[0001] La présente invention est relative à un produit sidérurgique ayant des caractéristiques
mécaniques élevées, une bonne tenue au choc et une bonne usinabilité, le produit sidérurgique
pouvant être utilisé pour fabriquer directement par usinage des pièces mécaniques
en acier ayant des caractéristiques mécaniques élevées et une bonne tenue au choc.
Par « produit sidérurgique », on entend un produit en acier, obtenu par laminage à
chaud d'un demi-produit tel qu'un lingot, un bloom, une billette ou une brame, ayant
subi éventuellement un traitement thermique postérieurement au laminage à chaud, et
se présentant, par exemple, sous forme d'une barre de section ronde ou carrée, d'un
profilé, d'un fil, d'une tôle, d'un plat, ou encore sous forme d'un tube sans soudure.
[0002] De nombreuses pièces mécaniques sont fabriquées par usinage d'un produit sidérurgique
laminé soumis, avant usinage, à un traitement thermique de trempe et revenu destiné
à conférer à l'acier les propriétés mécaniques souhaitées. Selon cette technique,
pour obtenir de très hautes caractéristiques mécaniques telle qu'une résistance à
la traction supérieure à 1000 MPa, on utilise un acier faiblement allié (acier dont
la somme des teneurs en éléments d'alliage, en % en poids, est inférieure à 8 %) contenant
de 0,25% à 0,45% en poids de carbone, et un ou plusieurs éléments d'alliage tels que
le nickel, le chrome et le molybdène. La composition chimique de l'acier est choisie
pour qu'il ait une trempabilité suffisante afin que la trempe effectuée sur le produit
sidérurgique conduise à une structure martensitique. Cette technique présente plusieurs
inconvénients. D'une part la trempe engendre des risques de tapures qui rend délicate
la fabrication du produit sidérurgique, cette fabrication étant d'autant plus délicate
que les caractéristiques mécaniques recherchées sont élevées. D'autre part, la nécessité
d'un revenu effectué après la trempe allonge le processus de fabrication, ce qui augmente
les coûts. Enfin, la relativement forte teneur en carbone, nécessaire pour obtenir
de telles caractéristiques mécaniques, rend l'usinage difficile, notamment parce que,
au cours du revenu, des carbures très durs peuvent se former.
[0003] On fabrique également des pièces de mécaniques par usinage d'un produit sidérurgique
laminé en acier contenant en poids de 0,35 à 0,50% de carbone, de 1,3 à 1,6% de manganèse,
de 0,5 à 1,2% de silicium et de 0,08 à 0,15% de vanadium. Dans ce cas, le produit
sidérurgique est refroidit lentement après laminage de façon à présenter une structure
ferrito-perlitique. Cette technique a l'avantage d'être plus économique que la précédente,
mais elle présente plusieurs inconvénients. Tour d'abord il est très difficile d'obtenir
de très hautes caractéristiques mécaniques : la résistance Rm est limitée à 1000 MPa
et le ratio limite d'élasticité sur résistance à 0,70, et beaucoup plus souvent à
0,65, ce qui réduit les possibilités d'utilisation notamment lorsque la tenue des
pièces est calculée par référence à la limite d'élasticité. Par ailleurs la tenue
au choc est faible, tout particulièrement lorsque la résistance avoisine 1000 MPa.
De plus, la ductilité est faible puisque la striction Z n'excède pas 45% dans les
meilleurs des cas. En second lieu les difficultés d'usinage sont similaires à celles
de la technique précédente en raison des teneurs en carbone nécessaires pour obtenir
des niveaux de résistance voisins de 1000 MPa.
[0004] On fabrique aussi des pièces de mécaniques par usinage d'un produit sidérurgique
laminé en acier contenant en poids de 0,15 à 0,40% de carbone, plus de 1,9% de manganèse
ou plus de 1,5% de chrome (les teneurs en ces éléments pouvant atteindre 4 %), refroidi
lentement après laminage pour obtenir une structura bainitique. Cette technique présente
l'inconvénient de ne pas permettre d'obtenir de façon fiable et régulière une résistance
à la traction supérieure à 1000 MPa. De plus, elle conduit à la formation de bandes
dures souvent ségrégées ayant une structure martensitique qui rendent l'usinage difficile.
[0005] Le but de la présente invention est de remédier à ces inconvénients en proposant
un moyen pour fabriquer une pièce de mécanique en acier dont une partie au moins présente
à la fois une résistance à la traction supérieure à 1000 MPa, une très bonne ductilité,
une bonne aptitude à l'usinage, ces propriétés étant obtenues sans qu'il soit nécessaire
d'effectuer un traitement thermique de revenu.
[0006] A cet effet, l'invention a pour objet un produit sidérurgique tel que, par exemple,
une barre ronde ou carrée, un tube sans soudure, un plat ou une tôle, ayant une structure
bainitique, et, à 20°C, une résistance à la traction Rm ≥ 1000 MPa, un rapport limite
d'élasticité sur résistance à la traction Rp0,2 / Rm ≥ 0,78, une striction Z ≥ 55
% et une résilience Mesnager Km ≥ 45 J/cm
2, ledit produit sidérurgique étant constitué d'un acier dont la composition chimique
comprend, en poids:















éventuellement un ou plusieurs éléments pris parmi Te jusqu'à 0,010%, Se jusqu'à
0,025%, Bi jusqu'à 0,13%, Pb jusqu'à 0,090%, Ca jusqu'à 0,0040% le reste étant du
fer et des impuretés résultant de l'élaboration, la composition chimique satisfaisant
en outre les relations :




[0007] De préférence, la dimension caractéristique du produit sidérurgique est comprise
entre 10 mm et 50 mm.
[0008] L'invention concerne également un procédé de fabrication du produit sidérurgique
conforme à l'invention selon lequel :
- on se procure un demi produit en acier ayant la composition chomique indiquée ci-dessus,
par exemple un lingot, une brame, un bloom ou une billette,
- on chauffe le demi produit jusqu'à une température supérieure à 1000°C et on le lamine
pour former un produit sidérurgique,
- directement après laminage, on refroidit le produit sidérurgique à une vitesse de
refroidissement moyenne supérieure ou égale à 0,5 °C/s jusqu'à une température inférieure
ou égale à Ms - 350°, Ms étant la température maximale de début de transformation
martensitique de l'acier,
- on réchauffe le produit sidérurgique jusqu'à une température supérieure à Ac3 et comprise de préférence entre 910 °C et 980 °C,
- et on le refroidit à une vitesse de refroidissement moyenne comprise entre 17 °C/s
et 150 °C/s jusqu'à une température inférieure ou égale à Bs - 450°, puis on le laisse
refroidir jusqu'à la température ambiante.
[0009] Le produit sidérurgique peut, également, être fabriqué par un procédé selon lequel
:
- on se procure un demi produit en acier dont la composition chimique est indiquée ci-dessus,
par exemple un lingot, une brame, un bloom ou une billette,
- on chauffe le demi produit jusqu'à une température supérieure à 1000°C et on le lamine
pour former un produit sidérurgique qu'on laisse refroidir naturellement jusqu'à une
température comprise entre 920 °C et 980 °C,
- et on refroidit le produit sidérurgique à une vitesse de refroidissement moyenne comprise
entre 17 °C/s et 150 °C/s jusqu'à une température inférieure ou égale à Bs - 400°,
Bs étant la température de début de transformation bainitique de l'acier à la vitesse
de refroidissement effective, puis on le laisse refroidir jusqu'à la température ambiante.
[0011] L'invention va maintenant être exposée de façon plus précise mais non limitative
et illustrée par les exemples qui suivent.
[0012] Pour fabriquer de façon fiable et sans trop de difficultés d'usinage une pièce de
mécanique en acier dont les caractéristiques mécaniques à 20°C sont :




on utilise un acier au quel on confère une structure bainitique et dont la composition
chimique comprend, en poids :
- de 0,06 % à 0,11 % de carbone pour obtenir une structure bainitique ayant les caractéristiques
mécaniques requises, et exempte de gros carbures défavorables à l'usinabilité ;
- de 0,9% à 1,7%, et de préférence plus de 1 %, de manganèse, pour obtenir une bonne
coulabilité et une bonne santé interne notamment en coulée continue, pour fixer le
soufre ajouté pour améliorer l'usinabilité et pour augmenter la trempabilité, le rapport
Mn/S étant supérieur ou égal à 12 ;
- de 0,15% à 0,40% de silicium pour obtenir une désoxydation suffisante, notamment lorsque
la teneur en aluminium est faible ;
- de 0,025% à 0,10% de soufre pour améliorer l'usinabilité ;
- moins de 0,025% de phosphore pour ne pas détériorer la résilience ;
- moins de 0,25% de nickel pour éviter la formation de martensite, cet élément est considéré
comme un résiduel apporté par les matières premières au cours de l'élaboration de
l'acier, sa teneur peut, éventuellement, être égale à 0% ;
- moins de 0,25 % de cuivre afin d'éviter de diminuer la tenue au choc et la ductilité,
cet élément est considéré comme un résiduel apporté par les matières premières lors
de l'élaboration, sa teneur peut, éventuellement, être égale à 0% ;
- de 0,5% à 1,20% de chrome pour augmenter la trempabilité sans durcir excessivement
la bainite pour ne pas détériorer l'usinabilité ;
- de 0,08% à 0,13% de molybdène pour augmenter la trempabilité en synergie avec le bore,
et, en particulier, augmenter le domaine d'existence de la structure bainitique ;
- de 0% à 0,035% de titane, de 0% à 0,10% de vanadium et de 0% à 0,06% de niobium, la
somme des teneurs en ces trois éléments étant comprise entre 0,015% et 0,13% afin
d'obtenir une structure entièrement bainitique dans toute la masse du produit sidérurgique
;
- de 0,003% à 0,035% d'aluminium, la somme Al + Ti étant supérieure à 0,02% afin d'obtenir
un grain suffisamment fin pour obtenir la résilience souhaitée ;
- de 0,0008% à 0,0040% de bore pour augmenter la trempabilité et éviter la formation
de ferrite ;
- de 0,0060 à 0,011% d'azote pour former des nitrures d'aluminium, de titane ou de vanadium,
sans former des nitrures de bore ;
- éventuellement un ou plusieurs éléments pris parmi Te jusqu'à 0,010%, Se jusqu'à 0,025%,
Bi jusqu'à 0,13%, Pb jusqu'à 0,090%, Ca jusqu'à 0,0040% pour améliorer l'usinabilité
;
le reste étant du fer et des impuretés résultant de l'élaboration.
[0013] En outre, et afin de garantir une résistance à la traction supérieure à 1000 MPa,
la composition chimique doit satisfaire la relation :

[0015] La pièce de mécanique est alors usinée dans le produit sidérurgique, et il n'est
pas besoin de faire un traitement thermique supplémentaire.
[0016] Le traitement thermique effectué en fin de laminage peut être réalisé, au moins,
de deux façons distinctes :
- soit, en fin de laminage, on laisse le produit sidérurgique refroidir naturellement
jusqu'à une température comprise entre 920 °C et 980 °C et on le refroidit à une vitesse
de refroidissement moyenne comprise entre 17 °C/s et 150 °C/s jusqu'à une température
inférieure ou égale à Bs - 400°, Bs étant la température de début de transformation
bainitique de l'acier à la vitesse de refroidissement effective, puis on le laisse
refroidir jusqu'à la température ambiante,
- soit, en fin de laminage, on refroidit le produit sidérurgique à une vitesse de refroidissement
moyenne supérieure ou égale à 0,5 °C/s jusqu'à une température inférieure ou égale
à Ms - 350°, on réchauffe alors le produit sidérurgique jusqu'à une température supérieure
à Ac3, et, de préférence, comprise entre 910 °C et 980 °C, et on le refroidit à une vitesse
de refroidissement moyenne comprise entre 17 °C/s et 150 °C/s jusqu'à une température
inférieure ou égale à Bs - 450°, puis on le laisse refroidir jusqu'à la température
ambiante.
[0017] Le premier mode de réalisation à l'avantage de ne pas comporter de réchauffage après
laminage.
[0018] Le deuxième mode de réalisation comporte un réchauffage supplémentaire mais il a
l'avantage d'entraîner un affinage plus important du grain, ce qui est favorable notamment
à la tenue au choc et à la ductilité.
[0019] Enfin, pour que la structure soit entièrement bainitique de façon à obtenir avec
fiabilité l'ensemble des caractéristiques mécaniques, il est préférable que la dimension
caractéristique du produit sidérurgique, c'est à dire la dimension qui détermine la
répartition des vitesses de refroidissement dans la masse, soit comprise entre 10
mm et 50 mm. Cette dimension caractéristique est, par exemple, pour une barre ronde,
le diamètre ; pour une barre de section carrée, la longueur d'un côté du carré ; pour
une tôle ou un plat, l'épaisseur.
[0021] Pour fabriquer le produit sidérurgique, on a laminé l'acier sous forme d'une barre
ronde de 49 mm de diamètre, après l'avoir réchauffé à 1180 °C. La température de fin
de laminage était de 1020°C. On a laissé la barre refroidir à l'air jusqu'à 950 °C,
puis on l'a refroidie jusqu'à 32 °C (soit, Bs-584°C) à la vitesse de refroidissement
moyenne de 19°C/s.
[0023] Puis, pour fabriquer la pièce, on a éffectué un usinage par enlèvement de copeaux
à l'aide d'un outil comportant une plaquette carbure revêtue de Ti(C,N) + Al
2O
3, jusqu'à 48 mm pour la partie principale et 46 mm pour la partie restante, n'a pas
présenté de difficultés particulières.
[0025] L'acier a été laminé à chaud pour obtenir un plat et la température de fin de laminage
était de 1010 °C, puis il a été refroidit à partir de 980 °C jusqu'à 58° C, soit Ms
- 405°C, à la vitesse moyenne de refroidissement de 0,75 °C/s, avant d'être réchauffé
à la température de 940 °C, soit Ac
3 + 72 °C, puis refroidit jusqu'à 28 °C, soit Bs - 601 °C, à la vitesse moyenne de
refroidissement de 39 °C/s.
[0027] Le plat a été usiné sans difficultés par découpage pour mise à longueur, puis usiné,
sans difficultés également, pour percer des trous de fixation de diamètre 10 mm avec
un foret de diamètre 10 mm comportant des plaquettes en acier rapide allié HSCO 6-5-2-5
revêtu de TiN.
[0029] Cet acier a été laminé à chaud, puis soumis à un traitement thermique de trempe à
l'huile suivi d'un revenu. Les températures d'austénitisation et de revenu ont dû
être ajustées, la première à 875 °C et la seconde à 590 °C, pour obtenir la même dureté
qu'avec l'acier selon l'invention, à savoir 330 HB.
[0030] En prenant comme base 100 les valeurs de k
a et k
t obtenues avec l'acier selon l'art antérieur, les valeurs obtenues avec l'acier selon
l'invention ont été k
a = 90, soit un gain de 10 %, et k
t = 76, soit un gain de 24 %.
[0031] Ces résultats montrent que l'acier et le procédé selon l'invention permettent de
fabriquer des produit sidérurgiques facilement usinables pouvant être utilisés pour
fabriquer directement par usinage des pièces à hautes caractéristiques. Ces pièces
peuvent être pleines ou creuses puisque le procédé s'applique aussi bien à la fabrication
de barres pleines que de tubes. Les pièces peuvent présenter les caractéristiques
mécaniques élevées en tous leurs points.
1. Produit sidérurgique caractérisé en ce qu'il a une structure bainitique, en ce que
ses caractéristiques mécaniques à 20 °C sont :




et en ce qu'il est constitué d'un acier dont la composition chimique comprend, en
poids :















éventuellement un ou plusieurs éléments pris parmi Te jusqu'à 0,010%, Se jusqu'à
0,025%, Bi jusqu'à 0,13%, Pb jusqu'à 0,090%, Ca jusqu'à 0,0040% le reste étant du
fer et des impuretés résultant de l'élaboration, la composition chimique satisfaisant
en outre les relations :



2. Produit sidérurgique selon la revendication 1 caractérisé en ce que sa dimension caractéristique
est comprise entre 10 mm et 50 mm.
3. Procédé pour la fabrication d'un produit sidérurgique selon la revendication 1 ou
la revendication 2 caractérisé en ce que :
- on se procure un demi produit en acier dont la composition chimique comprend, en
poids :















éventuellement un ou plusieurs éléments pris parmi Te jusqu'à 0,010%, Se jusqu'à
0,025%, Bi jusqu'à 0,13%, Pb jusqu'à 0,090%, Ca jusqu'à 0,0040% le reste étant du
fer et des impuretés résultant de l'élaboration, la composition chimique satisfaisant
en outre les relations :




- on chauffe le demi produit jusqu'à une température supérieure à 1000°C et on le
lamine pour former un produit sidérurgique,
- directement après laminage, on refroidit le produit sidérurgique à une vitesse de
refroidissement moyenne supérieure ou égale à 0,5 °C/s jusqu'à une température inférieure
ou égale à Ms - 350°, Ms étant la température maximale de début de transformation
martensitique de l'acier,
- on réchauffe le produit sidérurgique jusqu'à une température supérieure à Ac3 et comprise entre 910 °C et 980 °C,
- et on le refroidit à une vitesse de refroidissement moyenne comprise entre 17 °C/s
et 150 °C/s jusqu'à une température inférieure ou égale à Bs - 450°, puis on le laisse
refroidir jusqu'à la température ambiante.
4. Procédé pour la fabrication d'un produit sidérurgique selon la revendication 1 ou
la revendication 2 caractérisé en ce que :
- on se procure un demi produit en acier dont la composition chimique comprend, en
poids :















éventuellement un ou plusieurs éléments pris parmi Te jusqu'à 0,010%, Se jusqu'à
0,025%, Bi jusqu'à 0,13%, Pb jusqu'à 0,090%, Ca jusqu'à 0,0040% le reste étant du
fer et des impuretés résultant de l'élaboration, la composition chimique satisfaisant
en outre les relations :




- on chauffe le demi produit jusqu'à une température supérieure à 1000°C et on le
lamine pour former un produit sidérurgique qu'on laisse refroidir naturellement jusqu'à
une température comprise entre 920 °C et 980 °C,
- et on refroidit le produit sidérurgique à une vitesse de refroidissement moyenne
comprise entre 17 °C/s et 150 °C/s jusqu'à une température inférieure ou égale à Bs
- 400°, Bs étant la température de début de transformation bainitique de l'acier à
la vitesse de refroidissement effective, puis on le laisse refroidir jusqu'à la température
ambiante.