonnement ionisant est appliqué
pendant toute ou sensiblement toute la réaction.
4. Procédé selon les revendications 1 à 3 consistant à ajouter au corps gras préalablement
à toute peroxydation habituelle une faible quantité de corps gras ionisé, jouant le
rôle d'amorce afin de réduire la durée de la réaction.
5. Procédé selon les revendications 1 à 4 consistant à introduire de l'oxygène à une
pression supérieure à la pression atmosphérique.
6. Procédé selon les revendications 1 à 5 consistant à introduire de l'oxygène sous forme
liquide ou gazeuse à une pression supérieure à la pression atmosphérique.
7. Procédé selon les revendications 1 à 6 consistant à introduire de l'oxygène gazeux
à une pression comprise entre 1 et 6 bars.
8. Procédé selon les revendications 1 à 7 consistant à introduire de l'oxygène gazeux
à une pression de 2 bars.
9. Procédé selon les revendications 1 à 8 consistant à fixer préalablement à la réaction
les quantités d'oxygène et de rayonnement en fontion de l'indice de peroxyde souhaité
dans le corps gras peroxydé.
10. Procédé selon les revendications 1 à 9, consistant à soumettre le corps gras à un
rayonnement gamma, l'énergie transmise étant comprise entre 10 et 100 kGy.
11. Procédé selon les revendications 1 à 10, consistant à choisir le corps gras parmi
les corps gras animaux et/ou végétaux.
12. Procédé selon les revendications 1 à 11, consistant à utiliser de préférence des huiles
végétales éthyléniques comme l'huile d'olive, d'arachide, de sésame, de maïs, de tournesol,
d'amande douce, ou des huiles végétales polyinsaturées comme l'huile d'onagre, de
bourrache, de cassis, de germe de blé, ou encore dans le groupe des huiles animales
comme celles issues du poisson.
13. Procédé selon les revendications 1 à 12 consistant à choisir des conditions réactionnelles
permettant d'obtenir un corps gras peroxydé comprenant un taux de MDA de préférence
compris entre 0,10 et 0,3 ppm par unité de peroxyde.
14. Procédé selon les revendications 1 à 13 consistant à ajouter préalablement à la soumission
au rayonnement ionisant un actif thermosensible au corps gras.
15. Procédé selon les revendications 1 à 14 consistant à rajouter un actif thermo-sensible
choisi notamment dans les groupes des antibiotiques, des vitamines liposolubles des
enzymes, ou des protéines.
16. Procédé selon les revendications 1 à 15 consistant à agiter le corps gras lors de
la soumission au rayonnement ionisant et/ou juste après.